Bruxelles, 16/01/2003 (Agence Europe) - L'Irak "doit faire plus pour rendre son attitude crédible (...) et convaincre le Conseil de sécurité (...). La seule autre solution qui se dessine est l'action armée contre l'Irak", a averti jeudi le chef des inspecteurs en désarmement de l'ONU, Hans Blix, venu rencontrer successivement à Bruxelles le Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère, Javier Solana, le Commissaire européen Chris Patten, et le Comité politique et de sécurité (Cops). "Le message que nous allons délivrer en Irak est que la situation est très tendue et très dangereuse", a dit à la presse Hans Blix, qui se rendra samedi à Bagdad. Le chef des inspecteurs pour les armes de destruction massive, qui s'exprimait après sa rencontre avec Javier Solana, exhorte l'Irak, non seulement à accorder l'accès aux sites, mais à permettre aux inspecteurs de parler sans témoin avec les scientifiques irakiens "afin qu'ils ne soient pas intimidés", et de les laisser partir témoigner à l'étranger s'ils le souhaitent. Il veut également avoir accès aux archives et au budget. Les inspecteurs ont découvert des matériels militaires conventionnels importés illégalement, mais sans pouvoir dire à l'heure qu'il est si cela est lié à des armes de destruction massive, a-t-il indiqué.
Le chef de la mission des Nations Unies juge que la date du 27 janvier, à laquelle les inspecteurs doivent présenter un rapport, est trop avancée pour qu'il puisse s'agir d'une évaluation complète. "Je ne crois pas que l'histoire s'arrêtera le 27 janvier. Ce ne sera pas un rapport formel, et je suis presque sûr que le Conseil de sécurité nous demandera une nouvelle mise à jour pour février", a-t-il affirmé. "Nous ne sommes dans la poche de personne, ni des Etats-Unis ni de personne d'autre, nous répondons au Conseil de sécurité dans son ensemble", a-t-il répondu à une question sur l'indépendance de la mission.
"Une guerre en Irak peut être évitée, la responsabilité en incombe à Saddam Hussein", a déclaré pour sa part Javier Solana. "Ce serait bien mieux s'il y avait une seconde résolution de l'ONU" pour décider éventuellement le déclenchement d'un conflit armé en Irak, a-t-il précisé, en estimant que ceci "représente la position générale de tous les pays membres de l'Union européenne".
Le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Mohamed El Baradei, chargé de vérifier l'existence d'armes atomiques en Irak, avait fait auparavant des commentaires très similaires, à Moscou. "L'Irak devrait comprendre que si nous continuons à indiquer qu'il reste des questions ouvertes et que nous ne pouvons pas exclure la possibilité qu'ils aient toujours des armes de destruction massive, cela ne satisfera pas le Conseil de sécurité", a-t-il déclaré. Il a également indiqué que les inspecteurs "vont demander au moins quelques mois supplémentaires" afin de pouvoir mener à bien leur mission.
Après avoir, lui aussi, rencontré Hans Blix, le président de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, Elmar Brok (CDU), a déploré que l'UE n'ait pas une position plus forte dans le débat sur l'Irak. "L'UE doit essayer de parler d'une seule voix", a-t-il déclaré à quelques journalistes, en regrettant que l'UE ait "raté une opportunité cet été, lorsque Blair déclarait que dans tous les cas il suivrait les Etats-Unis, et Schröder dans aucun cas". Dans un communiqué, M. Brok indique que M. Blix s'est dit d'accord avec l'envoi d'une délégation ad hoc du Parlement européen en Irak, pourvu que cette mission s'effectue en plein accord avec celle des inspecteurs de l'ONU. M. Brok ajoute, dans le même communiqué, qu'une condition essentielle pour le départ d'une telle délégation de parlementaires serait « une rencontre personnelle avec Saddam Hussein »