Bruxelles, 16/01/2003 (Agence Europe) - Royaume-Uni, Espagne et Italie sont favorables aux propositions franco-allemandes du 14 janvier sur la future architecture institutionnelle de l'UE, et en particulier à celle sur un président à temps plein du Conseil européen, alors que cette idée est accueillie en général avec prudence et réserve (voir EUROPE d'hier, p.5, y compris au sujet de l'évolution de la position du Premier ministre danois Rasmussen). Le ministre allemand Joschka Fischer a dit lui-même à la presse qu'il regrettait que l'idée d'une présidence unique Conseil européen-Commission européenne n'ait pas été retenue, et qu'il avait été "très, très difficile" de parvenir à un compromis avec la France (voir le texte intégral des propositions dans EUROPE/Documents publié avec ce bulletin).
Présidence grecque: rencontre Papandreou-Fischer samedi
La Présidence grecque, a commenté le porte-parole du gouvernement Christos Protopapas (selon l'agence de presse ANA), essayera de parvenir, sur ces questions, à des "solutions par consensus". Le porte-parole a indiqué que le Président du Conseil Georges Papandreou recevra son homologue allemand Joschka Fischer samedi à Athènes. Quant à Tasso Yiannitsis, il a dit à la presse à Strasbourg, en s'exprimant comme ministre adjoint aux affaires étrangères et pas au nom de la présidence, que la Grèce était favorable à l'élection du président de la Commission par une "majorité renforcée" du Parlement, et que la personnalité chargée de la politique étrangère devrait être un vice-président de la Commission faisant rapport au Conseil.
Le Secrétaire au Foreign Office Jack Straw a immédiatement indiqué que le gouvernement britannique se réjouissait " beaucoup" de la proposition de doter l'UE d'un "président à temps plein du Conseil européen". Selon lui, "cette proposition sera largement soutenue". (En revanche, Londres n'aime guère l'idée que le président de la Commission soit élu par le Parlement européen: NdlR).
Pour le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, la vraie question est de "savoir ce que ce président (du Conseil européen) est censé faire". "Nous n'avons pas besoin d'un Président du Conseil qui félicite le Président américain pour son anniversaire, nous avons besoin d'un président du Conseil qui explique la position européenne sur l'Irak au Président américain", dit-il dans un communiqué. "Nous ne disons pas "non" par principe aux propositions franco-allemandes, mais nous ne disons pas inconditionnellement "oui" non plus", ajoute-t-il, en estimant que, avant de se prononcer définitivement sur la question de la présidence du Conseil européen, il faudrait donner une réponse à des questions comme par exemple celle de la présidence des formations spécialisées du Conseil des ministres.
Pour la Commission européenne, les critères sont: légitimité, efficacité, simplicité
Le Président Prodi, interrogé par la presse lors d'une rencontre pour les voeux pour la nouvelle année, a simplement noté que la question est de savoir s'il s'agit « d'une simplification ou d'une complication de notre architecture »; les citoyens demandent qu'on simplifie les institutions, a-t-il souligné. Et le porte-parole de la Commission, Jonathan Faull, a renchéri, jeudi devant la presse: pour la Commission européenne, les critères pour juger les propositions de réforme institutionnelle sont"légitimité, efficacité, simplicité". Or, selon lui, la proposition franco-allemande contient des aspects positifs, mais aussi des éléments "surprenants". Ainsi, l'idée d'un président du Conseil européen à plein temps "ne nous a pas convaincus", car le fait d'avoir deux "Exécutifs à Bruxelles" risquerait de créer de la confusion et de rendre le processus décisionnel plus illisible. Cette position de la Commission a-t-elle des appuis chez les Etats membres? En répondant aux demandes insistantes des journalistes, M. Faull a noté que la Commission européenne a un certain nombre de pays "amis", et que les plus petits pays sont en général plus sensibles au risque d'érosion de son rôle. Quant aux propositions sur le futur "ministre des Affaires étrangères", il a noté que la Commission a toujours souhaité davantage de cohérence, mais que les détails restent évidemment à préciser.
Quant à Ben Fayot, représentant du parlement luxembourgeois à la Convention, il voit beaucoup d'aspects positifs dans la proposition franco-allemande, mais ne voit pas comment une présidence permanente rendrait le Conseil européen plus efficace. Selon lui, il faudrait plutôt réfléchir sur "l'interventionnisme débordant de cette institution qui s'occupe de trop nombreux sujets, et clarifier ses compétences". La rotation des présidences "apporte tous les six mois une nouvelle créativité et un sang neuf", estime l'ancien député européen, pour qui un président élu pour deux ans et demi ou cinq ans pourrait finalement "se révéler être un bureaucrate ennuyeux qui apporte moins à l'Europe que le premier ministre d'un Etat membre qui met pendant six mois toute sa force et sa compétence au service de l'Europe". Plus favorable la position d'un autre conventionnel, le socialiste français Olivier Duhamel, député européen, pour qui "rien d'interdit d'espérer qu'une grande Europe pourrait avancer sur ces deux jambes" incarnant la double légitimité dans l'UE. Selon lui, le futur président du Conseil européen "sera probablement plus que le Président italien ou allemand - qui n'est pas rien - et infiniment moins que le Français (...), qui peut presque tout". En outre, "s'il se consacre exclusivement aux questions européennes, il s'européanisera inéluctablement , et devra travailler de concert avec le président de la Commission". Le Danois Jens-Peter Bonde, conventionnel et membre du PE, n'est pas d'accord, et dit: "Dans mon pays, nous avons un premier ministre, et nous avons une reine. Pourquoi avons-nous besoin pas seulement d'un, mais de deux présidents? L'Europe a besoin de transparence et de démocratie, pas de titres présidentiels pour lesquels les chefs d'Etat et de gouvernement se feraient concurrence".
The European Policy Centre, tout en reconnaissant des mérites à la proposition franco-allemande, juge "plutôt alarmante" la perspective d'avoir deux présidents « au gouvernail » de l'UE, et anticipe des luttes de pouvoir entre eux qui nuiraient à l'Union européenne dans son ensemble. Selon le think-tank fondé par Stanley Crossick, la Convention devra surmonter"les périls d'une structure de leadership incohérente et bifurquée au coeur" des institutions européennes, dont il faut au contraire renforcer "l'intégrité et l'efficacité".