Strasbourg, 16/01/2003 (Agence Europe) - Le Parlement européen a, en suivant la recommandation de son rapporteur Gerardo Galeote, donné son avis conforme à la conclusion de l'accord euroméditerranéen d'association entre l'UE et la République libanaise. Il a aussi adopté une résolution du président de la commission des Affaires étrangères, Elmar Brok (CDU), dans laquelle il espère que cet accord contribuera à améliorer la situation politique, économique et sociale du Liban. Le Parlement invite le gouvernement de Beyrouth à soumettre au parlement libanais la question de la présence de troupes syriennes afin de parvenir au retrait de toutes ces troupes du Liban. S'agissant des droits de l'Homme, il encourage les autorités libanaises à (1) abolir la peine de mort, (2) ratifier la convention de l'ONU contre la torture, (3) signer le statut de la Cour pénale internationale, (4) engager une réforme du système judiciaire, (5) garantir la liberté de la presse (il se dit préoccupé par la fermeture de la chaîne de télévision MTV et le harcèlement de journalistes). Le PE demande aussi aux autorités libanaises d'éradiquer les cultures de drogues.
L'accord dépasse la simple logique commerciale, a affirmé d'emblée le rapporteur, Gerardo Galeote (Partido popular), son objectif étant éminemment politique. Selon lui, plusieurs problèmes subsistent: - malgré le retrait de l'armée israélienne du sud du Liban, la stabilité des frontières n'est pas assurée; - la présence de l'Hetzbollah ainsi que celle de forces syriennes constituent une menace constante; - le problème des disparus (ils seraient 17 000) doit être réglé: M. Galeote demande à la Présidence grecque de jouer un rôle de médiation, et le président du Conseil lui a assuré qu'il soulèvera cette question lors d'une prochaine réunion ministérielle. Le Liban, a enchaîné le président de la commission des Affaires étrangères, Elmar Brok (CDU), était autrefois la Suisse du Proche-Orient: l'UE doit l'aider, dans le cadre de l'accord, à retrouver sa stabilité, qui passe par la solution des problèmes cités par M.Galeote, de celui des réfugiés palestiniens et par le respect des droits de l'homme et par la suppression de la peine de mort.
Terre d'accueil de réfugiés, région où cohabitent plusieurs communautés différentes, le Liban est un pays multiculturel et multiconfessionnel qui, après seize ans de guerre, a commencé, avec les élections libres de 2002, à régulariser sa situation, a rappelé Tasso Yiannitsis au nom de la présidence. La priorité absolue, a-t-il dit, va à la lutte contre le terrorisme et au respect des droits de l'homme: le fait que le Liban ait signé simultanément, le l7 juin 2002, l'accord d'association et la convention sur la lutte contre le terrorisme est donc un fait positif. Cet accord euroméditerranéen de nature clairement politique fournit aussi un cadre opérationnel pour le monde des entreprises et la société civile, et représente un pas de plus vers la création d'une zone de libre-échange euro-méditerranéenne, a estimé le président du Conseil. Et il s'est félicité de la décision de faire du Forum euroméditerranéen une véritable assemblée: un groupe de travail prépare activement sa mise en place.
Pour la Commission, Chris Patten a insisté lui aussi sur le rôle crucial de l'accord avec le Liban pour le partenariat euro-méditerranéen, en rappelant qu'il reste encore à négocier un accord avec la Syrie (j'espère, le mois prochain, pouvoir la persuader de le faire, a-t-il dit). La liberté des échanges avec l'Union va grandement profiter au Liban, dont la stratégie économique est déjà libérale, et qui a bien compris le message que lui a adressé la Conférence des donateurs, l'année dernière à Paris, en ce qui concerne les réformes économiques et la réduction de la dette. Mais l'importance de l'accord est essentiellement politique: son acceptation de la part du Liban suppose un engagement spécifique concernant le respect des droits de l'homme et la lutte contre le terrorisme.
Le Liban était un pays qui vivait bien avant « que se déchaîne cette maladie, la peur de l'autre », a rappelé, pour le groupe PPE/DE, Philippe Morillon, en ajoutant que, si on veut que le modèle libanais s'affirme une nouvelle fois, le peuple libanais doit trouver sa totale indépendance, et donc se libérer totalement de la présence de troupes syriennes. La région trouvera la paix seulement lors de l'établissement d'un Etat palestinien, a affirmé à son tour, pour le groupe socialiste, Pasqualina Napoletano, qui relève certains développements positifs au Liban (signature de la convention internationale sur les droits des femmes et de celle contre la torture) mais en réclame d'autres (suppression de la peine de mort, vérité sur le sort des disparus). Mme Napoletano demande que le programme MEDA soutienne explicitement le développement de la société civile dans ce pays. La clause de respect des droits de l'homme doit être rigoureusement respectée, a insisté, pour les Libéraux, Cecilia Malmström, alors que, pour la Gauche verte unitaire/gauche verte nordique, Yasmine Boudjenah a plaidé pour que l'homme soit placé au centre des relations euroméditerranéennes, en exprimant un certain scepticisme sur les effets d'une zone de libre-échange qui pourrait en fait priver de leurs revenus douaniers des pays qui en ont besoin. Le Conseil devrait, selon Hélène Flautre (Verts/ALE), demander à la Syrie et à Israël des informations précises sur les disparus libanais, et défendre la liberté de la presse et de l'opposition au Liban. La Syrie et l'Iran devraient être interrogés sur la présence de l'Hetzbollah, qui constitue une menace pour Israël, affirme quant à lui Bastiaan Belder, pour l'Europe des démocraties et des différences, alors que Luis Queirò, au nom de l'Union pour une Europe des nations, invite le Liban à lutter non seulement contre le terrorisme, mais aussi contre la corruption et le blanchiment d'argent.