Bruxelles, 13/05/2002 (Agence Europe) - Les 48 chefs d'Etat et de gouvernement réunis vendredi prochain à Madrid pour le deuxième sommet UE/Amérique latine /Caraïbes (voir EUROPE du 11 mai, p.7) adopteront un plan d'action pour la mise en oeuvre d'un « partenariat stratégique », une déclaration politique et une déclaration sur les « valeurs communes » des deux continents. Les textes devraient être approuvés, du côté européen, par le Conseil Affaires générales réuni jeudi soir à Madrid.
Pour l'heure, les deux parties tentent encore de se mettre d'accord sur les points de discordes: Cuba a encore des réticences à propos de la formulation concernant les droits de l'homme qui sera incluse dans la déclaration sur les « valeurs communes », et les pays Caraïbes ont, semble-t-il, des doutes sur les paragraphes consacrés à la peine de mort. Les pays centraméricains et andins tentent pour leur part d'obtenir dans la déclaration politique un engagement de l'Union européenne sur l'ouverture d'une négociation commerciale. Leur objectif est de s'assurer des perspectives commerciales négociées, après l'échéance en 2004 de l'actuel système de préférences généralisées, par lequel l'UE leur accorde des concessions tarifaires unilatérales. L'UE devrait se borner, à Madrid, à proposer de lancer des négociations sur des accords de coopération et de dialogue politique, assortis de mesures pour faciliter la mise en oeuvre des engagements qui seront pris dans le cadre des négociations commerciales multilatérales lancées par l'OMC à Doha.
Reflétant les thèmes qui seront au centre des débats, le Sommet devrait annoncer les initiatives suivantes:
Le renforcement du système multilatéral et de la coordination des positions des deux continents dans les enceintes internationales: les deux parties devraient s'engager à promouvoir la conclusion de toutes les conventions internationales sur le terrorisme et à renforcer leur coopération pour lutter contre le trafic de drogue. Le Sommet devrait également préparer la coordination des positions pour le Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg, et réitérer l'engagement des parties à contribuer au succès de la nouvelle ronde de négociations multialtérales de l'OMC.
La lutte contre les inégalités sociales: la Commission européenne devrait proposer lors du Sommet une nouvelle initiative destinée à développer les capacités des autorités publiques des pays latino-américains dans ce domaine. Dotée d'un budget de 30 millions d'euros pour la période 2002/2006, cette initiative aurait pour but de créer une base d'information sur les populations défavorisées, développer une méthodologie applicable aux dépenses publiques, identifier des politiques ciblées sur les populations pauvres, organiser des séminaires afin de favoriser les échanges d'expériences entre autorités, ONG et bailleurs de fonds, diffuser des informations auprès des gouvernements régionaux et développer des actions de formation.
L'éducation: le lancement d'un programme de bourses d'études, ALBAN, sera annoncé lors du Sommet. Doté d'un budget de 88,5 millions d'euros sur 9 ans (2002/2010), ce programme distribuera à partir de l'année académique 2003/2004 des bourses de 19.200 euros en moyenne par bourse, pour des études de troisième cycle ou des formations professionnelles de haut niveau en Europe.
La Commission européenne développe le contenu de ces initiatives dans son document de stratégie régionale pour l'Amérique latine, adopté en avril. Dans ce document de programmation, elle présente les grandes lignes de son action pour la période 2002/2006, à l'intérieur de l'enveloppe de 280 millions d'euros prévue pour l'Amérique latine et définie par les perspectives financières. Les quatre domaines d'interventions prioritaires seront: 1) la création de réseaux entre acteurs de la société civile (161 millions d'euros sur quatre ans) dans le domaine économique (à travers le programme Al-Invest destiné à favoriser la création d'entreprises communes) et universitaire (programme Alfa) ; 2) la réduction des inégalités sociales (30 millions d'euros), à travers l'initiative qui sera annoncée à Madrid. La Commission rappelle dans son document que la croissance en Amérique latine « n'est pas accompagnée d'une augmentation corrélative du revenu de la population » et que 200 millions de personnes sur 500 millions d'habitants sont considérées comme étant en situation de pauvreté. Elle stigmatise « le manque d'efficacité des politiques publiques dans le domaine de l'exclusion sociale (législation, droits de la terre, reconnaissance des langues et des cultures, etc.) » ; 3) la préparation et la prévention des catastrophes naturelles et la reconstruction (40 millions d'euros) ; 4) la création d'un observatoire des relations UE/Amérique latine (1,5 million d'euros). Des actions devraient être développées en outre pour favoriser une gestion durable de l'énergie en Amérique latine (20 millions d'euros), par l'échange d'expertise. Pour l'ensemble de l'Amérique latine, « les émissions de CO2 par habitant sont de 2,6 tonnes comparées aux 1,9 dans l'OCDE », souligne la Commission.