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Bulletin Quotidien Europe N° 8198
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/mediterranee

Le sentiment commun de « plein succès » de la conférence de Valence n'a été altéré que par l'âpreté des discussions sur le Moyen-Orient

Valence, 23/04/2002 (Agence Europe) - La Conférence ministérielle euroméditerranéene s'est achevée mardi après deux journées de réunion dominées par les répercussions du conflit israélo-palestinien sans lesquelles « nous aurions eu une réunion magnifique », a dit le Président du Conseil Josep Piqué dans ses conclusions. Des avancées ont en effet été enregistrées sur certains aspects de la coopération économique, financière et sur le volet social, culturel et humain. Le porte-parole du groupe arabe, Habib Ben Yahia, ministre tunisien des Affaires étrangères, a pratiquement repris les mêmes expressions pour confirmer que cette session fut « excellente » et riche, en ce qu'elle a tracé, « par consensus », a-t-il insisté à dire, la « carte de navigation » du processus de Barcelone afin de lui assurer une relance durable. Le groupe de pays arabes avait innové pour cette réunion en réunissant au préalable -à Tunis fin mars- les experts des pays membres pour une étude approfondie du «plan d'action» proposé par Madrid. « Le processus de Barcelone n'est pas une offre européenne à la Méditerranée mais un projet commun », a affirmé Josep Piqué, qui a détaillé les points de convergences auxquels sont parvenus les pays engagés dans cette politique dont l'objectif ultime, a-t-il rappelé, doit être la formation d'un « espace commun » euroméditerranéen. Cette « vision commune » procède d'une « volonté politique conjointe » que « nous prenons au sérieux ». Dans ses conclusions, M. Piqué a fait référence, positivement, au rôle de la Libye en souhaitant qu'elle participe pleinement au processus.

Le regret de M. Piqué que les bons résultats de cette session soient occultés par les retombées du conflit du Moyen-Orient a été illustré par un fait inédit. Pour la première fois depuis le lancement du processus de Barcelone, en novembre 1995, les chefs des délégation de pays riverains du Sud de la Méditerranée (dont la Palestine, membre de plein droit, et les délégués - observateurs - de la Ligue arabe, de l'UMA, de la Libye et de la Mauritanie) ont quitté la salle lorsque le représentant israélien, Michael Melchior, vice-ministre des Affaires étrangères, a pris la parole. Cette protestation purement symbolique du groupe arabe a été accompagnée d'échanges de propos vifs - pas seulement entre Arabes et Israéliens mais aussi de la part d'Européens, comme le Commissaire Chris Patten qui a rejeté les propos du chef de la diplomatie israélienne qualifiant d'antisémites les protestations de l'UE. M. Peres n'était pas présent lors de la première journée. Son arrivée - depuis Washington - a été retardée d'heure en heure et n'a eu lieu qu'au milieu de la nuit, officiellement pour des raisons techniques. Des diplomates n'excluent cependant pas qu'il a voulu éviter de se soumettre aux critiques arabes et européennes contre une politique du gouvernement Sharon qu'il donne l'impression de ne pas approuver sous sa forme présente.

Ce climat n'a pas empêché quelques avancées dans les autres volets. Résultat notable: les ministres ont entériné l'accord de principe acquis récemment par les ministres du Commerce euroméditerranéens pour une harmonisation paneuropéenne (Communauté, PECO et PTM) des systèmes de règles d'origine. Mais les experts ont cependant encore fort à faire pour le traduire en termes concrets. Dans l'ensemble, les ministres ont adopté le « Plan d'action » (lire notre édition d'hier) conçu par la Présidence espagnole qui comporte plus de recommandations pratiques et le rappel ordonné des thèmes abordés dans le cadre du processus de Barcelone que des décisions fermes et formelles. Les hauts fonctionnaires auront à en approfondir le contenu par la suite.

M. Solana: "Que la réunion de Valence soit celle qui ouvre la voie à la construction de l'Etat palestinien"

Lors de la séance ouverte, Josep Piqué a appelé à accomplir un « saut qualitatif » pour sortir le processus de Barcelone de son piétinement actuel. Il faudrait le « rééquilibrer pour que les 27 partenaires s'en sentent propriétaires » et, pour ce faire, lui assurer la « plus grande visibilité et force de conviction », a-t-il dit.

Quant à Javier Solana, il a souligné dans son intervention qu'il fallait "revenir à l'esprit" de la Déclaration de Barcelone de novembre 1995 (alors ministre espagnol des Affaires étrangères, il avait présidé la réunion, à laquelle avaient finalement participé Ehud Barak et Yasser Arafat, et les présents se souviennent de l'accolade du Premier ministre Felipe Gonzalez à Solana après ce succès, qui avait suivi des moments de grande tension: NdlR). "A la lumière des événements au Proche-Orient, il nous faut solennellement rappeler les principes de notre effort collectif", a dit le Haut Représentant, en insistant sur le fait que: - le dialogue doit prévaloir sur l'usage de la force (il n'y a pas d'alternative à un dialogue d'Israël avec les représentants élus de l'Autorité palestinienne, dont son Président, a-t-il remarqué, en ajoutant: "On ne fait pas la paix de manière unilatérale"); - le respect de "principes simples de libre circulation des biens et des personnes est aussi au coeur de notre processus" (alors qu'au Proche-Orient, on assiste à la "tentation de reconstruire des murs de Berlin", et qu'il faut "sortir vite, très vite, de cet engrenage"); - Barcelone, "c'est le respect de l'identité de chacun et des différences de chacun". "La crise au Proche-Orient n'est pas l'échec du processus de Barcelone", s'est exclamé M. Solana, qui a lancé: "Que la réunion de Valence soit celle qui ouvre la voie à la construction de l'Etat palestinien, sans plus attendre". Pour l'avenir, il a noté en particulier que le partenariat euroméditerranéen "est en cours de différenciation" et que "nous devons en tenir compte", et il a souhaité "un dialogue plus franc sur les questions de défense" (il a répliqué là aux inquiétudes des partenaires méditerranéens en leur rappelant que lorsque "des troupes européennes ont été déployées dans les années passées, c'était pour protéger les minorités musulmanes d'Europe").

L'essentiel des commentaires et déclarations sur le conflit israélo-palestinien a eu lieu lors de la séance d'ouverture et en marge de la session. M. Piqué avait donné le ton en centrant son discours sur la recherche de la paix (voir EUROPE d'hier, p.5) suivi de celui du représentant du groupe arabe (Tunisie) qualifié de « dur » par une source du Conseil de l'UE. Le vice-ministre israélien n'a pas été en reste. Dépité par la sortie de la salle des chefs de délégation arabes, il a laissé de côté le texte structuré qu'il s'apprêtait à lire pour livrer un message « émotionnel » et personnel dans lequel il a regretté que le processus de Barcelone se réduise ainsi à un « monologue ».

Les trois volets du Plan d'action

Mis à part ces échanges de propos assez vifs, les travaux formels se sont poursuivis comme prévu et ont abouti à fixer les termes du « Plan d'action » dans ses trois volets (sur lequel nous reviendrons).

a) dialogue politique: les ministres ont approuvé le texte initial, en particulier la mention, laissée à leur appréciation politique, portant sur le projet de Charte de paix et de stabilité pratiquement abandonné depuis la session de Stuttgart. Ils confirment le mandat des hauts fonctionnaires et leur donnent ainsi instruction de reprendre dès que possible l'étude du projet, dès que les conditions politiques le permettront.

Quant au terrorisme, le texte initial, contesté en particulier par la Syrie -absente- a été très allégé pour ne retenir que les références aux conventions et autres textes internationaux. La formulation, très consensuelle, devrait obtenir sans problème l'adhésion de la Syrie et du Liban à cette partie du « Plan d'action » acceptée d'emblée par tous les autres pays arabes.

b) volet économique et financier: le thème n'a été traité que brièvement. Les ministres ont surtout donné leur aval à l'ensemble des recommandations faites par les hauts fonctionnaires, notamment celle de rechercher tout ce qui peut renforcer la coopération « Sud-Sud ». Les encouragements aux pays du groupe « Agadir » (Maroc, Tunisie, Egypte et Jordanie) ont été réitérés mais en y ajoutant la référence - voulue par l'Algérie - à la perspective encore théorique d'une intégration sous-régionale purement maghrébine (UMA). Alger ne semble pas intéressée par l'adhésion à un groupe déjà constitué.

Les ministres ont aussi entendu le vice-président de la BEI, Francis Mayer, exposer la manière dont sera concrétisée la décision du Conseil européen de Barcelone sur la mise en place à la Banque Européenne d'Investissement d'une ligne de crédit spécifique à la Méditerranée. Le démarrage est envisagé pour l'automne prochain et devrait permettre à la Banque de relever le niveau de ses interventions dans la région, de 1,5 milliard d'euros par an à 2 milliards d'ici 2004 ou 2005 au plus tard (et non le doublement, comme l'a indiqué le Président du Conseil). M. Mayer a également expliqué comment sera affectée cette dotation et l'élargissement de son champ au secteur social, à l'impulsion de l'investissement et à l'assistance technique à la formation de projets d'entreprises privées. Ce point a pratiquement suscité les seuls échanges de vues nourris entre ministres sur la perspective de créer une banque euroméditerranéenne. Les pays partenaires ont insisté sur la nécessité de maintenir cet objectif et cela s'est traduit par une formulation dans le « Plan d'action » qui en rappelle l'intérêt et la décision d'en poursuivre la faisabilité.

c) volet social, culturel et humain: le fait marquant a été la décision de créer une Fondation et de favoriser le « dialogue entre civilisations ». Autre résultat de la discussion, l'adoption du projet de programme dans le domaine de la justice et domaines connexes. Une conférence ministérielle sur les migrations et l'intégration sociale des migrants est envisagée durant la seconde moitié de 2003.

Enfin, les ministres ont retenu le principe d'évoluer vers un système d'alternance de lieux de réunions et dans la présidence des activités communes, sachant cependant que les circonstances politiques actuelles n'en font qu'un objectif théorique.

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