Bruxelles, 23/04/2002 (Agence Europe) - La commission économique et monétaire du Parlement européen s'est prononcée mardi matin à main levée pour la nomination de Lucas Papademos, gouverneur de la Banque centrale de Grèce, comme vice-président de la Banque centrale européenne à la place de Christian Noyer, à partir du 1er juin prochain. La plénière devra voter sur cette recommandation le 14 mai à Strasbourg (voir EUROPE d'hier, p.7, et des 15/16 avril, p.8).
Lucas Papademos, pendant l'audition, a répondu entre autres à des questions sur:
- l'élargissement. Interrogé par Piia Noora Kauppi (PPE-DE, finlandaise) sur les conséquences de l'élargissement de l'Union sur la composition du Directoire, M. Papademos a signalé que la discussion est encore en cours et qu'elle porte sur les « modalités de la rotation » des membres du Directoire. En particulier, il a souligné qu'un système de rotation très « direct », « très simple » pourrait avoir comme résultat qu'à un certain moment les membres du Directoire proviennent tous de « petits » pays, alors qu'il est souhaitable de prévoir une sorte de rotation qui « essaie d'assurer un degré suffisant de représentation » de l'ensemble des membres de la zone euro.
- la collégialité des décisions . Nous n'avons détecté aujourd'hui chez vous « aucun signe de critique » à l'égard de la BCE, ce qui était sans doute prévisible, a remarqué le conservateur britannique John Purvis¸ tout en demandant à M. Papademos s'il était vraiment d'accord sur tout ce que fait la Banque. J'appuie la politique de la BCE sur la base de mon « évaluation personnelle » de cette politique, et aussi parce que, comme membre du Conseil des gouverneurs, j'appuie des décisions que j'ai contribué moi-même à prendre, a répondu M. Papademos. Le libéral démocrate britannique Chris Huhne s'est demandé pour sa part si, à la BCE, « la collégialité ne va pas trop loin », en notant qu'en fait « votre crédibilité s'est accrue de la manière la plus spectaculaire » lorsque « la pire bagarre entre vous était visible pour tous », ce qui a fait conclure que « ces gars sont sérieux ». Les discussions entre nous sont « très ouvertes », et je ne pense pas que la prise de décision par consensus ait un impact négatif sur l'efficacité des décisions, a répliqué M. Papademos.
- la clarté de la communication de la BCE. Oui, à la Banque nous devons essayer d'utiliser un langage compréhensible pour le public, afin qu'il sache « ce que nous faisons » a admis M. Papademos, en s'excusant d'avoir utilisé, dans son introduction, « un jargon de banque centrale ». Mais « ceci n'implique pas que je suis pas capable d'utiliser un langage alternatif », afin de mieux faire passer « le message », a-t-il dit à l'élu de la CDU Hans-Peter Mayer qui exhortait la BCE à diffuser régulièrement des informations qui puissent être comprises par les « citoyens moyens intéressés » par ces questions.
- les relations avec le personnel de la Banque . M. Papademos a dit à Ieke van den Burg (démocrate-chrétienne néerlandaise) qu'il souhaitait le dialogue le plus ouvert possible, tout en rappelant que le « comité du personnel » de la Banque a un rôle seulement consultatif, je ne dirai pas que je suis prêt à négocier avec les syndicats, mais je rappelle que je suis l'un des rares banquiers centraux qui ont dû négocier personnellement avec les syndicats dans leur pays, a-t-il ajouté. Mme van den Burg, en notant que la quantité d'euros imprimés se réduira au fil du temps, s'est inquiétée aussi du sort du personnel des entreprises qui ont imprimé les euros, et M. Papademos lui a dit qu'aucun changement important pouvant affecter le personnel n'est prévu dans le proche avenir.
- la place des femmes à la BCE. Le travailliste britannique Peter Michael Skinner a déploré qu'une seule femme siège au Directoire de la Banque, la Finlandaise Sirkka Hämäläinen, et s'est inquiété aussi de la rareté des femmes au sein du personnel de la Banque. C'est vrai, a reconnu M. Papademos, tout en indiquant que ce n'était pas là l'effet d'une politique discriminatoire, et en citant l'exemple des Etats-Unis, où le nombre de femmes dans les institutions analogues était très bas à la fin des années soixante, mais a a ensuite considérablement augmenté.