Bruxelles, 26/03/2002 (Agence Europe) - La proposition de directive adoptée la semaine dernière par la Commission visant à octroyer des droits égaux et un traitement égal pour les travailleurs intérimaires (voir EUROPE du 21 mars p.11) a fait l'objet de critiques de la part du monde patronal (UNICE) qui la trouve "mal conçue", selon les propos de son Président Georges Jacobs. "Ce que la Commission propose est un mauvais compromis qui pourrait mener à une bureaucratie inutile, une incertitude légale et freiner la création d'emplois. Nous lançons un appel au Conseil et au Parlement européen pour trouver une solution plus simple et mieux équilibrée", a précisé M.Jacobs.
Dans un communiqué, l'UNICE explique que le texte de la Commission impose une comparaison avec le travailleur dans l'entreprise utilisatrice comme premier point de référence et permet de comparer les termes et les conditions d'emploi au sein de l'agence seulement comme dérogation et estime que la solution proposée est injustifiée et inutilement compliquée. Les deux possibilités existantes (à savoir la comparaison du travailleur intérimaire avec le travailleur de l'entreprise utilisatrice ou avec le travailleur de la même agence d'intérim) doivent être mises sur un pied d'égalité au niveau européen afin de permettre aux Etats membres, par le biais de la législation, ou aux partenaires sociaux, par le truchement des conventions collectives, de décider librement de comparer le travailleur intérimaire avec celui de l'entreprise utilisatrice ou avec celui de la même agence d'intérim, poursuit l'UNICE en rappelant que le travail temporaire représente environ 1,5% de l'emploi en Europe.
Pour la Confédération européenne des syndicats (CES), la décision de la Commission de proposer une directive sur la question du travail temporaire est "une bonne décision". Selon son Secrétaire général, Emilio Gabaglio, le Président Prodi et la Commissaire Diamantopoulou ont fait preuve de détermination en présentant cette initiative. "La Commission a assumé ses responsabilités politiques selon le Traité, donnant ainsi un signal clair à ceux qui prétendent, au nom d'une modernisation dérégulatrice, remettre en question les droits sociaux", a-t-il déclaré.
M. Gabaglio a par ailleurs précisé, dans une lettre au Financial Times (qui avait mal interprété la proposition en question) daté du 25 mars, que la CES était réticente quant au seuil de protection de six semaines proposé par la Commission pour le travailleur intérimaire. En effet, "un intérimaire qui se voit, par exemple, accorder un contrat de travail de 4 semaines, ne sera pas couvert par l'égalité des chances, la protection contre les discriminations n'entrant en ligne de compte qu'après six semaines de prestations", a expliqué Emilio Gabaglio en ajoutant: "Une telle dérogation n'est pas acceptable. Elle est injuste et inutile et introduira encore plus de discriminations sur le marché du travail. Dans certains cas, les conditions d'emploi sont fondées sur l'ancienneté et, dans ce contexte, un travailleur intérimaire d'un certain âge ne bénéficiera pas des mêmes avantages que s'il était plus jeune, et sera donc discriminé. Le patronat doit accepter de traiter équitablement tous ses travailleurs".