Saragosse, 26/03/2002 (Agence Europe) - La Présidence espagnole a présenté un document définissant les orientations possibles d'une "politique européenne de l'armement", lors de la réunion informelle des ministres de la Défense de l'UE, le 23 mars à Saragosse (voir EUROPE du 23 mars, p. 7). L'objectif est de "développer les synergies et l'efficacité des dépenses" de défense et de "trouver de nouvelles formes de financement et de coopération pour les besoins communs", a expliqué le ministre espagnol de la Défense, Federico Trillo, à l'issue des discussions sur les capacités militaires de l'UE. "Personne n'a dit qu'il fallait augmenter la part des dépenses de défense par rapport au PIB", s'est-il défendu, en précisant que "nous n'avons pas à déterminer le niveau de dépense des Etats membres. C'est une décision qui n'appartient pas aux ministres de la Défense mais au gouvernement". Les ministres ont reconnu, avec le Haut représentant pour la PESC, Javier Solana, et le Secrétaire général de l'OTAN, George Robertson, qu'un effort financier sera nécessaire pour combler les lacunes dans les capacités militaires communes. Plusieurs Etats membres, comme la Belgique ou l'Italie notamment, ont toutefois souligné que les critères de stabilité doivent être respectés sans augmenter les impôts.
"Des efforts budgétaires doivent être faits" et "des idées intéressantes ont été développées sur la manière d'utiliser les ressources de manière plus pertinente, et je pense que des décisions pourront être prises lors du Conseil formel", a estimé Javier Solana. Il a relevé au passage qu'il "y a une contradiction entre une opinion publique qui demande à l'UE d'être davantage présente sur la scène internationale, mais qui rechigne à investir dans la défense."
Les ministres ont accueilli favorablement l'idée de créer un groupe de travail qui réfléchira au nouveaux modes de financement possible des capacités, a indiqué Federico Trillo. Les travaux se poursuivront par ailleurs au sein des seize groupes créés pour mettre en œuvre le plan d'action sur le développement des capacités adopté au Sommet de Laeken. Les Pays-Bas ont suggéré que les pays candidats soient associés à ces groupes et ont demandé que les ministres de la Défense soient consultés avant que le rapport des groupes ne soit soumis au Sommet de Séville. La France devait présenter cette semaine un document permettant de répertorier les contributions des Etats membres, selon des modalités techniques similaires à celles utilisées à l'OTAN. Suggestions que la Présidence espagnole s'est dite prête à reprendre à son compte.
Orientations d'une politique européenne de l'armement
La réflexion se poursuivra par ailleurs sur la définition d'une politique commune de l'armement, sur la base du document présenté par l'Espagne. Elle y énonce une dizaine de "principes": - mettre la politique de l'armement au service de la politique européenne de défense commune "et non l'inverse" ("comme cela a pu arriver dans certains Etats membres où la politique industrielle est déterminée par les besoins ou les intérêts de leurs industries") ; - se fonder sur des principes de participation volontaire, de transparence et de coordination avec d'autres organisations, comme l'OTAN ("en gardant à l'esprit les relations avec les Etats-Unis"); - adopter une méthodologie à moyen et long terme pour combler les lacunes (coordination des appels d'offres et lancement de nouveaux programmes); - harmoniser les besoins opérationnels (pour profiter des économies d'échelle et éviter les duplications); - définir des critères de comptabilité appropriés pour financer les investissements d'armement (l'Espagne souhaite revoir notamment le système SEC-95 repris par Eurostat, pour évaluer les déficits, qui classe l'armement parmi les "produits de consommation intermédiaire"); - coordonner les efforts de recherche et développement (pour éviter la dispersion et promouvoir les technologies à double usage); - créer à terme une Agence européenne de l'armement (qui reprendrait sous son aile les organismes existants, comme l'Organisation conjointe de coopération en matière d'armement - l'OCCAR - héritée de l'UEO); - favoriser la mise en commun d'armes entre plusieurs Etats membres (éventuellement sous le chapeau d'une agence); - favoriser les fusions entre entreprises (dans un sens qui évite les duplications sans empêcher la concurrence); - préciser le rôle des réunions des directeurs nationaux de l'armement.