Strasbourg, 13/03/2002 (Agence Europe) - Si l'Union européenne et les Etats-Unis agissent ensemble, ils peuvent contribuer à une « dynamique positive de changement dans le monde », a affirmé le Président du Conseil de l'UE Josep Piqué en intervenant mercredi lors du débat du Parlement européen sur les perspectives des relations transatlantiques. L'Union européenne, « chaque fois plus européenne, chaque fois plus européenne », n'épargnera aucun effort, a-t-il assuré, pour faire un succès du Sommet transatlantique du 2 mai à Washington (précédé par une réunion ministérielle UE/Etats-Unis, le 10 avril à Madrid). M. Piqué a mis en exergue la coopération entre l'Europe et les Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme depuis le 11 septembre, et a souhaité que l'Union puisse « maintenir et élargir » son entente avec les Etats-Unis , et « surmonter la dynamique de crise/confrontation au profit d'une dynamique de coopération ». M.Piqué s'est attaché à souligner l'ampleur de la relation économique et commerciale transatlantique en notant en particulier qu'environ 3 millions d'emplois américains dépendent des investissements européens aux Etats-Unis, mais il a reconnu que les récentes décisions concernant les importations d'acier trahissent une « inquiétante tendance à l'unilatéralisme » qui est très « malheureuse » dans cette phase cruciale pour l'avenir du système commercial multilatéral. M.Piqué a évoqué aussi les divergences au sujet du changement climatique, en signalant que le groupe de travail UE/Etats-Unis mis en place au Sommet transatlantique de Göteborg se réunira la semaine prochaine.
Pascal Lamy, Commissaire européen au commerce, a commencé, lui, par s'attaquer à la « dernière éruption de protectionnisme sidérurgique » américain, « mal chronique » qui caractérise une politique qui a « réinventé un libre-échange qu'on pourrait appeler par intermittence: un jour ça marche, l'autre ça ne marche pas, et le 6 mars, ça ne marchait pas ». Les mesures américaines feront peser la charge de l'ajustement de la sidérurgie américaine sur le reste du monde, « et l'essentiel sur nous, probablement la principale victime », a lancé M.Lamy, en anticipant les effets d'un « détournement sur les marchés européens d'une bonne partie des produits sidérurgiques qui n'auront plus accès au marché américain ». Contrairement aux Etats-Unis, nous demeurerons, dans notre riposte, « strictement dans le cadre de nos engagements internationaux », a-t-il tenu à préciser, en rappelant que la Commission va: - demander à l'OMC de constater l'illégalité des mesures américaines (nous ne sommes pas seuls, car ces mesures vont « désorganiser le marché de l'acier du monde entier ») ; - demander des mesures compensatoires et, en fonction des réactions, vérifier si la suppression des concessions tarifaires de l'Union est « souhaitable ou envisageable » ; - prendre des mesures contre le risque de détournement des flux d'exportations d'acier. M.Lamy a rappelé qu'un système de surveillance préalable des importations est en place depuis quelques semaines, en « totale conformité avec les règles de l'OMC », et que les mesures qui s'imposeront entreront en vigueur « au moment précis où les mesures américaines prendront effet ». Nous tenons à respecter les règles, parce que pour nous, le commerce mondial, ce n'est pas le « Far West », a souligné le Commissaire, qui a répété que les mesures américaines sont « injustes et infondées », et mauvaises pour l'industrie européenne et les échanges mondiaux, mais aussi pour l'économie américaine. M.Lamy a rappelé en passant les autres contentieux euro-américains, de celui, de taille, des Foreign Sales Corporations (FSC) à ceux, pas encore réglés, du boeuf aux hormones et des mandarines.
M.Lamy a aussi tenu a rappeler « l'agenda plus positif que nous avons à gérer » avec les Etats-Unis, aussi bien sur le plan multilatéral que bilatéral et, concernant le bilatéral, il a indiqué que « nous travaillons à titre d'hypothèse » sur des questions comme un accord transatlantique sur les transports aériens et des accords sur la propriété intellectuelle, en matière comptable et d'assurances. Au sommet du 2 mai, a-t-il signalé, seront évoquées la lutte contre la drogue, la coopération judiciaire et, « pourquoi pas », les perspectives du Sommet de Johannesburg.
Le Sommet du 2 mai doit s'interroger sur l'ensemble du contexte de nos relations et, en particulier, sur « ce que peut faire l'UE et ce que peuvent faire les Etats-Unis », a affirmé lors du débat le conservateur britannique James Elles, qui craint un « détricotage du volet « sécurité » de nos relations ». Actualisons la Déclaration transatlantique, s'est exclamé le président du groupe socialiste Enrique Baron, en mettant l'Europe en garde contre toute « servilité » à l'égard de Washington. Le libéral démocrate britannique Nick Clegg a qualifié de « philosophie économique analphabète » les thèses du sous-secrétaire au commerce américain M. Aldonas, justifiant le protectionnisme par des motivations macro-économiques (voir EUROPE des 11/12 mars), alors qu'aussi bien le vert néerlandais Joost Lagendijk que l'élu du PDS allemand André Brie s'en sont pris en particulier à l'augmentation des dépenses militaires américaines. Une résolution sur l'acier sera votée jeudi.