Strasbourg, 13/03/2002 (Agence Europe) - Le Président du Conseil de l'UE, Josep Piqué, a, au cours du débat de mercredi en plénière au sujet de l'élargissement de l'Union, estimé que les propositions de la Commission européenne sur le volet budgétaire, la politique agricole et la politique structurelle constituent une « base solide et juste » de négociation, au contenu « raisonnable et équilibré ». Le débat interne au Conseil a fait apparaître des « sensibilités différentes », mais je suis convaincu que nous parviendrons à des positions communes acceptables pour les pays candidats, a-t-il estimé. Et il a réaffirmé la position de la Présidence espagnole selon laquelle « dans ce moment crucial, il faut éviter » que des tentatives « d'entamer la réforme des politiques communes interfèrent avec les négociations d'adhésion ». Nous ne nous opposons pas à ce que ces réformes soient engagées « au moment opportun », mais elles doivent se dérouler « dans un canal séparé » du processus d'adhésion, a tenu à préciser M. Piqué. Par ailleurs, il a rappelé que la Présidence a l'intention d'entamer, en étroite coordination avec les candidats, le travail du Comité de rédaction des traités d'adhésion, et d'ouvrir tous les chapitres pendants avec la Bulgarie et, si possible, avec la Roumanie. Quant à Chypre, il a répété que sa réunification n'est pas une « condition » pour adhérer à l'UE, mais qu'une solution à Chypre, « évidemment, facilitera énormément » l'adhésion. Enfin, il a souligné que la Présidence donnera une « impulsion à la stratégie d'adhésion de la Turquie », vers « une nouvelle étape » du processus de rapprochement de la Turquie à l'UE.
Le Commissaire européen chargé de l'élargissement, Günter Verheugen, a mis en garde contre toute « tactique dilatoire » qui risquerait d'avoir des conséquences « incontrôlables et dangereuses », tout en notant que la situation « se présente bien ». M.Verheugen a confirmé que dans les toutes prochaines semaines la Commission présentera des propositions de positions communes sur les questions budgétaires, la politique agricole, la politique structurelle et les institutions, en répétant qu'il n'y aura « pas de membres de deuxième classe » et que les « plafonds globaux» budgétaires fixés au Sommet de Berlin ne seront pas dépassés. Fin octobre, sous présidence danoise, la Commission présentera un nouveau « Rapport d'étape » et fera des recommandations sur les candidats avec lesquels on pourra formellement conclure les négociations pour le Sommet de Copenhague, a-t-il ajouté. Par ailleurs, M. Verheugen a évoqué un certain nombre de problèmes plus politiques: (a) les décrets Benes. Pour la Commission européenne, ils sont « obsolètes », ils constituent un problème non pas juridique, mais « politique et moral », a martelé M. Verheugen, en notant qu'il ne faut pas « surcharger les négociations d'adhésion avec des thèmes du passé ». En même temps, a-t-il indiqué, la Commission et d'autres s'efforcent de trouver une solution à ce problème depuis des années, « dans beaucoup, beaucoup d'entretiens confidentiels », et la Commission « vérifie encore une fois » cette législation. (b) l'avenir de Kaliningrad. Il n'y aura « pas de négociations spéciales avec la Russie », parallèlement aux négociations d'élargissement, sur ce que deviendra une enclave russe dans le territoire de l'UE, a assuré M.Verheugen. Ce qui est en jeu, c'est «bien plus» que des solutions sur le transit et les visas, qui sont des questions que nous réglerons dans le cadre de Schengen, a affirmé le Commissaire, en soulignant: il s'agit d'assurer que Kaliningrad participera à la « dynamique économique » qui se développe dans la région, pour éviter que cette dynamique n'entraîne des tensions sociales. (c) Chypre. Même s'il n'y a pas encore eu de « percée » dans les pourparlers Clerides/Denktash, les responsables chypriotes grecs et turcs m'ont assuré qu'ils s'en tiennent à l'objectif de parvenir aux « grandes lignes d'un accord politique » d'ici juin prochain, et je les encourage à aller dans ce sens, a affirmé M.Verheugen.
La politique agricole, Kaliningrad, mais aussi l'Ukraine (il ne faudrait pas ériger un nouveau rideau de fer à l'est de la Pologne), voici certains des thèmes qui tiennent à cœur au président du groupe du PPE/DE, Hans-Gert Pöttering. Pour le groupe socialiste, Martin Schulz insiste surtout sur le travail que la Convention sur l'avenir de l'Europe doit faire pour améliorer les procédures décisionnelles après l'élargissement. Jens-Peter Bonde, président du groupe Europe des Démocraties et des Différences, plaide à son tour pour que les pays candidats soient représentés au présidium de la Convention. Nous avons beaucoup de décisions importantes à prendre pour compléter le marché intérieur avant l'élargissement, a rappelé le président du groupe libéral, Graham Watson, qui a surtout souligné que les Etats membres actuels ne doivent pas saper l'action de l'Union en critiquant des décisions dont ils ont l'impression d'être les victimes (il a cité le ministre italien des Finances Tremonti et a fait allusion, sans le citer, aux critiques du chancelier Schröder à l'égard de la Commission européenne). Elisabeth Schroedter, pour les verts, et Pernille Frahm, pour la Gauche unitaire/Gauche verte nordique, invitent à dire les choses comme elles sont: on ne peut pas prétendre que l'élargissement ne va rien coûter, s'il doit être un vrai succès, un vrai « projet de paix », les pays les plus riches (comme le mien, a dit la Danoise Mme Frahm) doivent être prêts à payer.
A la fin du débat, le Commissaire Verheugen a plaidé pour l'égalité des pays candidats au sein de la Convention sur l'avenir de l'Europe: ce serait une erreur que de croire qu'ils ne sont pas prêts et de vouloir sauver notre « vaisselle précieuse avant l'arrivée des enfants qui salissent tout », s'est-il exclamé.