Bruxelles, 27/02/2002 (Agence Europe) - Pour la première fois, les trois institutions de l'UE sont engagées dans un « dialogue approfondi » sur les priorités politiques et le programme législatif de la Commission européenne, a constaté le Président de la Commission Romano Prodi en illustrant mercredi après-midi devant la plénière du Parlement européen ces priorités dans leurs grandes lignes - élargissement, « stabilité et sécurité », et « une économie forte et solidaire » - et en évoquant aussi le problème des ressources humaines et financières découlant de ces priorités, et l'engagement supplémentaire que représente pour les institutions la Convention sur l'avenir de l'Europe qui s'ouvre ce jeudi.
La Convention « n'était certainement pas dans l'esprit de tous », alors qu'elle est le fruit d'un « effort commun » du Parlement et de la Commission, qui peuvent en être fiers, a lancé M.Prodi, en notant que, pour la première fois, « une majorité de représentants élus, et pas de délégués des gouvernements » examinent ensemble l'avenir de l'Europe. Ce sont des représentants « de très, très haut niveau », et personne ne devrait nourrir l'illusion de pouvoir « gouverner » la Convention, qui est « autonome », s'est exclamé M.Prodi, en soulignant que « les gouvernements ne pourront pas ignorer son travail ». En outre, la société civile suivra ces travaux, et on ne pourra donc pas dire qu'il s'agit là d'une négociation entre diplomates et bureaucrates dont les citoyens ignorent tout, a remarqué le Président de la Commission, en rappelant: « le désir d'une Convention était né le matin après la nuit de Nice, pas par hasard, mais comme constatation de l'échec d'une méthode ». Nous serons présents avec deux Commissaires (Michel Barnier et Antonio Vitorino), et je réaffirme mon « engagement personnel et direct », a affirmé M.Prodi. Et il a estimé que, avant de passer à « l'architecture institutionnelle », il faudra s'interroger sur « un projet commun de société », se demander « dans quelle société nous voulons vivre », parce que l'Union européenne, « c'est la seule tentative de globalisation démocratique ».
Quant aux priorités politiques pour 2003, M.Prodi a évoqué: (1) l'élargissement, en notant que 2003 sera « l'année du tournant », parce qu'il faudra se préparer à accueillir les nouveaux Etats membres « le 1er janvier 2004 » . Ce qui signifie qu'il faudra à la fois aider les candidats à se préparer à assumer « pleinement » toutes leurs responsabilités d'Etats membres, veiller à ce que la Commission remplisse elle aussi toutes ses obligations et « s'interroger sur les politiques communes dont a besoin une Union élargie » . (2) la stabilité et la sécurité de toute l'Europe, qui exige que l'UE lutte contre toutes les formes de criminalité, « y compris le terrorisme » (et en premier lieu le terrorisme), qu'elle s'attaque au problème de l'immigration et de ses « effets complexes », et qu'elle renforce son partenariat avec les pays voisins. Là M.Prodi a évoqué en particulier le renforcement du processus de Barcelone et des initiatives à l'égard des pays tiers méditerranéens (voir p. 6 nouvelle au sujet de la banque euroméditerranéenne), le processus d'association et de stabilisation avec les pays des Balkans, la poursuite des efforts de paix au Proche-Orient (où les derniers événements permettent « une lueur d'espoir ») et la contribution à la reconstruction de l'Afghanistan. (3) une «économie soutenable et solidaire ». M. Prodi entrevoit une « reprise pas trop éloignée », probablement pendant la deuxième moitié de l'année, mais qui dépend de la concrétisation de la stratégie de Lisbonne, y compris de sa « dimension extérieure », à savoir la contribution de l'UE au « gouvernement de la globalisation ». Concrètement, M.Prodi a cité en particulier le processus de Doha, la solidarité Nord-Sud, et notamment avec l'Afrique et, donc, le Sommet de Monterrey (la situation « n'est certes pas des meilleures »).
M. Prodi a tiré les conséquences de ces priorités pour les ressources financières et humaines de la Commission, en martelant: "cette Commission n'a jamais assumé, n'assumera jamais des engagements sans disposer des ressources nécessaires". Raison pour laquelle il reconnaît que "nous ne pouvons pas nous préparer à l'élargissement sans engager du personnel supplémentaire" (ne fût-ce que parce que le nombre de langues "doublera") . La Commission devra assurer que l'acquis est appliqué dès le premier jour des nouvelles adhésions, et je demande donc 500 agents non permanents pour préparer l'élargissement, a précisé M. Prodi, en s'exclamant: il est donc essentiel que nous puissions utiliser l'instrument de flexibilité. Nous n'oublions pas la discipline budgétaire, mais nous devons aussi trouver des "solutions structurelles aux insuffisances chroniques" de la rubrique 4 (actions externes), a-t-il insisté, en soulignant que les événements du 11 septembre ont prouvé une fois de plus que l'Union a besoin de "mécanismes spécifiques" pour dégager rapidement des moyens lui permettant de faire entendre sa voix dans le monde.
Les parlementaires s'interrogent sur le fonctionnement de la Banque méditerranéenne
Le président Prodi a répondu aux questions des parlementaires sur: - la possibilité d'accueillir des observateurs des pays candidats à la Commission, avant l'adhésion, comme voudrait le faire le Parlement européen. En répondant au président du groupe du PPE/DE, Hans-Gert Pöttering, M. Prodi a affirmé: « c'est une chose à faire, techniquement pas facile (…), mais nous devons le faire maintenant si nous voulons établir un rapport d'instruction et d'apprentissage avec ces pays » Ces derniers ne savent pas encore qui vont être leurs Commissaires, mais la Commission doit adopter sur cette question une attitude ouverte et constructive, a estimé M. Prodi. - la banque euroméditerranéenne. Certains ont des réserves sur la création d'une nouvelle bureaucratie (M.Pöttering), d'autres ( la sociale-démocrate allemande Christa Randzio-Plath) se demandent ce qu'on fera si Israël, par exemple, demande à bénéficier de l'aide de cette banque. M. Prodi explique: un simple fonds, une « facility » n'aurait pas eu la même fonction « éducative » pour les pays du sud de la Méditerranée, qui seraient contents de disposer d'une structure où ils pourront avoir accès à l'actionnariat et participer au conseil d'administration. Mais la décision de donner une participation majoritaire à la BEI est inspirée précisément par le souci de ne pas créer une bureaucratie lourde à gérer, ajoute-t-il. - les lois du marché et la justice sociale. L'élu du PDS Hans Modrow a souligné que dans tous les pays, les disparités sociales augmentent, et qu'une réflexion s'impose. L'élargissement est un vrai exemple de solidarité, réplique M. Prodi, qui constate que des pays caractérisés par une disparité économique de 1 à 4 vont se mettre ensemble, et les nouveaux membres vont recevoir chaque année des transferts de ressources équivalant à 4% de leur revenu national annuel, une somme très importante. - la transparence. La libérale suédoise Cecilia Malmström a raison d'insister sur ce point, estime M. Prodi, en notant que la Convention apportera des améliorations en la matière, mais que les moeurs ont déjà changé.