Bruxelles, 21/02/2002 (Agence Europe) - Philippe Morillon (PPE, français) et Daniel Cohn-Bendit (Vert allemand) ont présenté mardi à la commission des Affaires étrangères du Parlement européen les grandes lignes de leur projet de rapport sur la mise en oeuvre d'un partenariat privilégié entre l'UE et l'Union du Maghreb arabe (Maroc, Tunisie, Algérie, Mauritanie, Libye). La proposition de résolution de MM. Morillon et Cohn-Bendit propose que la relation UE/Maghreb se développe à l'avenir "dans un cadre innovant spécifique qui pourrait prendre la forme d'un contrat pour la stabilité et le développement, à l'image des relations existant entre l'UE et les Balkans par le biais du Pacte de stabilité".
Un tel partenariat privilégié doit notamment permettre de faire face au problème des migrants qui "fuient la misère" chez eux pour se retrouver dans "une misère plus grande encore" en Europe, où ils sont déracinés, a estimé Philippe Morillon, en soulignant l'importance d'attirer l'investissement étranger dans la région, en particulier pour" fixer la main-d'oeuvre". Ce partenariat est d'autant plus nécessaire après les événements du 11 septembre, a-t-il noté, en rappelant le difficile cheminement de l'UMA: premières "manifestations d'une volonté d'union" en 1989; réunions entre le Parlement européen et les cinq parlements de la région en 1989,1990 et 1991 (à l'époque où Claude Cheysson était député européen); annulation de la réunion prévue en 1992 après le "drame de Lockerbie et la mise au ban des nations de la Libye"; relance du dialogue politique au sein de l'UMA avec la réunion des ministres des Affaires étrangères le 15 janvier dernier à Alger et l'annonce d'un sommet en juin, également à Alger. Parmi les obstacles à cette relance, M.Morillon a cité le Sahara occidental, tout en précisant que "les interlocuteurs nous disent que c'est un obstacle, mais pas un obstacle majeur". Avant de trancher les passages de leur rapport concernant ce contentieux, MM. Morillon et Cohn-Bendit veulent attendre les conclusions de la mission au Sahara occidental de leurs collègues Catherine Lalumière, Pasqualina Napoletano et Raimon Obiols , ainsi que le dernier rapport sur le projet d'accord-cadre de l'ONU.
Après le 11 septembre, il faut veiller à ne pas confondre lutte contre le terrorisme et "politique répressive liberticide contre toute opposition nationale" , a insisté pour sa part Daniel Cohn-Bendit, qui a avoué en particulier que "la situation en Tunisie n'est pas rassurante", tout comme celle en Kabylie, en Algérie. Quant au problème de l'immigration et des visas, il a estimé qu'actuellement, la politique suivie par l'Europe "est un comportement post-colonial, pas un dialogue entre partenaires" (la proposition de résolution demande que l'UE et les Etats membres "reconsidèrent leur politique d'immigration et de liberté de circulation avec les pays du Maghreb, car l'ouverture des marchés ne peut se faire sans l'ouverture des frontières aux citoyens, en respectant l'équilibre nécessaire entre la protection des réfugiés, l'inspiration légitime à une vie meilleure et la capacité d'accueil de l'Union et de ses Etats membres"). Parmi les principales suggestions formulées dans le projet de rapport, M. Cohn-Bendit a cité: - l'accent mis sur la notion de "souveraineté alimentaire", pour assurer la "pérennité de l'agriculture et de la pêche" des pays concernés; - la création d'une nouvelle structure pour les relations entre le Parlement européen et l'UMA. "Deux idées qui ne sont pas concurrentes circulent actuellement sur le marché des idées", a constaté M. Cohn-Bendit, en citant celle de José Ignacio Salafranca (Partido popular) d'établir "une liaison dans le cadre du Forum euro-méditerranéen", et "la nôtre, qui va plutôt dans le sens d'une Commission parlementaire mixte PE/UMA, type ACP, si on veut".
Au cours du bref échange de vues qui a suivi, le représentant de la Commission européenne a estimé que ces idées vont largement dans le sens de la récente communication de la Commission sur le processus euroméditerranéen (voir EUROPE des 18/19 février, p.13). Quant à Raimon Obiols (socialiste espagnol), il a affirmé que "nous parlons ici de ce qui sera l'une des grandes priorités stratégiques de l'Union dans les prochaines années", il a exhorté à dépasser "l'hypocrisie" qui consiste à "parler de zone de libre-échange" avec les pays concernés sans s'attaquer au problème de la "politique agricole méditerranéenne", alors que le social-démocrate autrichien Hannes Swoboda a appuyé l'idée d'une banque euro-méditerranéenne qui soit liée à la BEI, au lieu d'être une institution à part. Le démocrate-chrétien luxembourgeois Jacques Santer, en rappelant les difficultés qu'avait connues la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement), s'est dit tout à fait d'accord, et a par ailleurs souligné ce que peuvent apporter les communautés religieuses au dialogue UE-UMA (selon lui, il faut retrouver "l'esprit de Tolède" qui s'était manifesté après les rencontres de toutes les communautés religieuses à Tolède en 1994 et 1995). Enfin, la Verte belge Nelly Maes a insisté sur la dimension culturelle, en s'exclamant en particulier: nous devons encourager dans ces pays un tourisme durable et de qualité, nous devons encourager les Européens à visiter ces pays pour y retrouver "un héritage culturel, et pas seulement pour s'étaler au soleil".