Bruxelles 21/02/2002 (Agence Europe) - Le plan américain en matière de changements climatiques, critiqué par la Commissaire à l'Environnement, Margot Wallström, dès sa présentation par le Président Bush (voir EUROPE du 16 février, p. 10), a depuis lors fait l'objet d'une déclaration commune de la Commission et de Jaume Matas, président du Conseil Environnement. Cette déclaration exprime les préoccupations de l'Union quant à l'inefficacité de mesures établissant un rapport entre l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre et la croissance du PNB Outre-atlantique.
"Il est clair que les propositions d'action sont purement nationales, mais l'Union craint qu'elles ne suffisent même pas à réduire les émissions américaines. L'objectif d'intensité proposé permettra une augmentation des émissions en termes absolus et ne suffira pas à combattre efficacement le changement climatique. Le Protocole de Kyoto, au contraire, exige de la plupart des pays industrialisés une réduction des émissions en termes absolus, alors même qu'ils escomptent encore une croissance économique".
Mme Wallström et M. Matas soulignent en outre que: 1) avec un tel plan, les Etats-Unis ne respecteront même pas l'objectif de stabilisation des émissions au niveau de 1990 visé par la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques à laquelle les Etats-Unis sont pourtant partie; 2) l'intensité des émissions de gaz à effet de serre par rapport au produit national brut aux États-Unis ayant, par le passé, enregistré une tendance à la baisse, le plan américain est à peine plus qu'un feu vert au "business as usual"; 3) l'efficacité des mesures est d'autant plus sujette à caution que ces mesures sont purement volontaires, qu'elles excluent des échanges des permis d'émettre le CO2 des centrales électriques (l'Union, elle, entend réduire ses émissions de C02 de 46% à l'horizon 2010 par le seul recours à ce mécanisme flexible) et qu'elles n'interviendront pas avant 2012; 4) la participation des acteurs économiques américains au contrôle des émissions est une bonne chose, à condition que ce contrôle soit obligatoire et que les entreprises fassent rapport régulièrement sur leur niveau d'émission. C'est à cette seule condition que l'on pourra évaluer si le plan de Bush représente un effort comparable à celui requis par le Protocole de Kyoto, estime l'Union.
Le plan américain est dicté par les intérêts des pétroliers, affirme Greenpeace
Dans un communiqué, Greenpeace affirme que la mise en œuvre du plan américain conduira à une augmentation des émissions de gaz à effet de serre à un niveau excédant de 36% les objectifs du Protocole de Kyoto. "Les émissions de dioxyde de carbone augmenteront même plus rapidement qu'au cours des cinq dernières années. Une telle politique ne fera rien pour contribuer à stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre à long terme", affirme Benedict Southworth, expert pour les questions climatiques, qui accuse la politique américaine d'être "dictée par le géant pétrolier Exxon Mobil". Elle estime que "le couplage entre le niveau d'émissions et la croissance économique aura pour résultat de ne permettre une réduction des émissions qu'en cas de récession économique prolongée. Or, les prévisions américaines de croissance économique au cours des dix prochaines années sont de 3,1%".
Les Etats-Unis étant le premier pollueur mondial avec une contribution de 25% aux émissions globales de gaz à effet de serre, la nouvelle politique américaine ne fait qu'"élargir le fossé entre les Etats-Unis et le reste du monde", déplore Greenpeace.