Bruxelles, 05/12/2001 (Agence Europe) - L'élargissement de l'Union européenne aux 12 pays candidats à l'adhésion pourrait augmenter la croissance du PIB de l'UE de l'ordre de 0,7% par an sur les dix années à venir, selon une étude réalisée par le Groupe d'Etudes Politiques Européennes (GEPE) pour le compte du Ministère des Affaires économiques de Belgique et mettant en relief les bénéfices et les risques économiques et financiers de l'arrivée des futurs pays membres. Un relèvement du plafond actuel de 1,27% du PIB de l'UE pour le budget communautaire et la création d'une taxe européenne pourraient toutefois s'avérer nécessaires pour financer le passage de l'Union de 15 à 27 membres, soulignent les auteurs. "Malgré les coûts élevés de restructuration de l'économie de ces pays, des gains élevés sont possibles, en terme de production comme de productivité", indique l'étude. Par ailleurs, la volonté d'entrer dans l'UE est "un moteur puissant de transformation dans les pays candidats". Ainsi, l'élargissement contribuera à agrandir le marché intérieur et encouragera, par l'accroissement de la taille des entreprises, des économies d'échelle. De plus, "il n'est pas déraisonnable de penser" que les pays candidats pourraient être prêts à adopter l'euro deux ans seulement après leur entrée dans l'UE, estiment les auteurs.
Les entreprises des Etats membres actuels, les firmes belges en particulier, ont donc tout intérêt à investir dans ces pays notamment pour y conquérir de nouveaux marchés et y obtenir une position stratégique (plutôt que pour profiter d'une main-d'œuvre bon marché), souligne l'étude. Par ailleurs, selon les experts, la perspective d'une "migration massive vers l'ouest" est improbable, car le degré de mobilité du travail devrait rester très bas, comme cela avait été le cas avec l'adhésion de l'Espagne et du Portugal. "D'abord, l'adaptation du marché du travail prend du temps et réduit donc fortement les risques d'un choc. De plus, l'effet d'adhésion créera dans les futurs nouveaux membres des nouvelles opportunités de travail tant pour la main-d'œuvre qualifiée, dont les salaires en terme de pouvoir d'achat ne sont pas fondamentalement différents des salaires de leurs collègues dans l'UE, que pour la main-d'œuvre non qualifiée, qui ne préfère que rarement la mobilité", affirme l'étude.
Malgré ces points positifs, l'élargissement ne se fera pas sans risques. Ainsi, selon les auteurs, il faudra veiller à ce que les bénéfices de la suppression des droits de douane ne soient pas atténués par des mesures d'effet équivalent, des ententes entre entreprises ou des aides d'Etat. Et, plus généralement, il faudra s'assurer que les nouveaux pays membres soient en mesure d'appliquer les règles européennes de concurrence, un "facteur de distorsion potentielle important" existant à court terme. Par ailleurs, s'observe une tendance à la spécialisation industrielle par une concentration des ventes vers certains pays et certaines régions. "Le risque de cette évolution est qu'un choc sectoriel se transforme aussi en choc régional", lit-on dans l'étude. Dans le domaine agricole, les problèmes budgétaires liés à l'application des aides aux pays candidats sont à mettre en parallèle avec la balance commerciale qui restera longtemps excédentaire pour les Etats membres actuels, compte tenu des difficultés des pays candidats à restructurer leur industrie agro-alimentaire et à s'adapter aux normes d'hygiène et de qualité communautaire. Il est aussi à noter qu'une "émigration substantielle de la main-d'œuvre agricole" n'est pas à craindre, parce qu'une grande partie de celle-ci pourrait bénéficier de systèmes de pré-retraite, tandis que les jeunes, mieux formés, pourraient bénéficier des aides communautaires aux jeunes agriculteurs ainsi que des aides à la modernisation des exploitations agricoles. Enfin, en ce qui concerne les fonds structurels, une réorientation massive des moyens financiers européens vers les futurs nouveaux Etats membres risque d'avoir des conséquences sérieuses pour les régions actuellement éligibles à ces subsides. Selon les auteurs, pour résoudre le problème des ressources financières de l'Union, un relèvement du plafond actuel de 1,27% du PIB communautaire pourrait s'avérer nécessaire à partir de 2007.
Par ailleurs, les auteurs estiment qu'il faut éviter qu'après 2006, plus de 75% des moyens de l'UE-27 proviennent de contributions nationales. "Une 5ème ressource (taxe sur l'énergie), quoique utile, ne serait pas suffisante. Il faudrait sans doute penser à une taxe européenne juste et équitable".
L'étude "L'adaptation des structures de décisions économiques aux conséquences de l'élargissement de l'Union européenne" est disponible au Groupe d'Etudes Politiques Européennes, Rue D'Egmont 11, 1000 Bruxelles (Tél.: 02/545 0461; Fax: 02/511 67 70; E-mail: sep.gepe@busmail.net; http: http://www.tepsa.be ).