Bruxelles, 20/11/2001 (Agence Europe) - La Présidence belge de l'UE et la Commission ont réfuté mardi des déclarations faites lundi, en marge du Conseil Affaires générales (voir EUROPE d'hier, p.4), par le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine qui avait émis des doutes sur l'approche de la Commission européenne qui, dans son document de stratégie pour l'élargissement publié la semaine dernière, concluait qu'il était raisonnable et réaliste de considérer que jusqu'à dix pays candidats sur douze (à l'exception de la Bulgarie et la Roumanie, qui eux-mêmes n'envisagent pas d'adhérer avant 2006) pourront achever leurs négociations d'ici la fin 2002, ce qui leur permettrait de rejoindre l'UE en 2004. Quant à la Bulgarie et la Roumanie, la Commission estimait dans son rapport qu'à ce stade il est plus qu'improbable que ces deux pays soient eux aussi en mesure de remplir, d'ici fin 2002, tous les critères d'adhésion.
Lundi, lors d'un point de presse, M.Védrine avait laissé entendre que, pour lui, le choix stratégique de la Commission de désigner les dix pays qu'elle considère les plus susceptibles d'achever les négociations en 2002 et d'adhérer en 2004 (et, par conséquent, d'exclure la Bulgarie et la Roumanie) n'était pas entièrement basé sur une évaluation objective et neutre de l'état de préparation de ces pays, mais aussi influencé par des considérations politiques et géo-stratégiques. "Je pense qu'il y a des pays, dans les dix, qui ne sont pas tout à fait prêts et pour lesquels on va faire un effort particulier d'une façon ou d'une autre", avait affirmé M.Védrine, en estimant que, si l'élargissement devient un processus politique fondé sur des considérations politiques, il faudrait alors tenir compte aussi de l'importance politique et géo-stratégique de la Bulgarie et de la Roumanie. Devant cette toile de fond, M.Védrine a pris la défense de ces deux pays, en notant que "faire entrer dix pays et en faire entrer douze, ce n'est pas tellement différent". Laisser ces deux pays sur le bord de la route pourrait aussi avoir un effet "déstabilisant" sur le plan des réformes politiques et économiques internes, et les pousser à "baisser les bras" au lieu d'accroître leurs efforts en vue de satisfaire aux critères d'adhésion.
Mardi, à l'occasion des points de presse qui ont suivi les Conseils d'association UE/République tchèque, UE/Pologne et UE/Bulgarie, la Présidence belge de l'UE (représentée par la ministre aux affaires européennes Annemie Neyts) et la Commission européenne (représentée par Eneko Landaburu, le Directeur général à l'élargissement) ont tout les deux fortement insisté sur le fait que les négociations d'adhésion sont et seront toujours conduites sur la base de critères objectifs et factuels, et qu'il faut éviter d'y mêler des considérations politiques. "La Commission européenne a toujours veillé, et elle continuera à le faire, à ce que les principes de base du processus d'élargissement soient respectés: la différenciation, le jugement individuel sur la base des mérites propres, le principe du rattrapage pour ceux qui ont débuté leurs négociations plus tard", a insisté M. Landaburu, pour qui la déclaration de M.Védrine constitue "davantage une réflexion d'ordre général qu'une déclaration politique du gouvernement français". Ce n'est qu'en assurant le strict respect de ces critères que l'élargissement sera un succès, a dit le Directeur général. Les rapports réguliers sur chacun des candidats ont été établis sur la base de données réelles et objectives, et la conclusion tirée par la Commission dans son document de stratégie reflète le résultat de cette "analyse objective": à partir de l'état actuel des préparations, et en tenant compte des efforts qui restent à faire, la Commission juge probable que jusqu'à dix pays candidats pourront achever leurs négociations au cours de l'année prochaine, a expliqué M.Landaburu. Les dix pays en question ont d'ailleurs atteint un niveau élevé de préparation très proche l'un de l'autre, selon M. Landaburu. Pour Annemie Neyts, il ne peut pas y avoir de doute: la différenciation fonctionne, "et elle continuera à fonctionner à l'avenir". La Présidence belge ne voit aucune contradiction entre le strict respect du principe de la différenciation et le fait que le rapport de la Commission mentionne la possibilité d'accueillir jusqu'à dix nouveaux pays en 2004. "L'essentiel est qu'à la fin du processus de négociation, chaque pays candidat soit jugé sur base de ses propres mérites. A ce stade, il est encore trop tôt de dire avec certitude combien et quels pays seront prêts d'ici la fin 2002", a dit Mme Neyts.