Bruxelles, 15/10/2001 (Agence Europe) - Les conclusions politiques de la première conférence ministérielle Afrique-Europe qui s'est tenue la semaine dernière à Bruxelles (voir EUROPE du 13 octobre, p. 4) mettent en exergue le rapprochement des points de vue entre les deux parties sur les grands axes de leur coopération politique, économique et commerciale, et leur volonté d'aller de l'avant dans la mise en œuvre du plan d'action du Caire pour le nouveau partenariat euro-africain. La deuxième conférence ministérielle prévue en novembre 2002 à Ouagadougou (Burkina Faso) approfondira les travaux pour favoriser de nouvelles avancées lors du 2ème Sommet Europe-Afrique en 2003 au Portugal. «Nous mesurons l'utilité, l'intérêt et le résultat particulièrement positif de cette conférence ministérielle à mi-chemin entre le Sommet du Caire et le Sommet de Lisbonne. Le climat excellent qui a entouré les travaux augure d'une bonne réunion l'an prochain pour permettre des engagements plus fermes et plus concrets encore à Lisbonne », a déclaré Louis Michel à la presse.
Saluant «l'échange de vues fructueux » sur la nouvelle initiative africaine, Louis Michel, co-président européen de la conférence, a souligné que la nouvelle dimension stratégique du partenariat global Europe/Afrique avait été confirmée. Selon lui, «cet effort colossal émanant de l'Afrique elle-même pour résoudre ses problèmes » constitue «une véritable vision du développement africain, de nature à modifier fondamentalement » les relations entre l'Afrique et l'Union. Un accord s'est dégagé en faveur d'une articulation harmonieuse entre cette initiative et le processus de Barcelone, le processus du Caire et l'accord de Cotonou, a-t-il précisé. Il s'est également félicité de la décision prise par les Africains de transformer l'Organisation de l'unité africaine (OUA) en Union africaine «qui s'inspire largement du modèle de l'Union européenne ». L' Union est tout à fait disposée à apporter son aide pour la consolidation de ce projet d'intégration régionale à l'échelle du continent africain, a assuré Louis Michel. « L'Afrique en tant que continent est venue rencontrer l'Union européenne, sur un pied d'égalité, en tant que partenaire d'un effort conjoint », a affirmé le coprésident africain Keli Walubita, ministre zambien des Affaires étrangères et président en exercice de l'OUA, avant d'évoquer le problème de la dette extérieure africaine. «La situation est si difficile qu'elle en est presque choquante. Il s'agit maintenant de lever ce fardeau qui pèse sur l'Afrique pour que nous puissions coopérer avec le reste du monde », a-t-il déclaré. M. Walubita a par ailleurs affirmé avoir reçu de l'UE l'engagement d'un soutien financier à la nouvelle initiative africaine, et ajouté que la transformation de l'OUA en Union africaine prendrait un an de telle sorte qu'au prochain sommet Afrique Europe, c'est l'Union africaine qui rencontrera l'Union européenne. Evoquant l'échange de vues sur le dialogue intercongolais (échange qui a eu lieu en marge de la ministérielle en session restreinte, avec les représentants des parties prenantes au conflit en RDC), le ministre zambien a estimé que «le processus a atteint sa vitesse de croisière ». Il a précisé que le président de son pays (médiateur dans la région) participerait à la deuxième réunion du dialogue politique intercongolais qui débute à Addis-Abeba ce lundi 15 octobre. « Nous sommes optimistes quant à l'issue du processus. Le désarmement est en cours. L'UE nous a annoncé un soutien financier », a-t-il déclaré
Quant au Commissaire Poul Nielson, il a estimé que la conférence ministérielle avait marqué «le véritable démarrage du processus du Caire » et que la convergence de vues sur de nombreux aspects de la coopération Afrique-Europe permettait aux partenaires de « disposer d'un véritable cadre pour Doha et Johannesburg » (la conférence de l'OMC en novembre prochain et le sommet du développement durable en 2002). S'attardant sur «l'image de l'Afrique », il a ajouté: « l'élan dont nous bénéficions avec la perspective d'une Union africaine nous permet d'être plus positifs. C'est important pour attirer les investissements ». Parce qu'il intègre les pays les moins avancés, l'approche globale du développement de l'Afrique que représente la nouvelle initiative africaine constitue, selon lui, «une bonne source d'inspiration ».
Voici les précisions qui ont été apportées à la presse sur les progrès réalisés dans les huit domaines d'action prioritaires du Plan d'action du Caire:
Prévention des conflits: la conférence a lancé l'idée d'établir des indicateurs pour la mise en place d'un mécanisme d'alerte qui passerait notamment par l'observation quotidienne de la presse, en vue de détecter les signes avant-coureurs d'un conflit ethnique, par exemple. Européens et Africains ont d'accord sur la nécessité de renforcer les capacités africaines en matière de prévention des conflits, notamment par le déploiement de « task forces » spécialisées sur le terrain, de s'attaquer aux causes profondes des conflits et d'accorder toute l'attention requise aux situations post-conflit (désarmement, retrait des combattants, lutte contre le trafic d'armes de petit calibre, lutte contre le trafic des diamants, déminage). Les Africains ont demandé l'aide des Européens pour lutter contre le trafic des petites armes par transport aérien.
Coopération et intégration régionale: les ministres sont convenus de poursuivre leur coopération dans la perspective de la quatrième conférence ministérielle de l'OMC à Doha afin de parvenir à un accord sur un nouveau round qui tienne compte des intérêts de pays en développement et soutienne les efforts de l'Afrique de s'intégrer dans l'économie mondiale. A cet égard, l'UE s'est déclarée prête à appuyer la demande de l'OUA d'obtenir le statut d'observateur à l'OMC. M. Michel s'est déclaré frappé par la déclaration du ministre sud-africain invitant à « refuser l'afro-pessimisme et transformer l'Afrique en continent d'espoir »
Environnement: les ministres s'accordent à reconnaître que tout développement durable doit prendre en compte l'environnement, y compris la lutte contre la sécheresse et la désertification
Lutte contre le sida et autres pandémies: face aux effets dévastateurs du sida, de la tuberculose et de la malaria sur l'Afrique, un consensus existe sur la nécessité de mesures urgentes dans le cadre d'une stratégie globale. L'Union européenne en fait une priorité de stratégie de développement et est le plus gros contributeur au fonds mondial pour la santé (1 milliard d'euros sur le total de 1,8 milliard).
Sécurité alimentaire: les ministres partagent la conviction que la sécurité alimentaire est au cœur de la lutte contre la pauvreté. Les Africains ont proposé que l'Union soutienne, dans le cadre du Plan d'action du Caire, un programme de sécurité alimentaire à long terme pour l'Afrique, qui aille au-delà de l'aide alimentaire et céréalière en visant la réduction de la pauvreté par une croissance soutenue et diversifiée de l'économie en général et de l'agriculture en particulier. Ce programme serait fondé sur: a) la mise en place d'un Fonds de garantie et de soutien aux investissements privés dans la sécurité alimentaire ; b) la mise en place d'une cellule d'appui à la sécurité alimentaire à long terme pour l'Afrique.
Droits de l'homme, démocratie, Etat de droit: les ministres ont mis en exergue leurs valeurs partagées, et proposé d'élaborer ensemble un plan d'action contre le trafic des êtres humains, en particulier les femmes et les enfants.
Restitution des biens culturels: la demande des Africains de reprendre possession des biens culturels qui leur ont été volés par les Européens, ou qui ont été illicitement exportés, est dans l'impasse. La conférence a donné mandat aux experts d'établir un rapport circonstancié sur la question pour la prochaine réunion ministérielle en 2002.
Dette: l'Union européenne s'est dite prête à poursuivre sa contribution à l'initiative d'allégement de la dette des pays pauvres très endettés (PPTE) mais n'a pas répondu à la demande des Africains de voir annuler leur dette extérieure. Les experts prendront le relais des travaux sur cette question.
Les deux co-présidents ont salué, sans la commenter, l'adoption d'une déclaration conjointe sur la lutte contre le terrorisme (sujet abordé par plusieurs ministres, mais pas inscrit à l'ordre du jour). Les ministres y condamnent "les attaques terroristes du 11 septembre, considèrent que ces attaques ont été menées contre l'ensemble de la communauté internationale et contre l'ensemble de ses membres de toutes religions et de toutes cultures sans distinction, et se déclarent totalement solidaires des Etats-Unis". Ils "considèrent que le terrorisme représente une menace commune à toutes les nations et se déclarent fermement résolus à lutter contre ce fléau sous toutes ses formes, dans l'esprit du Plan d'action du Caire".