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Bulletin Quotidien Europe N° 8070
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/avenir de l'europe

MM. Delors, Dehaene, Davignon et Santer présentent l'appel "Réveillons l'Europe" - Oui à des solutions "transitoires" permettant l'initiative de "ceux qui veulent aller plus vite et plus loin"

Bruxelles, 15/10/2001 (Agence Europe) - L'ancien Président de la Commission européenne Jacques Delors, l'ancien Premier ministre belge Jean-Luc- Dehaene (tous deux membres du "Groupe de Laeken" qui conseille Guy Verhofstadt avant le sommet de décembre et qui se réunit à nouveau le 16 octobre), l'ancien Commissaire européen Etienne Davignon et le député européen et ancien Président de la Commission européenne Jacque Santer ont remis le 15 octobre au Président du Conseil européen un appel "Réveillons l'Europe" signé aussi par les anciens chefs de gouvernement Helmut Schmidt, Helmut Kohl, Giuliano Amato, Felipe Gonzalez, Mario Soares, Maria Lourdes Pintassilgo, l'ancien Président de la Commission européenne Roy Jenkins et les anciens Commissaires européens Peter Sutherland et Karel van Miert. Devant la presse, Jacques Delors a indiqué que Helmut Kohl, en signant l'appel après le 11 septembre, avait mis l'accent en particulier sur la nécessité de développer l'espace commun de sécurité et de justice et Roy Jenkins sur celle de combler l'écart entre l'Europe et les citoyens, alors que Helmut Schmidt avait insisté sur l'élargissement. Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Lubbers n'ont pas répondu à notre invitation à signer, alors que Nicole Fontaine et Simone Veil (l'ancienne Présidente du Parlement européen est maintenant membre du Conseil constitutionnel français) n'ont pas pu le faire à cause de leur rôle au sein de leur institution, a précisé M. Delors.

En esquissant les grandes lignes de l'appel (que nous reproduisons demain dans EUROPE/ Documents), Jacques Delors a souligné la "nécessité impérieuse que l'Europe aille plus vite" (elle "roule aujourd'hui à 40 à l'heure, alors qu'il faut passer à la vitesse supérieure", a-t-il estimé) et qu'elle discute de ses finalités, alors que les chefs d'Etat et de gouvernement "répugnent à s'engager dans ce débat". "Nous n'avons pas voulu anticiper" Laeken ou "donner des leçons", mais rappeler "ce que devrait être le projet", et "l'armature institutionnelle" permettant de rendre l'Union plus transparente et plus efficace, a-t-il remarqué, en reconnaissant que le travail de la future Convention qui préparera la CIG "sera beaucoup plus difficile" que celui de la Convention qui a rédigé la Charte des droits fondamentaux. Cette Convention aura une "tâche historique à accomplir, et son échec ou son manque de retentissement apporterait un rude coup à la construction européenne; les gouvernements ont donc intérêt à ce que cela marche", a estimé M. Delors. Quant à Jacques Santer, il noté lui aussi que l'exercice est beaucoup "plus périlleux" que celui de la Convention précédente et que, pour "préparer utilement la CIG", la nouvelle Convention ne devrait pas se borner à présenter des options; sinon, ce serait la même chose qu'avec le Groupe Westendorp, avant le Traité d'Amsterdam, s'est-il exclamé.

Nous plaidons pour la "méthode communautaire, qui a subi beaucoup d'égratignures" dernièrement, a dit aussi M. Delors, en insistant sur l'"efficacité du couple Conseil/Commission", ce qui "peut se faire sans changement de traité, demain" (l'appel affirme que le gouvernement de l'Union doit être assuré en synergie par le Conseil et la Commission sur la base des orientations données par le Conseil européen). Et, en répondant à des questions, il s'est demandé si l'Europe est ou non "mûre pour avoir des institutions qui reflètent un jeu majorité/opposition", ce qui serait "un changement radical" (mais il a aussi admis: "Je vois le prix qu'a représenté le progrès obtenu par des consensus successifs..."). L'appel affirme que l'Europe a "toujours besoin de solutions transitoires qui permettent l'initiative de "ceux qui veulent aller plus vite et plus loin", comme le disait Spaak" et qu'il faut donc "utiliser la possibilité transitoire de coopérations renforcées", mais sans qu'elles débouchent sur une Europe "éclatée": si elles devaient se multiplier, il faudrait plutôt s'orienter vers la formule de l'"avant-garde ouverte", ajoute l'appel (mais le texte anglais ne contient pas l'expression "avant-garde", et Jacques Delors a dit que Roy Jenkins avait voulu revoir lui-même la phrase...).

Quelles sont les conséquences à attendre du 11 septembre pour l'intégration européenne? Selon Jean-Luc Dehaene, "ça devrait accélérer" la construction européenne, et d'une certaine manière, c'est déjà arrivé, mais l'expérience montre que "ça s'émousse". Cela dit, il s'est exclamé: "Si on ne comprend pas maintenant qu'il faut s'attaquer ensemble à la lutte contre le terrorisme et la criminalité, on ne le comprendra jamais". Quant à Jacques Santer, il a rappelé que, comme Président de la Commission, il avait proposé dès 1998 qu'un Conseil européen discute de l'asile et des migrations (mais le Sommet de Tampere ne s'était tenu qu'en octobre 1999). Jacques Delors, pour sa part, a estimé que le monde n'allait pas "changer radicalement", car, comme le montre entre autres l'expérience de la chute du mur de Berlin, il est "à la fois immuable et changeant".

A propos du rôle du Conseil européen, Etienne Davignon a constaté que, dans les débats au sommet, "le côté superficiel l'emporte", et que l'efficacité des Conseils européens "dépend de l'ampleur des sujets traités": ainsi, s'il s'agit, par exemple, de décider l'Union économique et monétaire, les chefs d'Etat et de gouvernement ont évidemment un "débat fondamental", alors qu'ils doivent souvent traiter des "éléments secondaires" de l'un ou de l'autre problème, ce qui fait que "la substance n'est pas au centre des travaux". "Nice a été le couronnement de cette caricature, et les chefs d'Etat et de gouvernement eux-mêmes étaient d'ailleurs si embarrassés par leur performance qu'ils ont dit ne plus vouloir recommencer" quelque chose de semblable, a remarqué M. Davignon.

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