Bruxelles, 05/10/2001 (Agence Europe) - En raison notamment de la volonté de certains Etats membres de disposer d'un délai supplémentaire pour consulter leurs organisations agricoles (Allemagne, Finlande, Danemark, Irlande Danemark, Royaume-Uni), la Commission européenne a décidé de reporter à jeudi prochain le vote au comité de gestion sur sa proposition visant à supprimer, dès le début novembre, la taxe fixe à l'importation de 10 euros par tonne sur les importations de céréales provenant des pays de la Méditerranée, mer Noire et Baltique (voir EUROPE du 29 septembre p.15). La France, surtout, et, dans une moindre mesure, l'Italie et la Grèce contestent cette mesure, tandis que l'Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, la Suède, la Belgique et le Luxembourg ne devraient pas s'y opposer.
En décidant de s'attaquer de front à la préférence communautaire, l'un des bastions de la politique agricole commune, la Commission montre sa détermination à obtenir des prix au sein de l'UE aussi proches que possible des prix du marché mondial. Lors de la réunion du comité de gestion, ce jeudi, la Commission a cherché à minimiser la portée de sa proposition en faisant valoir aux experts des Quinze qu'il s'agissait d'une mesure de gestion qui ne modifiera pas la législation en cours de campagne. Certains professionnels du secteur estiment que la suppression des 10 euros par tonne pourrait conduire à l'importation dans l'UE, cette saison, d'un à deux millions de tonnes supplémentaires de céréales en provenance des pays de l'Est. La Commission justifie la suppression de ce droit, instauré en 1995, par la nécessité d'ouvrir le marché européen aux pays de l'Est qui rejoindront bientôt l'Union dans le cadre de l'élargissement. Mais l'objectif consiste surtout d'accroître les importations de céréales et ainsi peser sur les cours intérieurs jugés trop élevés.
Les importateurs marocains de céréales ont déclaré, en marge d'une conférence organisée mardi à Casablanca par l'Office français des céréales et l'ITCF (Institut technique des céréales et fourrages), qu'ils achèteront, cette année, davantage de blé en Europe de l'Est et en Argentine, au détriment de leur traditionnel fournisseur français. Azzedine Bennani, directeur d'ANCL, un groupement marocain d'importateurs privés, a estimé qu'il ne fallait pas être « surpris » de voir Paris perdre sa place de leader cette année. Le Maroc, qui figure parmi les plus gros importateurs de céréales au monde, achète annuellement 60% de son blé et 30% de son orge en France. Considérant que le blé français est trop cher par rapport à ses concurrents, M. Bennani a estimé qu'il était possible aujourd'hui d'avoir de la « bonne qualité à des prix très raisonnables ». Il a notamment cité la Roumanie, fournisseur émergent auprès duquel, a-t-il dit, il a acheté du blé à des prix « très raisonnables » et satisfaisants pour ses clients meuniers. La Hongrie, la Russie et l'Ukraine figurent aussi au rang des fournisseurs.