Strasbourg, 02/10/2001 (Agence Europe) - Les déclarations de Silvio Berlusconi sur la prétendue «supériorité» de la civilisation occidentale sur l'islam (voir EUROPE du 28 septembre, p.5, et du 29 septembre, p.3) ont suscité un très vif débat lundi soir au Parlement européen, dès le début de la session. Particulièrement cinglante, l'intervention de Francis Wurtz, président du groupe de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique, qui a dénoncé les « propos ahurissants et profondément indignes » du Premier ministre italien, qui « nous commandent de réagir très clairement », notamment « en décidant d' une initiative dans l'esprit de l'article 7 du Traité de Nice, permettant au Conseil de constater l'existence d' un risque manifeste de violation grave, par un Etat membre, des principes fondamentaux de l'Union et de lui adresser des recommandations ». M.Wurtz a aussi demandé que la conférence des Présidents du PE traite de cette affaire dès sa réunion de jeudi à Strasbourg. Le président du groupe du PPE-DE, Hans-Gert Pöttering, a enchaîné en réaffirmant que son groupe rejette « toute rhétorique du choc des civilisations » et que « nous voulons la paix, le partenariat et l'amitié avec tous les musulmans de bonne volonté », alors que le président du groupe socialiste Enrique Baron a été plus explicite sur l'affaire Berlusconi, en s'écriant: « des déclarations comme celles faites par M.Berlusconi doivent être critiquées par nous tous, et j'espère, puisque ce n'est pas la première fois, qu'elles ne se répéteront pas » (là, M.Baron faisait allusion aux informations du Figaro de samedi dernier selon lesquelles Silvio Berlusconi se serait exprimé dans le même sens dès le Sommet du 21 septembre à Bruxelles, sans susciter guère de réactions de la part de ses collègues: NdlR). Les affirmations de M.Pöttering, qui sont « très crédibles », montrent qu'il représente seulement une partie de son groupe, s'est exclamé le social-démocrate allemand Martin Schulz, en notant que ces affirmations avaient été suivies par des déclarations d'un ton tout à fait opposé venant d'élus de Forza Italia (le parti de Silvio Berlusconi), membres de ce groupe. Mme Fontaine, puisque votre opinion est visiblement celle de la majorité de ce Parlement, communiquez-la "explicitement" à M.Berlusconi, et demandez lui de prendre position, pour savoir si son «relativisme culturel» était effectivement un simple malentendu, a dit M.Schulz à la Présidente du Parlement. La socialiste française Pervenche Berès a demandé elle aussi une « condamnation explicite » des déclarations de M.Berlusconi par le Parlement.
Plusieurs élus de Forza Italia sont intervenus en défense du Premier ministre italien. C'est le cas de Giacomo Santini, qui a affirmé que M.Berlusconi avait déjà « amplement » clarifié la signification des propos, qui avaient "une intention fortement positive": il entendait simplement faire remarquer une « forte différence, dans le sens de la liberté authentique, qui existe en Occident et qui n'existe pas en Orient, d'égalité des chances entre homme et femme, qui existe en Occident et qui n'existe pas en Orient », a-t-il ajouté. Selon M.Santini, ce serait « même dangereux » que de « spéculer », dans un moment « si délicat », sur de telles déclarations. Quant à Antonio Tajani, il a estimé lui aussi que les propos de M.Berlusconi avaient été ou mal compris ou « instrumentalisés » à des fins politiques. Interrompu par M.Schulz (à qui il a demandé: « pourquoi vous énervez-vous ainsi ? »), l'ancien porte-parole de Silvio Berlusconi -lors de son premier gouvernement, en 1994- a tenu aussi à rappeler que le Premier ministre italien a proposé une «intervention économique forte» de l'UE en faveur du peuple palestinien, afin de contribuer à réduire les tensions politiques actuelles.
Fiorella Ghilardotti, élue des Democratici di sinistra, a reconnu en revanche le «malaise particulier» provoqué chez beaucoup d'Italiens par les déclarations de M.Berlusconi, aussi parce qu'elles reflètent « les humeurs » d'une partie de la majorité qui appuie le gouvernement italien: nous ne pouvons pas "taire" le fait que, après le 11 septembre, « un parti important de la coalition gouvernementale » a tenu des manifestations publiques avec des pancartes affirmant « immigrés = terroristes », a rappelé la parlementaire. Enfin, la verte Monica Frassoni, tout en estimant que Berlusconi a « certainement commis une erreur », a tenu surtout à lancer un message de solidarité aux femmes afghanes, saoudiennes, iraniennes, koweïtiennes, tchétchènes….