Bruxelles, 28/09/2001 (Agence Europe) - Qualifiés de «racistes» par la Ligue arabe, les propos de Silvio Berlusconi sur la « supériorité de l'Occident » (voir EUROPE d'hier, p.5) ont plongé l'UE dans l'embarras et contraint la Présidence belge à sortir de sa réserve alors que la troïka conduite par le ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel, poursuivait sa mission délicate au Proche-Orient pour rallier les pays de la région à la lutte internationale contre le terrorisme. Le Secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa a demandé au chef du gouvernement italien de publier un démenti formel ou de présenter ses excuses à plus d'un milliard de musulmans à travers le monde. «J'estime que ses propos sont racistes et qu'avec ces remarques il a franchi les limites de la raison et de la décence », a dit M. Moussa. Selon des dépêches, M. Berlusconi, qui a reçu le soutien de ses ministres, certains allant même jusqu'à déclarer qu'il n'avait fait que « dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas » (la citation est de M. Martino), n'aurait pas l'intention de s'excuser. Il devrait néanmoins recevoir, mardi prochain, les ambassadeurs des pays musulmans. A la sortie d'une réunion de cabinet, il s'est borné vendredi à dire que ses paroles avaient été mal interprétées.
Les déclarations de M. Berlusconi ont continué vendredi à susciter de nombreuses réactions dont celle de Raymond Forni, président de l'Assemblée nationale française, qui a diffusé le communiqué suivant: « En ma qualité de président de l'Assemblée nationale, de républicain respectueux des principes de la démocratie, en tant que citoyen européen d'origine italienne, je me sens tout particulièrement concerné par les propos de Silvio Berlusconi, qui me heurtent, m'indignent, me scandalisent. J'avais accepté de recevoir en France, à sa demande, le 9 octobre prochain, M. Marcello Pera, président du Sénat italien. En signe de désaveu à l'égard de ces propos inacceptables, j'ai décidé d'annuler cet entretien ». Du côté de la Commission européenne, une seule réaction est venue s'ajouter à celle de M. Patten. La Commissaire Anna Diamantopoulou a fait la déclaration suivante: « Les civilisations n'ont pas toutes les mêmes valeurs. Cependant, la condition de leur coexistence pacifique est le respect des valeurs d'autrui et de sa diversité. Tout sentiment de supériorité ou au contraire de sous-estimation de l'identité collective d'une société, d'une nation ou d'une religion crée des discriminations. Celles-ci, à leur tour, rendent impossible la coopération constructive au niveau mondial ». A noter aussi que, selon un sondage commandé par le quotidien La Repubblica, une majorité d'Italiens (53%) jugent «insultants » les propos de M. Berlusconi alors que 30% lui donnent raison et que 17% des 1000 personnes interrogées sont sans opinion.
Le parti du PPE adopte une résolution plaidant pour le dialogue et le respect mutuel
Le président du parti du PPE, Wilfried Martens, a fait la déclaration suivante: « Tout en refusant de négocier avec les terroristes, nous voulons et nous devons poursuivre un dialogue raisonnable avec les musulmans et le monde arabe. Cela ne peut se faire que sur la base du respect mutuel et d'une égalité authentique ». Se référant aux propos de M. Berlusconi, il a dit que le PPE rejette l'idée de guerre de civilisations et il a ajouté: « Le président Bush, lui-même, a eu la délicatesse de retirer le mot de « croisade ». C'est le moment de faire preuve de détermination (…) mais aussi d'une attitude décente envers l'immense majorité de l'humanité qui veut vivre en paix. Nous ne devons pas oublier qu'un nombre important de musulmans sont aussi morts dans les tours jumelles (du World Trade Center: NDLR). Aucune des grandes religions du monde ne professe le meurtre gratuit, et cela inclut l'islam ». Dans une résolution adoptée par son Bureau, le parti du PPE lance un appel au dialogue avec le monde arabe et musulman et il demande notamment: - plus de compétences opérationnelles pour Europol, avec un budget accru dès l'an prochain ; - l'instauration d'un mandat d'arrêt européen ; - une meilleure surveillance des marchés financiers ; - l'accélération de la mise en place d'Eurojust ; - une augmentation des dépenses militaires et une meilleure intégration des forces, matériels et services de renseignement des Etats membres ; - l'isolement des pays qui tolèrent, encouragent ou soutiennent activement les activités terroristes.