Bruxelles, 13/09/2001 (Agence Europe) - Lors de la session solennelle de la Conférence des présidents du Parlement européen consacrée mercredi soir aux attentats qui avaient frappé la veille les Etats-Unis, la présidente du Parlement européen Nicole Fontaine a proposé la tenue d'un « Conseil européen exceptionnel », en soulignant que l'Union européenne ne sera crédible que « si elle se dote d'une politique commune de lutte contre le terrorisme » et que « les événements d'hier démontrent (…) la nécessité absolue de mettre en place le plus rapidement possible une Europe de la défense et une politique étrangère et de sécurité commune ». La co-présidente du groupe des Verts/ALE Heidi Hautala a suggéré la convocation d'un sommet UE/Etats-Unis « pour traiter tous les aspects des nouvelles menaces terroristes, y compris les causes sociales et politiques », et le président du groupe de l'Union pour l'Europe des Nations Charles Pasqua a souhaité la création d'une « instance de coopération permanente » qui analyserait les informations que les Européens devraient échanger entre eux et avec d'autres pays au sujet des menaces terroristes. Après une minute de silence à la mémoire des victimes des attentats, tous les députés intervenus ont plaidé pour un renforcement de la coopération dans la lutte contre le terrorisme, et plusieurs d'entre eux ont lancé une mise en garde: les tragiques événements du 11 septembre ne doivent pas inciter à un amalgame entre l'islam et le terrorisme fanatique. Mme Fontaine, vêtue de noir, a indiqué que le Parlement devrait avoir un débat plus approfondi sur ces questions lors de sa mini-session des 19 et 20 septembre.
Le président du Conseil européen, Guy Verhofstadt, a affirmé devant la plénière que, « aujourd'hui, nous nous sentons tous Américains », et que « nous ne pouvons négliger aucun geste concret, aucun geste fort » pour aider les Etats-Unis. M.Verhofstadt a annoncé que, à l'occasion de la journée de deuil et de solidarité avec le peuple américain, le 14 septembre (voir EUROPE d'hier, p. 4), les Quinze adopteront une déclaration à laquelle ils ont invité les pays candidats à s'associer. Les structures économiques et sociales de nos pays sont « fortes et résistantes », et « nous ne permettrons pas au terrorisme de nous diviser et de diviser le monde », s'est exclamé le président de la Commission européenne Romano Prodi, qui a assuré que les Européens travailleront en étroite coopération avec les Américains et avec d'autres pays amis, tout en soulignant que le phénomène du terrorisme a aussi une dimension "spécifiquement européenne" (voir EUROPE d'hier, p. 5). Le président du Conseil de l'UE Louis Michel a souligné la nécessité, face à cette terreur qui avance « masquée », d'« un dialogue approfondi avec les pays des régions du monde où le terrorisme se développe ». Il faut réagir de manière responsable et « éviter toute improvisation », a averti M.Michel, qui a rappelé que le Conseil Affaires générales de mercredi après-midi avait demandé au Conseil Justice/Affaires intérieures et au Conseil Transports de prendre toute les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des citoyens, et notamment la sécurité aérienne (le Conseil JAI en discutera le 27 septembre, le Conseil Transports dès sa réunion informelle des 14 et 15 septembre, a-t-il annoncé).
Au cours du débat, le président du groupe du PPE-DE Hans-Gert Pöttering a lancé lui aussi un avertissement, en s'écriant, fortement applaudi par ses collègues: « Gardons-nous des généralisations (…) de la tentation » d'identifier terrorisme et monde islamique dans son ensemble, disons clairement que nous voulons vivre « dans le partenariat et, si c'est possible, dans l'amitié, avec les pays arabes ». Je n'oublierai jamais le discours de février 1981 dans lequel le président Sadate avait souligné que l'islam est une religion de tolérance, a dit l'élu de la CDU, qui a aussi affirmé que l'Europe a intérêt à voir une Amérique « forte » (et qui a rappelé que les Etats-Unis ont aidé l'Europe à vaincre le national-socialisme, et aussi le « communisme totalitaire »). « Oui, Monsieur Pöttering, ne faisons pas d'amalgame entre des peuples entiers et des terroristes fanatiques», a commenté le président du groupe de la Gauche unitaire/Gauche verte nordique, Francis Wurtz, pour qui « rien ne serait plus dangereux que de réagir à ce phénomène radicalement nouveau avec des concepts anciens qui ont montré leurs limites ». Nous devons renforcer le rôle de l'Europe dans la lutte contre le terrorisme, qui « s'est globalisé » lui aussi, mais sans répondre « à la terreur par la terreur », a exhorté le président du groupe socialiste, Enrique Baron, en ajoutant: faisons-le avec nos amis américains, avec le Congrès, avec nos autres alliés. Quant au président du groupe libéral, Pat Cox, il s'est exclamé, s'inspirant du président Kennedy qui, devant le mur de Berlin, avait dit « Ich bin ein Berliner »: « aujourd'hui, nous sommes tous des New-Yorkais, des Washingtoniens ». Dans un discours très lyrique, le député irlandais a rappelé des symboles américains chers aux Européens: la statue de la liberté, Ellis Island - l'île face à New York où tant d'émigrés ont posé pour la première fois le pied sur le sol américain… M. Cox a aussi proposé d'ouvrir un « livre de condoléances » des députés à remettre aux collègues du Congrès américain, et Mme Fontaine a indiqué que ceci serait fait dés jeudi matin. Dès qu'ils auront été identifiés, les terroristes devraient être déférés devant un tribunal international pour les crimes contre l'humanité », a estimé la co-présidente du groupe des Verts/ALE Heidi Hautala, en ajoutant: « C'est le moment d'accélérer la mise en place d'une Cour pénale internationale. Après cette tragédie, les Etats-Unis devraient reconnaître la nécessité d'une telle institution » (alors qu'ils ont voulu limiter les pouvoirs de la future Cour: NdlR). Si les Etats-Unis réagissent avec « des attaques contre de possibles pays suspects, non seulement ils tueront d'autres personnes innocentes comme celles qui ont si tragiquement péri hier, mais ils encourageront en outre des contre-attaques », a estimé la parlementaire finlandaise, en rappelant les conséquences qu'a « la spirale de la vengeance » au Moyen-Orient. Mme Hautala a aussi estimé que, face à ce type de terrorisme « low-tech », des mesures « high-tech comme un système de défense antimissiles seraient impuissantes », alors que le non inscrit Georges Berthu a affirmé qu'il faut « mieux sanctuariser nos territoires » et que l'Europe devrait donc examiner l'opportunité de mettre en place son propre « bouclier contre d'autres risques que nous nous devons d'anticiper » (le risque d'attaques de missiles). Il faut une « réponse politique à l'échelle mondiale à ce défi sans précédent », car si un tel fanatisme "a pu se développer, nous devons nous dire qu'il y a quelque chose qui, politiquement, ne va pas », a conclu Mme Hautala.
« Il n'y a pas de bon terrorisme et de mauvais terrorisme, il y a le terrorisme tout court »¸ a martelé Charles Pasqua, président du groupe UEN, pour qui les Etats-Unis ont peut-être eu le tort de se croire à l'écart de ce danger que tant de pays européens ont vécu au cours des dernières années (il a cité l'Allemagne, l'Italie, la France, l'Espagne). Selon lui, « il n'y aurait rien de pire » que d'adopter une attitude qui susciterait de la « solidarité entre le terrorisme et le monde musulman ». Ce serait « la pire des bêtises », a dit l'ancien ministre français de l'Intérieur, en souhaitant que les responsables religieux musulmans condamnent les attentats du 11 septembre. « Alors que nous pleurons, le moment n'est pas à la haine et à la vengeance, nous avons seulement ce monde-ci ! », a imploré Jens-Peter Bonde, président du groupe de l'Europe des démocraties et des différences, en souhaitant que la tragique journée du 11 septembre soit « un tournant dans l'histoire qui nous aidera à prendre mieux soin de ce monde ». Le député danois a fait un vibrant plaidoyer: comblons le fossé entre l'Occident et le reste du monde, respectons les droits de l'homme, le droit à l'autonomie, aidons les pauvres avant qu'ils ne deviennent « des terroristes suicidaires… », a-t-il dit. Pour Georges Berthu (non inscrit, français), « cette guerre nouvelle va nous obliger à réviser tous nos concepts stratégiques », et elle devrait aussi inciter l'Europe à « faire passer la sécurité avant l'abolition des contrôles aux frontières » et les pays qui ont relâché leur effort de défense (comme la France « ces dernières années ») à le « reprendre ». L'élu de la Lista Bonino Olivier Dupuis a choisi la polémique: les Américains ont sans doute été attaqués parce que leur politique n'est pas « hypocrite » comme celle des Européens, a-t-il lancé, en fustigeant le PE qui, selon lui, a été dernièrement « pris en otage par quelques crypto-staliniens qui l'ont poussé à des positions unilatérales pro-palestiniennes ». Une fois de plus, M. Dupuis a défendu la position des radicaux italiens qui réclament l'entrée d'Israël dans l'UE: il est « la seule véritable démocratie de la région », et « la seule façon de résoudre le conflit israélo-palestinien » serait qu'il fasse « partie de l'Union européenne », a-t-il dit.
(Dans une déclaration diffusée à Rome, la parlementaire européenne Emma Bonino a affirmé que l'Occident doit "donner au fondamentalisme islamique une réponse politique, comme il le fit avec le communisme au siècle dernier).
Message de la délégation du PE pour les relations avec les Etats-Unis
Par ailleurs, la travailliste britannique Imelda Read, présidente de la Délégation du Parlement européen pour les relations avec les Etats-Unis (qui se trouvait à Washington le jour des attentats), a écrit au sénateur Joseph Biden, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat américain et à Benjamin A.Gilman, de la Chambre des Représentants, en affirmant la volonté du Parlement d'être aux côtés des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme. La délégation du PE, ajoute Mme Read, est "prête à participer à tout événement pouvant démontrer notre détermination commune de continuer à travailler ensemble pour promouvoir la paix, la sécurité et la prospérité dans le monde".