Bruges, 07/09/2001 (Agence Europe) - « Nous sommes sur la bonne voie, mais nous ne sommes pas encore à bon port », a déclaré le Commissaire européen Pascal Lamy après avoir fait le point des préparatifs en vue du lancement d'un nouveau cycle de négociations commerciales avec les ministres du Commerce des Quinze, réunis en session informelle, ce vendredi à Bruges. A ses côtés lors de la conférence de presse finale, la Présidente en exercice, la ministre belge déléguée aux Affaires européennes Annemie Neyts, a fait état de « l'attachement de la plupart des délégations à donner le signal de départ à Doha, ceci à une exception près ». Et cette nouvelle exception est, sans grande surprise, française.
Avant le tour de table qui a permis à chacun de réagir à ses propos -la France, avec beaucoup de circonspection, avance une stratégie de rechange en cas d'impasse-, M. Lamy a rendu compte des développements prometteurs intervenus dans les préparatifs multilatéraux, plus particulièrement au cours du week-end dernier, au « mini-Sommet » de Mexico (voir EUROPE des 3 et 4 septembre, p.9). « Le ciel commence à s'éclaircir », a fait écho Mme Neyts, en notant qu'une voix s'était élevée au sein du Conseil pour l'inviter à considérer l'hypothèse d'un échec.
« Il faut nous ménager une possibilité de rebond pour ne pas tuer l'idée du cycle. Par précaution », a déclaré un peu plus tard à la presse le Secrétaire d'Etat français François Huwart. Du point de vue de Paris (où chacun fourbit ses armes pour les élections de mai 2002), l'Union doit dès à présent préparer une sorte de plan B qu'elle utiliserait en cas d'impasse à Doha, afin d'éviter un second revers à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) dont l'institution pourrait ne jamais se remettre. "Au point où nous en sommes, je crois qu'il nous faut prendre la responsabilité de l'envisager" (l'échec: NdlR), a estimé M.Huwart, d'autant qu'il n'y a, selon lui "pas encore grand-chose de nouveau dans les positions" (des 142: NdlR). L'idée qu'il défend consisterait, le cas échéant, à proposer la suspension de la IVème conférence ministérielle de l'OMC qui reprendrait un an plus tard, la « transition » devant permettre à la Chine de devenir effectivement membre du « Club » et aux pays en développement de recevoir des réponses concrètes à certaines de leurs revendications (notamment l'accès aux médicaments). Ses homologues européens ne se sont guère enthousiasmés, a-t-on indiqué de source communautaire, mais selon M.Huwart, le ministre allemand a tout de même manifesté une « certaine sensibilité ».
M.Huwart a tout de même convenu que le mandat de négociation qui avait été délivré à M.Lamy pour Seattle, en 1999, reste d'actualité. «Je ne pense pas que j'ai besoin d'un nouveau mandat du Conseil, non pas parce que la situation et les problèmes sont les mêmes qu'il y a deux ans, mais parce que l'équilibre est le bon », a confirmé M.Lamy, en s'expliquant devant la presse: « Nous avons réussi à nous montrer flexibles, que ce soit sur les ADPICs (Accords multilatéraux sur les aspects de propriété intellectuelle liés au Commerce), la mise en oeuvre (des Accords de Marrakech, qui pose problème aux pays en développement: NdlR.) ou l'offre d'un « opting out » en matière de concurrence et d'investissement, ceci dans le cadre du mandat. Il présente le bon niveau de flexibilité que je peux utiliser avant Doha et à Doha ». « L'essentiel commencera après », a-t-il dit, tout en rappelant qu'il existe « une vision européenne des choses » axée sur le fait d'« assurer le bon fonctionnement du système et de compenser un certain nombre d'inéquités et d'injustices qui sont celles d'une économie de marché livrée à elle-même », à travers un nouveau cycle de négociations vaste et susceptible d'intéresser toutes les parties en présence. Cette vision, reflétée dans l'étendue et la nouveauté des sujets de discussions mis en avant par les Européens, est pourtant encore loin d'avoir conquis les 142 membres de l'Organisation mondiale du commerce. « Les principales divergences de vues concernent l'agriculture, l'environnement, les « questions de Singapour » (investissement, concurrence, normes sociales fondamentales), les règles (antidumping, notamment: NdlR) et la mise en oeuvre », a indiqué M.Lamy. Interrogé par un journaliste sur l'attaque virulente lancée de Punta del Est contre la PAC (voir p.10), le Commissaire a quelque peu remis les pendules à l'heure: « le vrai débat aujourd'hui entre l'UE et le groupe de Cairns n'est plus de savoir s'il faut continuer à soutenir l'agriculture mais comment nous pouvons le faire d'une façon plus compatible avec le commerce ». Et de contre-attaquer: « Si les Etats-Unis paient à leurs agriculteurs ce que nous payons aux nôtres et qu'ils ne le font pas pour la multifonctionnalité, alors, à quoi donc est-ce destiné ? »