Bruxelles, 02/07/2001 (Agence Europe) - Ce matin, nous avons constaté que la Présidence belge et la Commission européenne sont sur la même longueur d'onde, a affirmé le nouveau président du Conseil européen, le Premier ministre belge Guy Verhofstadt, lundi après-midi, lors de la conférence de presse commune Présidence belge/Commission européenne tenue dans le nouveau centre de presse de la présidence, dans le bâtiment „Résidence Palace", à l'issue de la traditionnelle rencontre de chaque nouvelle Présidence du Conseil de l'UE avec le Collège des Commissaires.
En illustrant les sept grandes lignes d'action que s'est fixées la Présidence belge, M.Verhofstadt (qui a noté que les ministres avaient discuté „ligne par ligne", "action par action" ce programme avec les différents Commissaires européens) a évoqué en particulier la Déclaration de Laeken sur l'avenir de l'Europe, en insistant sur la nécessité, pendant cet exercice, de tenir compte du "sentiment de malaise" et des "craintes" des citoyens, qu'on pourra alors "réconcilier" avec l'Union. La déclaration, a indiqué M.Verhofstadt, analysera les critiques à l'égard de l'Europe, qui "doivent recevoir des réponses", et posera le problème d'une Constitution européenne ("il faut évoquer cette question", a-t-il reconnu, en notant que, de plus en plus, dans les discours des responsables politiques, on parle de Constitution, en disant "OK, faisons-le") et aussi celui des compétences des différents niveaux. Il s'agit d'"organisation des compétences", pas de "limitation des compétences", a remarqué M. Verhofstadt en utilisant les termes allemands ("Kompetenzenordnung", pas "Kompetenzenabgrenzung", a-t-il dit). Il faut aussi réfléchir à l'opportunité d'un "financement direct" de l'UE par les citoyens, a ajouté le Premier ministre belge, qui, en répondant à une question, a cependant ajouté: je n'ai jamais parlé d'un impôt européen supplémentaire, j'ai toujours précisé que toute imposition au niveau européen devrait aller de pair avec une réduction de l'imposition du citoyen au niveau national. La déclaration de Laeken énoncera aussi une méthode et un calendrier, et "si possible, prudemment", elle pourra déjà "donner une orientation pour le débat", a-t-il ajouté. Quant à Romano Prodi, il a estimé que l'Europe est à une "croisée des chemins", et qu'elle est en train d'"arriver à destination sur certains points d'une grande importance". Laeken, ce sera "la fin de l'ère des ambiguïtés", a-t-il estimé. Et il a souligné que la Commission et la Présidence "partagent complètement les objectifs et la hiérarchie de valeurs" en vue de Laeken. La Commission adoptera comme prévu son Livre blanc sur la gouvernance dans lequel elle exposera les transformations "que nous devons entreprendre nous-mêmes" pour mieux tenir compte des questions que posent les citoyens, a indiqué M. Prodi, pour qui ce document sera "un instrument pour mieux réaliser Laeken". Vous avez affirmé aujourd'hui que vous devrez "pédaler contre le vent", a dit au Premier ministre belge un journaliste, qui voulait savoir des "deux cyclistes" Verhofstadt et Prodi d'où venait ce "vent contraire". Le vent a changé, a admis M. Prodi, et M. Verhofstadt a reconnu lui aussi que "le vent a un peu tourné" depuis quelque temps, mais il a aussi noté qu'actuellement, on propose des idées (comme celle d'une Constitution) qui paraissaient impraticables il y a quelques années. Il y a aussi un "vent qui nous pousse", a-t-il donc estimé. Et il a jugé "oisives" les discussions "sémantiques" sur une Europe fédérale ou confédérale: "l'Europe a un nom, Union européenne, et ça suffit", a-t-il lancé.
Parmi les autres lignes d'action, le président du Conseil européen a cité la politique étrangère et de sécurité, en indiquant qu'il faut "maintenant faire un effort", au niveau de l'UE, pour l'Afrique centrale, les Grands Lacs africains, le Congo. "Je sais que politiquement les Balkans sont plus importants, que le Proche-Orient est plus important, mais il n'y a pas de comparaisons avec les drames humains vécus dans ces pays, où il y a eu, ces dernières années, quelques millions de morts", s'est-il écrié. Et, en annonçant que la Présidence belge utilisera le mandat donné par le Conseil "pour prendre une initiative", il a ajouté: "Sept pays sont en guerre sur un territoire plus grand que l'Europe de l'Ouest. C'est une guerre continentale".
Les autres lignes d'action évoquées par M.Verhofstadt sont:
- le suivi du sommet de Tampere (d'octobre 1999) en vue de réaliser un espace commun de liberté, justice et sécurité. A Laeken, plutôt que d'avoir simplement un rapport d'étape, nous voudrions pouvoir annoncer des progrès sur des questions comme des normes communes en matière de droit d'asile, la lutte contre la traite d'êtres humains, la mise en place d'Eurojust et, "pourquoi pas, un mandat d'extradition européen", a dit M. Verhofstadt, pour qui un tel mandat européen serait "normal" pour des pays partageant les mêmes valeurs.
- l'élargissement, pour lequel la Présidence "suivra strictement la feuille de route de la Commission", en essayant de "faire aussi bien" que la Présidence suédoise. Nous veillerons à la "qualité" de l'élargissement, a dit M. Verhofstadt, qui a annoncé pour le sommet informel de Gand (du 19 octobre) un rapport d'évaluation (alors que la Commission présentera son propre rapport en novembre).
- le développement du modèle social européen, qui signifie en particulier qu'il faudra définir des indicateurs de la qualité du travail et de l'exclusion sociale, a dit M.Verhofstadt, qui a évoqué aussi l'adoption de la directive sur la participation et consultation des travailleurs et le rapport attendu des Conseils Ecofin/Affaires sociales sur les retraites. Romano Prodi a mis en exergue lui aussi l'importance de la "qualité du travail" et de la "durabilité" des systèmes de retraites.
- l'introduction de l'euro et le "nouvel agenda économique" de l'UE. M.Verhofstadt a annoncé que le sommet de Gand prendra connaissance d'un rapport d'évaluation sur le distribution de pièces et billets en euros, en disant que "nous devons être sûrs que tout va bien". Par ailleurs, il a souligné la nécessité de progresser sur le dossier fiscal, de poursuivre la libéralisation dans beaucoup de secteurs et de prendre une décision sur le statut de la société européenne (quand j'étais étudiant, on disait que l'affaire serait réglée en quelques semaines..., a-t-il remarqué).
- le développement soutenable, qui exige que l'on poursuive sur la voie à Göteborg. "Nous allons aussi essayer de relancer le processus de Kyoto" en prenant contact avec d'autres pays, a dit M.Verhofstadt, qui a enfin rappelé que la future Autorité alimentaire européenne devrait être en place au début de 2002.