Bruxelles, 30/05/2001 (Agence Europe) - Les ministres du Commerce de l'espace euroméditerranéen (l'UE plus ses douze partenaires méditerranéens) ont décidé au terme de leur première rencontre, le 29 mai à Bruxelles, d'institutionnaliser leur dialogue et d'en faire une structure permanente du processus de Barcelone. Ainsi, ils tiendront désormais des réunions annuelles. La première session - formelle - aura lieu pendant la première moitié de 2002 sous présidence espagnole. Entre-temps, des groupes de travail sont chargés de défricher le terrain autour de trois sujets: les services, les règles d'origine et le cadre légal pour le commerce et les investissements dans l'espace euroméditerranéen.
Ces premiers entretiens avaient un caractère informel et étaient axés sur deux sujets: les perspectives du commerce mondial et les développements régionaux en cours. Les différentes interventions ont permis un débat nourri qui a été apparemment caractérisé à la fois par de fortes réticences quant à l'adoption d'une position commune sur l'OMC et par des critiques sur le bilan du processus de Barcelone, et notamment le fait que, cinq ans après, il n'ait pas permis de dynamiser les échanges ni de créer les conditions d'une plus forte attractivité en matière d'investissements. La rencontre ne s'est donc pas achevée par la publication d'une déclaration commune mais par des « conclusions de la présidence » qui engagent le seul point de vue européen, ont tenu à souligner plusieurs ministres de la rive sud, notamment le ministre tunisien du Commerce, Tahar Sioud, qui a participé, au nom du groupe arabe-méditerranéen, à la conférence de presse finale aux côtés du président du Conseil, le ministre suédois du Commerce Leif Pagrotsky, et du Commissaire Pascal Lamy. Les pays partenaires n'ont pas accepté que la conférence soit accaparée par les sujets liés aux perspectives de l'OMC, alors que l'UE a à cœur d'obtenir le soutien des pays en voie de développement pour avoir davantage d'influence sur l'ordre du jour de la réunion de l'OMC de novembre prochain - comme en témoigne la primauté accordée à ce thème dans les conclusions diffusées au nom de la présidence.
Les pays partenaires ont préféré aussi ne pas sceller les positions sur certains aspects liés à la perspective de création d'une zone de libre-échange régionale en Méditerranée, alors que le côté européen a exprimé le souci d'uniformiser les règles d'origine dont on dénombre à ce jour huit différentes versions dans la seule zone méditerranéenne. Les pays de la rive sud voudraient que l'exercice ne soit pas limité à l'harmonisation des règles existantes, mais qu'il ouvre la voie à un réexamen général qui puisse les aider à construire des ensembles intégrés par sous-région, comme s'y sont engagés quatre pays (Maroc, Tunisie, Egypte et Jordanie). Leur projet de marché intégré a été formellement salué par les Quinze. Les pays partenaires souhaitent aussi qu'on ne porte pas atteinte aux acquis existants aussi bien dans leurs relations directes (« horizontalement ») qu'avec des pays tiers (notamment de l'EEE ou de futurs adhérents à l'UE). Le Commissaire Lamy a indiqué au cours de la conférence de presse son vœu de parvenir à établir une « doctrine commune » impliquant aussi bien les Etats membres que les pays candidats et les partenaires méditerranéens. Ces derniers ont souhaité que leurs travaux futurs englobent plus largement tous les aspects liés au commerce (standards et normes, certifications et autres mesures pouvant constituer des obstacles non-tarifaires aux échanges). L'idée de créer deux autres groupes de travail - outre celui sur les services - paraît répondre à cette demande. De premières pistes devront être dessinées sur les trois thèmes d'ici la fin de l'année, a précisé M. Lamy. Les pays partenaires ont cependant insisté afin que le groupe de travail sur la libéralisation des services n'aille pas au-delà de ce qui est prévu dans les accords bilatéraux et ne préjuge pas de l'ordre du jour de la prochaine réunion de l'OMC. On retiendra néanmoins deux points: l'accent mis sur « la nécessité d'arriver à une libéralisation progressive et réciproque du commerce des produits agricoles » en conformité avec les règles de l'OMC et, aussi, le vœu que l'Algérie et le Liban adhèrent à l'Organisation mondiale du commerce, pour que tous les pays partenaires méditerranéens en soient membres.
Tahar Sioud a, en tant que porte-parole (sauf d'Israël qui aurait fait part, selon une source méditerranéenne, de sa volonté de s'engager dans une large libéralisation), exprimé de fortes réticences quant à l'inclusion de ce sujet dans les discussions sur le commerce mondial. M. Lamy a tenu à tempérer ces réactions en affirmant que l'objet de ces entretiens euroméditerranéens n'a d'autre finalité que d'établir une concertation suivie afin d'être « prêts le jour où ». L'essentiel à ses yeux est de ne pas « buter sur des problèmes réglementaires » lorsque se présenteront des opportunités, régionales ou mondiales, d'engager une coopération en particulier dans le secteur des services. Il a par ailleurs souhaité que le commerce ne soit « plus le parent pauvre » du dialogue engagé depuis cinq ans en Méditerranée, une région qui souffre, a-t-il rappelé, de grands handicaps
Le contexte politique a été évoqué par le biais d'une intervention du ministre palestinien présent détaillant les mesures restrictives décrétées par le gouvernement israélien et qui conduisent à « l'asphyxie » de l'activité économique.