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Bulletin Quotidien Europe N° 7974
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Petite chronique du débat sur l'avenir de l'Europe - De Lionel Jospin à Romano Prodi

Simplification abusive. Je ne partage pas du tout les commentaires approximatifs selon lesquels le premier ministre français aurait dessiné lundi le projet d'une Europe intergouvernementale, en opposition au projet fédéraliste du chancelier Schröder. Une telle interprétation est non seulement biaisée et inexacte; elle est aussi dangereuse, car elle pourrait susciter une réaction sentimentale et superficielle d'adhésion au projet Schröder et d'aversion au projet Jospin, en dehors de toute analyse sérieuse des contenus. Lionel Jospin a accepté l'objectif de la Fédération d'Etats-nations et s'est prononcé pour le maintien du "triangle institutionnel" Commission/Conseil/Parlement, ainsi que contre le démantèlement des politiques communes existantes. Le projet Schröder, généreux et à l'avant-garde dans ses principes, n'est pas clair sur ces points essentiels et il autorise par ses approximations des interprétations ambiguës (voir cette rubrique du 19 mai).

Certes, le discours de M. Jospin suscite lui aussi quelques perplexités concernant les rôles effectifs du Parlement européen (l'accent est mis plutôt sur le rôle des parlements nationaux) et de la Commission, et d'autres aspects encore. Est-il possible, par exemple, que la France envisage d'écarter la Commission de la "Convention" qui préparerait la Conférence intergouvernementale de 2004? Et comment garantir le respect de la "méthode communautaire" si les chefs de gouvernement se réunissent tous les deux mois, sans qu'il soit précisé que cette méthode est aussi applicable aux Sommets? Mais je n'ai pas l'intention d'analyser aujourd'hui ce discours en détail, car nos lecteurs viennent d'en recevoir le texte; qu'ils se forment d'abord une opinion. Je me limite à constater que son inspiration est fondée sur les valeurs et les cultures de l'Europe, sur la conception européenne de la société et des relations internationales, aussi éloignée que possible d'une simple zone de libre-échange ou d'une zone économique unifiée. Pour les détails et les modalités, tout est à discuter, et M.Jospin n'ignore pas les réserves que l'une ou l'autre de ses orientations (concernant par exemple les services publics ou le "gouvernement économique" de la zone euro) suscitent dans certains Etats membres.

Conceptions inconciliables? Mais ceci est le lot de tout projet à l'heure actuelle. Les conceptions de l'Europe ne coïncident pas; pour le moment, ce qui importe est que chacun s'exprime. On verra ensuite si les différentes conceptions sont conciliables. Certaines personnalités, et non des moindres, affirment dès maintenant que non, et qu'il faut déjà en tenir compte . C'est un sujet grave, sur lequel je reviendrai.

Les trois points concrets de Romano Prodi. Le discours de mardi du président de la Commission européenne n'ajoute pas beaucoup d'éléments nouveaux au débat. Mais la réaffirmation des grands principes est justifiée par le public auquel le président s'adressait: un public d'étudiants auxquels il était utile de réaffirmer les raisons de l'intégration européenne et sa signification. Trop de fois la propagande "sceptique" prétend que l'Europe unie est une entreprise purement économique; il est parfois bon de prouver le contraire, d'insister sur la portée politique de l'entreprise et de mettre l'accent sur le fait que même les objectifs économiques ont d'autres finalités: une plus grande justice sociale, la protection de l'environnement. Sans oublier que "notre prospérité actuelle ne serait pas ce qu'elle est sans le marché unique et l'euro".

Au-delà de la signification et des objectifs de l'entreprise européenne, Romano Prodi a réaffirmé sa position sur trois points précis, dont deux concernent le rôle de son institution, à savoir:

a) la gestion de l'Union économique et monétaire "n'est ni efficace ni cohérente". Face à la Banque centrale européenne, responsable du volet monétaire, il n'existe pas d'interlocuteur stable pour le volet économique. Pour M.Prodi, cet interlocuteur doit être la Commission, sur mandat du Conseil, car elle incarne l'intérêt général communautaire et c'est en son sein que peut s'effectuer efficacement l'évaluation globale de la politique économique de l'UE;

b) en politique étrangère, la cohérence et la globalité ne seront atteintes que "par la conjonction des deux branches de l'exécutif, le Conseil qui décide et la Commission qui exécute". Dans ce contexte, "le Haut Représentant de la Pesc, qui fait un travail remarquable, serait beaucoup plus efficace s'il était également membre de la Commission européenne";

c) pour financer l'Union, " la question d'un impôt européen (à définir), remplaçant le système actuel des contributions nationales, source permanente de conflits entre Etats, serait sans doute une solution opportune". On comprend la relance de cette idée, si l'on songe à quel point le débat sur l'avenir de l'Europe serait simplifié et surtout vidé de certains poisons, s'il était débarrassé de la querelle budgétaire tournant autour de qui paye quoi, avec les pays "contributeurs nets" qui se plaignent, les pays bénéficiaires qui font appel à la solidarité et à la cohésion, les opinions publiques qui s'excitent. (F.R.)

 

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