Strasbourg, 05/04/2001 (Agence Europe) - En adoptant une résolution sur la fièvre aphteuse des groupes PPE/DE, socialiste, libéral, des Verts/ALE, de la Gauche unitaire/NGL et de l'Europe des démocraties et des différences, le Parlement européen a invité la Commission européenne à « réexaminer sans délai » sa politique de non vaccination et à proposer des alternatives acceptables au niveau mondial, afin de permettre le libre commerce des produits animaux. En particulier, le PE demande à l'UE d'autoriser la vaccination d'urgence: - à la demande d'un Etat membre, et à titre préventif, dans des régions touchées par la fièvre aphteuse, afin de (amendement du libéral néerlandais Mulder) parvenir à l'objectif ultime d'éradiquer le virus du territoire de l'UE ; - à titre temporaire dans des régions non touchées, mais qui serviraient de « tampon » ; - dans le cas d'animaux de races spéciales et susceptibles de contracter la fièvre aphteuse dans des réserves naturelles ou des zoos, à condition que l'on puisse maintenir un contrôle strict des déplacements de ces animaux (amendement de M. Mulder ; le texte initial parlait aussi d'animaux de grande valeur et d'espèces rares, y compris les taureaux servant à l'insémination artificielle).
En outre: - les animaux vaccinés devraient être clairement recensés ; - la Commission devrait encourager la mise au point d'un vaccin et de tests permettant de faire la distinction entre infection et vaccination ; - l'UE devrait fixer des limites strictes et, le cas échéant, interdire strictement le transport d'animaux vivants et de produits animaux sur tout son territoire, et élaborer une stratégie visant, à l'avenir, une réduction globale des transports d'animaux.
Les Etats membres sont invités pour leur part à: - renforcer, dans le domaine vétérinaire, les contrôles sur les marchandises, les passagers et les bagages entrant sur le territoire de l'UE, et à maintenir ces contrôles de manière permanente ; - renforcer les inspections phytosanitaires afin d'empêcher que des produits animaux provenant de pays et régions affectés par la fièvre aphteuse n'entrent dans la chaîne alimentaire dans l'UE.
En ce qui concerne les indemnisations, la plénière a adopté un amendement oral de M. McCormick demandant d'indemniser aussi les branches du commerce et du tourisme sérieusement affectées par cette crise.
M. Byrne fait le point sur les dernières mesures, en admettant que la vaccination
est un thème « émotionnel »
La Commission européenne a confirmé devant le Parlement européen, qui avait demandé un débat en plénière au sujet de la crise de la fièvre aphteuse, que l'embargo frappant la France était partiellement levé à partir du 3 avril. Tous les Etats membres ont engagé des ressources « énormes » pour lutter contre cette maladie, et un haut niveau de solidarité et de coopération a été constaté, a dit le Commissaire David Byrne, en notant que la Commission n'a pas chômé: depuis le début de la crise, 18 décisions ont été prises, et le Comité vétérinaire s'est réuni huit fois (sans compter la réunion de ce mardi). La Commission a choisi une approche régionalisée, et elle a « travaillé dur » pour convaincre les pays tiers que les exportations de l'Union sont sûres. La Commission a enfin pris l'importante décision de permettre la vaccination, qui, a reconnu
M. Byrne, est un sujet "émotionnel". C'est "de la pure loterie", a-t-il estimé, en annonçant que, une fois l'épidémie enrayée, la Commission procédera à un examen approfondi des différents facteurs qui ont contribué à son apparition et son extension.
La grande majorité des parlementaires est pour la vaccination
Au cours du débat qui a suivi la déclaration de M. Byrne, les parlementaires ont réitéré leur soutien à un système de vaccination non suivi par l'abattage. Peu d'exceptions: le conservateur britannique Struan Stevenson, qui a rappelé que, malgré une politique de vaccination, l'Arabie saoudite a connu six épidémies en deux ans, et le travailliste britannique Gordon Adam, qui a estimé que l'abattage est la politique plus efficace. L'instrument de la vaccination serait encore plus efficace, selon le démocrate-chrétien néerlandais Albert Maat, si l'on disposait (les scientifiques y travaillent) de tests permettant de distinguer animaux vaccinés et non vaccinés. Oui à la vaccination, a dit son compatriote libéral Jan Mulder, mais ce qu'il faut, c'est l'éradication du virus. La position de la Commission sur la vaccination n'est pas cohérente, estime le socialiste portugais Antonio Campos: si elle défend les éleveurs, elle doit être pour, si elle défend les exportateurs, elle sacrifie les éleveurs L'option de la vaccination doit rester ouverte, selon le travailliste irlandais Proinsias De Rossa, mais il faut aussi se montrer très sévères en ce qui concerne les pratiques illégales de la part d'opérateurs sans scrupules. Cette dernière observation est très importante, a constaté M. Byrne, car c'est précisément à une série d'opérations illégales que remonte la responsabilité des cas d'infection. Sur la vaccination, M. Byrne a répété: la Commission pense qu'elle peut avoir un rôle, mais les agriculteurs eux-mêmes ne sont pas unanimes, et il faut encore utiliser le vaccin approprié (il en existe sept). En outre, le vaccin n'a pas de résultats immédiats (il faut attendre de six à dix jours ou même quinze) et la vaccination est pratiquée sur les bovins, alors que, dans la crise actuelle, l'infection s'est propagée à partir d'ovins.
D'autres députés ont soulevé le problème du transport d'animaux. A-t-on vraiment eu raison d'accepter une telle concentration des élevages et d'éliminer les abattoirs de proximité, en systématisant le transport, s'est interrogé le Français Dominique Souchet (qui a récemment quitté le groupe Union pour l'Europe des nations pour aller chez les non-inscrits) et Phillip Whitehead, travailliste britannique, a estimé que la crise actuelle est essentiellement une « crise de mouvement », qui ne peut être résolue seulement par la vaccination. D'autres encore ont posé la question des relations avec les pays tiers: ces derniers respectent-ils les règles en vigueur dans l'Union lorsqu'ils y exportent des animaux, demande Liam Hyland (Fianna Fail, irlandais), alors que Joseph Daul (membre français du PPE) prône des contrôles plus sévères dans les aéroports, comme aux Etats-Unis. Pour Jean-Claude Martinez (Front National, français), "l'hystérie" provoquée par la crise masque en fait un complot pour réformer en catimini la politique agricole commune, faciliter l'élargissement et faire plaisir à l'OMC: si les éleveurs européens disparaissent, les économies budgétaires que l'on réclame seront faites et la place sera libre pour les bovins de l'hémisphère sud. La socialiste néerlandaise Dorette Corbey a reçu une lettre de 350 écoliers d'Amsterdam, qui demandent que les vaccinations soient permises dans les zoos.
Lors d'une conférence de presse, les Verts ont souhaité que l'on mette fin au "massacre" d'animaux. Paul Lannoye, co-président du groupe, estime qu'il faut en finir avec le "tourbillon animalier" qui fait que des animaux qui naissent "quelque part" sont engraissés ailleurs, abattus encore ailleurs et consommés un peu partout: imposons des limites sévères au transport d'animaux, a-t-il demandé. Les animaux sont en route parfois pendant 29 heures, a précisé le vice-président de la commission environnement, Alexander de Roo, en expliquant que les Verts proposent une limite de quatre heures. Le président de la commission de l'agriculture, Friedrich Graefe zu Baringdorf, s'est prononcé sur la question des vaccinations: nous ne prônons pas l'extension systématique de vaccinations prophylactiques, nous demandons des programmes de vaccination d'urgence pour éviter la diffusion de la maladie une fois qu'elle est déclarée, a-t-il dit. Et il ne faut pas abattre les animaux qui ont été vaccinés, s'est-il exclamé. Si un moratoire sur l'interdiction de la vaccination est accepté, cela impose évidemment un enregistrement clair des animaux vaccinés.