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Bulletin Quotidien Europe N° 7940
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/afghanistan

Reconnaissance du PE pour le rôle du commandant Massoud dans sa lutte contre les talibans - M. Massoud réclame des pressions accrues sur le Pakistan - Lettre de l'ambassadeur du Pakistan à Mme Fontaine

Strasbourg, 05/04/2001 (Agence Europe) - Le commandant Ahmad Shah Massoud, qui se bat en Afghanistan contre le régime des talibans, a eu jeudi matin à Strasbourg des entretiens avec la présidente du Parlement européen Nicole Fontaine (qui avait pris l'initiative de l'inviter) ainsi qu'avec tous les groupes politiques du Parlement. M. Massoud, qui voit vendredi à Bruxelles le Haut Représentant pour la PESC, Javier Solana, a dit lors d'une conférence de presse commune avec Mme Fontaine que cet intérêt du Parlement pour les souffrances de son peuple était "une très bonne nouvelle" et qu'il espérait que cela puisse ouvrir une "nouvelle phase" vers la paix en Afghanistan. Les talibans pratiquent une "interprétation très spécifique, très fausse" de l'Islam, a affirmé le commandant Massoud. Et, en répondant à des questions, il a démenti leurs affirmations selon lesquelles ils contrôlent 90 à 95% du territoire: en fait, c'est seulement 50% environ, a-t-il indiqué.

Quant à Mme Fontaine, elle a rappelé que le Parlement a exprimé à plusieurs reprises son inquiétude pour les atteintes répétées aux droits de l'homme et à la dignité humaine en Afghanistan ; la destruction des Bouddhas de Bamiyan a été « la goutte qui a fait débordé le vase », s'est-elle exclamée, en estimant que le Parlement doit aller, au-delà des déclarations, vers la « reconnaissance politique de ce que le commandant Massoud incarne, de son combat pour un Islam modéré ». La présidente, qui s'est dite « infiniment » heureuse que les autorités françaises aient invité elles aussi le commandant Massoud à Paris, ce qui renforce cette reconnaissance, a signalé que, après avoir appris cette invitation, l'ambassadeur du Pakistan auprès de l'UE lui avait écrit en affirmant en particulier que « la paix en Afghanistan serait largement favorisée si la communauté internationale entrait en discussion avec toutes les parties au conflit afghan, sans perdre de vue les réalités du terrain et en conservant une neutralité indispensable ». « Une approche équitable soulignerait la capacité du Parlement européen de jouer un rôle important dans la promotion de la paix et de la stabilité en Afghanistan », dit l'ambassadeur Saidulla Khan Delhavi dans sa lettre (dans laquelle il dénonce aussi les conséquences des sanctions de l'ONU pour « l'homme de la rue » en Afghanistan et rappelle que le Pakistan a tenté d'empêcher la destruction des Bouddhas). Le Parlement européen « ne se dérobera pas » s'il y a une chance de résultats, a affirmé Mme Fontaine, qui a annoncé que, dans sa réponse à l'ambassadeur pakistanais, elle demandera « solennellement » au Pakistan de cesser d'apporter son aide au régime « fanatique et obscurantiste » de Kaboul.

L'Afghanistan n'est pas le seul objectif des talibans, c'est toute la région, a dit à la presse le commandant Massoud, qui a regretté l'appui que leur donne le Pakistan, et notamment les militaires et les services secrets; j'apprécie le fait que cette menace ait été comprise par le Parlement, a-t-il remarqué. Je suis sûr que, sans l'appui du Pakistan, la campagne militaire des talibans ne tiendrait même pas un an, a-t-il déclaré. En répondant à de nombreuses questions, le commandant Massoud a dit tout vouloir faire pour parvenir à une solution politique en Afghanistan, et ne pas demander l'intervention de troupes étrangères ; mais à la question de savoir s'il accepterait une aide en équipements militaires, si elle lui est offerte, il a répliqué qu'il accepterait tout ce qui pourrait contribuer à un règlement pacifique.

Interrogé sur la situation des femmes dans les territoires qu'il contrôle, le commandant Massoud a indiqué qu'elles peuvent travailler, étudier (par exemple, malgré la guerre il y a une faculté de médecine fréquentée aussi par des jeunes femmes). Les femmes auraient-elles une place dans son gouvernement ? Je ne vois aucune différence entre les femmes et les hommes à cet égard, ils ont les mêmes droits, a-t-il répondu à cette question. Et, à propos du type de régime qu'il mettrait en place, il a précisé qu'il serait issu d'élections libres, auxquelles participeraient femmes et hommes, qu'il respecterait les droits de l'homme, qu'il lutterait contre la drogue et contre le terrorisme, qu'il aurait des relations amicales avec les pays voisins et qu'il se consacrerait à la réhabilitation et à la reconstruction du pays.

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