Bruxelles, 05/02/2001 (Agence Europe) - La Cour des comptes de l'UE a critiqué la façon dont la Commission européenne a préparé et géré, en 1999, l'aide alimentaire de l'Union européenne à la population russe, qui devait faire face à une mauvaise récolte et aux graves conséquences sociales de la crise financière qui avait frappé la Russie en 1998. Le principal objectif déclaré de l'aide, à savoir d'améliorer la situation précaire du peuple russe et de régulariser les marchés agricoles par la livraison de produits agricoles (notamment de céréales et de viande) aux régions les plus démunies, "n'a été que très partiellement atteint", affirme la Cour dans son rapport, qui est publié au Journal Officiel C25. En effet, la partie la plus démunie de la population n'a guère pu bénéficier des fournitures alimentaires de l'UE (qui ont été vendues par les autorités russes sur les marchés locaux, au prix du marché, pour collecter des fonds qui étaient ensuite destinés à financer des projets sociaux), car elle n'avait tout simplement pas les moyens financiers de les acheter sur le marché. Par contre, les fonds récoltés par les ventes ont contribué à améliorer la situation des retraités et les soins de santé. Cependant, d'une manière générale, selon la Cour, la nécessité des fournitures de céréales et de viande à la Russie était "contestable", car, au cours de la même année 1999, la Russie a même pu exporter des céréales. "Une analyse préalable des besoins n'a pas été effectuée. La nécessité d'une telle aide n'a pas été démontrée", lit-on dans le rapport. Le problème alimentaire, poursuit la Cour, était davantage imputable à un manque de ressources financières de la population russe qu'à un approvisionnement défaillant. Pour ces raisons, les fournitures de céréales et de viande, qui s'avèrent particulièrement compliquées et onéreuses sans garantie quant à leur destination finale, "paraissent particulièrement peu justifiées". La Commission a aussi commis une erreur d'appréciation car, au moment où elle a proposé l'aide alimentaire au Conseil de l'UE, elle a surestimé la durée de la crise financière en Russie, affirme la Cour. Sur le plan de l'exécution de l'aide, les délais de mise en oeuvre des mesures ont été "largement dépassés" et la Commission n'a pas pu assurer un suivi suffisant et approprié.
Dans sa réponse (annexée au rapport de la Cour des comptes dans le Journal Officiel cité ci-dessus), la Commission européenne explique les retards dans la mise en oeuvre de l'aide par la complexité de la situation et les difficultés rencontrées lors de l'attribution des marchés, par l'incapacité des autorités russes à assurer une certification rapide des produits mobilisés, ainsi que par des problèmes logistiques considérables. La Commission souligne néanmoins qu'en dépit des retards enregistrés, 97% des quantités prévues au titre du programme ont été livrées dans un délai de neuf mois. La Commission conclut que l'objectif du programme a été atteint: garantir la disponibilité des denrées et veiller à ce que leur prix soit abordable. Le programme n'a eu que très peu d'effets négatifs sur les marchés locaux russes, souligne la Commission, "et ses effets positifs ont été ressentis dans toute la Fédération de Russie".