Bruxelles, 06/12/2000 (Agence Europe) - La Commission européenne, visiblement pas satisfaite de la manière dont la rénovation du bâtiment Berlaymont est menée, entreprend toute une série de mesures, dont les plus importantes sont la volonté de discuter avec les autorités belges la participation communautaire au coût des travaux afin de s'assurer qu'elle ne dépassera pas le montant prévu, et la transmission du dossier à l'Office européen de lutte anti-fraude (Olaf). La Commission veut aussi procéder à un audit externe de tous les appels d'offres et contrats liés à la rénovation du Berlaymont, afin de compléter l'étude qui lui a été remise le 20 novembre dernier par le cabinet de consultants Ernst & Young sur cette rénovation, et "d'analyser les dérapages". Les autorités belges sont invitées à prendre elles aussi des mesures et à accorder "une attention soutenue" à ces questions.
La Commission avait occupé et loué le Berlaymont jusqu'en 1991, date à laquelle le bâtiment avait dû être évacué pour être désamianté. Un protocole d'accord avait été signé entre la Commission, l'Etat belge et Berlaymont 2000 SA (société chargée de gérer les travaux, détenue à 70% par l'Etat belge et à 30% par des banques). Le protocole prévoyait que les travaux s'achèveraient en juin 2000. Ernst & Young estime qu'ils pourraient se prolonger "au-delà de la fin 2002". Le protocole prévoyait aussi que la Commission deviendrait propriétaire du Berlaymont après 27 ans de loyers annuels de 27 millions d'euros, qui permettraient notamment de rembourser les frais de rénovation (324 millions d'euros). Ernst & Young prévoit un dépassement des coûts "significatif", a annoncé la Commission. Le retour de la Commission dans les locaux du Berlaymont et donc le rachat du bâtiment sont soumis dans le protocole à la condition que la Commission soit satisfaite des conditions financières et techniques des travaux, rappelle-t-elle. Tout en se défendant de proférer des menaces, la Commission précise que si elle ne trouve pas un accord satisfaisant avec les autorités belges, elle cherchera "une autre solution".
La saisine de l'Olaf, justifiée par "une demande de paiement faite par un contractant" et que le cabinet de consultants a jugée "suspecte", montre que la Commission soupçonne qu'il y ait eu des fraudes et que les prix auraient pu être gonflés. Le consortium EuropConstruct, qui regroupe le français Bouygues et l'allemand Strabag, a obtenu en 1998 le contrat d'ensemble du site. Des sous-contrats ont aussi été signés.
Alors que le protocole prévoit que la Commission remboursera la rénovation du bâtiment, le désamiantage est à la charge de la Belgique. Prévu pour coûter 3,57 milliards de francs belges (88,6 millions d'euros), il en a finalement requis 1,425 milliard de plus.