Strasbourg, 24/11/2000 (Agence Europe) - Comme nous l'avons indiqué, le PE a demandé la semaine dernière à l'UE, dans une résolution pendant ses débats d'urgence, de «subordonner strictement» sa participation à la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE et de l'Asean prévue en décembre au Laos à deux conditions: - la libération de tous les prisonniers politiques et la liberté de mouvement pour Aung San Suu Kyi ; - l'engagement de la junte birmane d'engager un dialogue sérieux avec la Ligue nationale pour la démocratie. Nous n'estimons pas utile de reporter cette réunion, a commenté le commissaire européen Pedro Solbes, en notant que les rencontres entre l'UE et les pays de l'Asean sont trop espacées ; au contraire, a-t-il dit, nous devons en profiter pour demander des réponses sur les violations des droits de l'homme et des minorités. Le Parlement a par ailleurs prié le Conseil de l'UE de déployer de nouveaux efforts afin que la visite d'une Troïka de l'UE, que la junte a décidé de reporter, puisse avoir lieu et s'est dit profondément préoccupé de constater que, après l'Afghanistan, la Birmanie est devenue le deuxième producteur mondial d'opium et de son dérivé, l'héroïne. (Au sujet de la réunion de Vientiane, voir EUROPE d'hier p.6).
Le PE, pendant les débats d'urgence, a aussi adopté des résolutions sur:
- la Côte d'Ivoire. Le PE souhaite que tous les partis politiques puissent participer de manière équitable aux élections législatives du 10 décembre (que la Commission devrait soutenir afin qu'elles se déroulent conformément aux normes internationales), et il demande une révision de la Constitution qui, à l'avenir, devra « garantir des élections présidentielles sans exclusion de candidats sur une base ethnique » (le président Gbagbo, investi en octobre dernier, a « ignoré tous les appels » lancés pour la tenue de nouvelles élections présidentielles ouvertes à tous, constate le PE). Certains députés auraient souhaité aller plus loin, en demandant - comme l'a fait le démocrate-chrétien belge Van Hecke - que l'on organise de nouvelles élections présidentielles avec la participation de tous les candidats, même ceux qui ne satisfont pas le critère de « l'ivoirité ». Un tiers de la population de Côte d'Ivoire est d'origine burkinabé, a rappelé Mme Bordes (Gauche unitaire, française), qui a vivement critiqué les autorités françaises pour avoir appuyé une série de régimes autoritaires dans ce pays, pour défendre « les intérêts énormes de certains groupes capitalistes », et la Verte française Mme Isler-Béguin a dénoncé la responsabilité des pays occidentaux dans la « faillite » du système économique et social de la Côte d'Ivoire, et a accusé le Parlement européen d'avoir plongé dans la crise ce pays, qui était le premier producteur mondial de cacao, en acceptant un pourcentage trop élevé de matières grasses dans le chocolat, au détriment du cacao.
- le Vietnam, où une citoyenne canadienne a récemment été exécutée, et où le Rapporteur spécial de l'Onu sur l'intolérance religieuse a dénoncé des persécutions de nature religieuse. Le PE insiste en particulier sur l'établissement d'un système judiciaire indépendant, la liberté d'opinion et de la presse, l'abolition de la peine de mort, la fermeture des camps de « rééducation », la libération de tous les prisonniers de conscience. Au Vietnam, il y a eu dernièrement de « légères améliorations », mais pas suffisantes, a estimé le radical belge Dupuis, en demandant à l'UE de placer la démocratie au centre de son dialogue avec ce pays qui, a-t-il dit, pourrait devenir « un dragon d'Asie ». Quant au Commissaire Pedro Solbes, il a reconnu lui aussi qu'il y a eu des améliorations au Vietnam au cours des dernières années, et a cité en particulier la libération de 23 000 personnes suite à une amnistie et la réduction de crimes passibles de la peine de mort - même si, a-t-il souligné, l'UE continue à oeuvrer pour l'abolition de la peine capitale.
- le Parlacen, le Parlement d'Amérique centrale. Les députés européens ont demandé à l'UE de prévoir les crédits nécessaires pour permettre à ce Parlement de jouer un rôle dans le processus d'intégration régionale, « qu'il légitimerait », et à leurs collègues d'Amérique centrale de surveiller la situation des droits de l'homme dans leur pays. Selon eux, le Parlacen devrait être doté de davantage de compétences, comme moyen d'approfondir la démocratie. Le Parlacen est, avec le nôtre, le seul Parlement où siègent ensemble des députés directement élus par les citoyens de plusieurs pays, a souligné le socialiste portugais Seguro, et Mme Alvarez Gonzalez (Gauche unitaire, espagnole) a estimé, que si ses compétences sont renforcées, ce Parlement pourra mieux défendre les intérêts des citoyens.