Bruxelles, 24/11/2000 (Agence Europe) - Le président de la Banque Centrale Européenne Wim Duisenberg, lors de son dialogue trimestriel avec la commission économique et monétaire du PE présidée par la sociale-démocrate allemande Christa Randzio-Plath, a réaffirmé que les mesures sur les taux d'intérêt adoptées par la BCE au cours des derniers mois visaient à freiner les tendances inflationnistes et à convaincre les partenaires sociaux que la stabilité des prix dans la zone euro sera maintenue, tout en affirmant une fois de plus que le taux de change de l'euro "ne correspond pas aux fondamentaux économiques depuis une période désormais prolongée". "Ce n'est pas sur les 2% (d'inflation) que vous serez jugés, mais sur le taux de change de l'euro", lui a dit toutefois William Abitbol (Union pour une Europe des Nations, français), en affirmant que "cette monnaie trop indépendante est en réalité une monnaie apatride", et en demandant: "quelle devra être la dépréciation de l'euro, un tiers, ou plus, pour que vous estimiez qu'il est de votre devoir de dire aux autorités politiques" que "la monnaie qui vous est confiée est un échec?". Je ne suis pas d'accord avec votre analyse, a répliqué M. Duisenberg, qui a estimé que la confiance des citoyens sera rétablie s'ils voient que la stabilité des prix est assurée à terme: on pourrait parler d'"échec" seulement si, à moyen terme, "l'inflation interne, provoquée par nous-mêmes" continue à dépasser 2%, ce qui est une hypothèse que "je n'envisage pas du tout".
Dans son discours à l'ouverture de la séance, M. Duisenberg avait souligné que, "contrairement à d'autres périodes de forte augmentation du prix du pétrole, l'économie de la zone euro est maintenant moins dépendante du pétrole"; on peut donc rester confiants quant aux perspectives de croissance qui, selon les prévisions d'organisations internationales et privées, devrait se maintenir dans la zone euro autour de 3% dans les prochains un ou deux ans. Le démocrate-chrétien allemand Karl von Wogau a fait l'éloge de la BCE pour avoir défendu la stabilité des prix, mais s'est inquiété lui aussi du risque de reprise de l'inflation. M. Duisenberg lui a assuré que pour revenir à une inflation inférieure à 2%, il faudra peut-être plus de temps que prévu, surtout si le prix du pétrole ne diminue pas, "mais nous y arriverons", et "vous pouvez compter sur la BCE".
M. Duisenberg a aussi noté que les déficits budgétaires devraient dans l'ensemble s'améliorer cette année dans la zone euro, mais surtout à cause de la forte croissance économique et des recettes apportées par la vente de licences UMTS, alors que certains pays, même s'ils ont entrepris des réformes fiscales, n'ont pas fait preuve d'une suffisante retenue dans leur dépense publique. Et, au socialiste luxembourgeois Robert Goebbels qui lui demandait s'il était satisfait des stratégies de communication, il a répliqué: "Je ne suis jamais très heureux, mais je suis satisfait", et nous allons encore améliorer cette stratégie. Ne voyez-vous pas une contradiction entre vos affirmations selon lesquelles l'euro est sous-évalué et vos critiques aux Etats membres à qui vous reprochez d'être inactifs en matière de réformes structurelles? Je n'ai pas dit ça, j'ai reconnu que beaucoup a été fait, mais qu'il faut continuer, a répondu M. Duisenberg, en notant que la situation des déficits budgétaires tendra à être plus défavorable en 2001. Gianfranco Dell'Alba, radical italien, voulait savoir si, étant donné que la BCE reconnaît l'impact du vieillissement de la population sur les finances publiques, M. Duisenberg pourrait accepter une réforme des systèmes de retraites dans le sens de la "capitalisation" même si cette réforme entraîne provisoirement un dépassement des chiffres inscrits au Pacte de stabilité. "Non, je ne pourrais pas", lui a dit le président de la BCE, tout en soulignant l'importance d'un assainissement des systèmes de retraites.
M. Duisenberg a aussi confirmé que, à partir de décembre prochain, la BCE publiera ses propres projections macroéconomiques: elle le fera deux fois par an, dans son Bulletin mensuel de juin et décembre, a-t-il précisé, tout en ajoutant que ces projections, sur un "horizon de deux ans", se fonderont sur des "fourchettes" partant d'un scénario fondé sur "une politique monétaire inchangée" que la réalité risque de modifier en cours de route. Vous nous annoncez un "cadeau", et c'est un peu comme si vous nous le repreniez, en soulignant ses limites, a dit Christa Randzio-Plath. Le libéral démocrate britannique Chris Huhne a noté que, par cet exercice, la BCE accordait "trois des six mesures de transparence" énoncées dans son rapport (adopté par le Parlement) et a demandé à M. Duisenberg s'il était prêt à accorder aussi les deux autres: a) publication d'un examen de la situation économique dans la zone euro pays par pays. Non, parce que nous ne sommes pas une "institution de prévisions, mais une institution qui formule une politique", a répondu le président de la BCE; b) publication des procès-verbaux des réunions du Conseil des gouverneurs. Non, a été la réponse de M. Duisenberg, parce que ma conférence de presse mensuelle, après l'une des deux réunions que nous avons tous les mois, reflète l'essence de nos délibérations.
Le même jour, dans une conférence à Paris, M. Duisenberg, en répondant à la question de savoir si on pouvait dire que l'euro était un succès, a affirmé: "Dans mon esprit, c'est un succès, mais une fois encore, il est trop tôt pour le dire". Peu après l'euro tombait à 0,8383 dollars.