Sochaux, 24/11/2000 (Agence Europe) - La réunion ministérielle de la Conférence européenne (qui regroupe les Quinze pays de l'UE, les treize pays candidats à l'adhésion et la Suisse), qui a eu lieu jeudi à Sochaux, a permis aux "Vingt-neuf" d'avoir un "échange de vues intéressant" sur l'état des travaux en matière de réforme institutionnelle au sein de la CIG et sur les perspectives de l'élargissement. "Les pays candidats ont exprimé leurs préoccupations par rapport à l'avenir des institutions européennes", a dit à l'issue de la réunion le ministre français des affaires européennes, Pierre Moscovici (qui l'avait présidée). En ce qui concerne, par exemple, la composition de la Commission européenne, "tous les candidats ont exprimé leur souhait d'être représentés dans la Commission européenne, en tout cas au début de leur adhésion", tout en étant conscients du fait qu'une réforme s'imposera après un certain temps, au fur et à mesure que le nombre d'Etats membres progressera, a dit M.Moscovici. Quant à l'élargissement proprement dit, "tous souhaitent qu'on aille vite" et "tous se sont félicités de la stratégie de la Commission". Janos Martonyi, ministre hongrois des Affaires étrangères, s'est dit très satisfait du déroulement de la réunion, ce qui, à son avis, "démontre que l'Union peut très bien fonctionner avec 28 membres". A propos de la réforme institutionnelle, le ministre a indiqué que la Hongrie figure parmi les "quelques pays candidats" qui peuvent accepter une Commission restreinte, "mais seulement après un certain temps".
"Tous les pays (pays membres et pays candidats) ont insisté sur la nécessité de parvenir à un accord sur la réforme institutionnelle à Nice. Sans accord, le projet de l'élargissement pourrait être mis en cause", a dit Günter Verheugen, le commissaire en charge de l'élargissement. Tous les pays participants ont appuyé la stratégie d'élargissement présentée début novembre par la Commission "comme étant une approche réaliste mais ambitieuse", a dit M.Verheugen. "Aucun pays candidat n'a critiqué le fait que l'UE n'est pas en mesure, à ce stade, de mentionner des dates pour les prochaines adhésions", a souligné le commissaire. En ce qui concerne d'autres aspects institutionnels, tous les candidats se sont exprimés en faveur d'une nouvelle pondération des voix au Conseil "qui tienne compte de l'équilibre nécessaire entre petits et grands pays membres", et en faveur de la coopération renforcée. Quant à M. Verheugen, "tous sont favorables à une extension maximale des votes à la majorité qualifiée". A son avis, cela indique clairement que les adhésions futures renforceront le camp des Etats membres favorables à un approfondissement de l'intégration européenne.
Dans l'après-midi, la Présidence française avait organisé un débat public auquel participaient des ministres des pays candidats, les commissaires Barnier et Verheugen ainsi que diverses personnalités européennes. Bronislaw Geremek, ancien ministre polonais des Affaires étrangères et historien réputé, a exhorté tous les responsables politiques, mais aussi les citoyens européens à ne pas perdre de vue l'essentiel qui se cache derrière le projet historique de l'élargissement: "la stabilité, la prospérité et -surtout- une paix durable" sur le continent. "Les négociations d'adhésions doivent être techniques, c'est clair, car les pays candidats doivent reprendre l'acquis communautaire pour s'intégrer dans un système de droit et dans un marché intérieur européen qui fonctionne et qui doit continuer à bien fonctionner. Mais, en même temps, il ne faut pas oublier que l'Europe de l'Est peut apporter énormément à cette Union européenne: l'enthousiasme et la paix. Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne, a fortement appuyé M.Geremek. "Ne croyez pas ceux qui vous disent que la guerre est définitivement chassée du continent européen", a dit M.Delors devant un public majoritairement constitué de jeunes étudiants français. "La guerre n'est pas derrière nous. La paix doit rester un objectif" de l'intégration européenne, et l'élargissement vers l'Est contribuera à l'atteindre. L'Europe centrale et orientale apportera aussi un plus sur le plan de l'économie et du commerce, et permettra à une UE plus grande et plus forte de se positionner avec plus de poids dans le contexte de la mondialisation à grande vitesse. Cette UE élargie aura aussi davantage de pouvoir pour influencer cette mondialisation et lui imposer des règles qui font encore défaut, a dit Jacques Delors. Mais, a-t-il ajouté, les candidats doivent se rendre compte des difficultés et obstacles techniques à surmonter avant de pouvoir joindre l'UE et son système de droit. "Ne les décevons pas, mais ne leur mentons pas non plus", a dit M.Delors. "Si ces pays entreraient mal préparés, ce serait mauvais pour eux, pour leurs économies et pour leur taux de chômage".
Günter Verheugen, commissaire en charge de l'élargissement, a lui aussi insisté sur l'importance d'une bonne préparation des candidats avant l'adhésion. "Je sais que ce n'est pas très sexy de négocier la reprise de l'acquis communautaire et de veiller à ce que les candidats soient en mesure de l'appliquer correctement. Mais l'Union européenne est une communauté de droit fondée sur le respect et le contrôle de l'application des règles communes", a-t-il dit. "C'est pourquoi nous ne pouvons pas négliger les règles techniques", en dépit de la dimension politique et historique de l'élargissement. Jusqu'ici, les négociations d'adhésions avec dix Pecos, Chypre et Malte avancent bien, a dit M.Verheugen, mais des déficits administratifs et institutionnels sont visibles dans chacun des candidats. Entre 2003 et 2005, l'UE devrait être en mesure d'accueillir la plus grande majorité des douze pays candidats, a estimé M.Verheugen. "Je pense que près de dix pays pourront le faire". "L'élargissement se fera donc beaucoup plus vite que la plupart avaient pensé". M.Verheugen s'est aussi opposé à ceux qui estiment que les pays candidats seront, a priori, moins intégrationnistes que les Etats membres actuels. Janos Martonyi, le ministre hongrois des Affaires étrangères, l'a conforté dans cette opinion. "Nous ne voulons pas diluer l'Union européenne. C'est le contraire que nous voulons. Nous voulons faire partie d'une Union plus forte, plus unie, plus dynamique et plus transparente", a-t-il dit. Jan Kavan, son homologue tchèque, s'est exprimé dans le même sens: "Nous voulons partager les mêmes valeurs, les valeurs d'une Union plus intégrée, les valeurs d'une union plus forte basée sur la solidarité, la coopération et des politiques communes", a souligné M.Kavan. Nicole Fontaine, présidente du Parlement européen, a réitéré l'objectif du PE: que les citoyens des premiers nouveaux pays membres puissent participer aux prochaines élections européennes prévues à la mi-2004.
En conclusion du débat, Pierre Moscovici a affirmé que le Sommet de Nice devrait réitérer les conclusions du sommet de Helsinki, à savoir que l'UE sera prête, le 1 janvier 2003, à accueillir de nouveaux membres. "Et si nous sommes prêts, ceci signifie que, si les premiers candidats sont prêts, eux aussi, alors ils entreront dans l'Union".