Strasbourg, 04/10/2000 (Agence Europe) - « Agir aujourd'hui pour l'Europe signifie ne pas éluder la question fondamentale du gouvernement de l'Union, procéder aux réformes institutionnelles et à l'élargissement. Cela signifie prendre conscience que le lancement de l'euro a représenté un tournant dans le processus d'intégration », a affirmé le président de la République italienne Carlo Azeglio Ciampi dans son allocution de ce mercredi devant le Parlement européen. Le défi est de taille, et il se pose « immédiatement », dès les sommets de Biarritz et de Nice, qui devront donner naissance à la Charte des droits fondamentaux et à une Union qui progresse sur la voie de l'intégration et au lancement des coopérations renforcées, pour donner force et flexibilité à l'Union », a dit M.Ciampi, en ajoutant: « L'expérience de ces cinquante dernières années confirme la nécessité d'une force d'entraînement, d'une avant-garde ouverte à tous, sans membres de plein droit et constituée de pays convaincus de la validité du projet, décidés à le mener à bien ». La Commission européenne doit promouvoir les intérêts communs de l'Union et faire progresser le gouvernement de l'économie, a souligné M.Ciampi, qui a salué le rappel du rôle, de la collégialité et de la capacité de gestion de la Commission fait par le président Prodi, mardi en plénière. Quant à l'élargissement de l'Union, M.Ciampi a estimé qu'il « impose le renforcement, qui permet et ne compromet pas l'élargissement ». Mais l'Europe doit aussi voir d'un regard nouveau les relations à développer avec d'autres pays, qui ne sont pas candidats à l'adhésion: il existe en effet, a-t-il dit, « un espace européen beaucoup plus large à arrimer solidement à l'Union, en redécouvrant l'âme historique d'un plus grand espace géographique ». Au sujet de la monnaie européenne, M.Ciampi a affirmé que l'euro « garantit le point de non-retour du processus d 'intégration »; dans quelques années, « les nouvelles générations n'auront même plus que le souvenir des monnaies nationales ».
L'euro n'est toutefois qu'une étape dans la réalisation de l'Europe économique, sociale, politique et culturelle, a dit le président italien. Les préoccupations pour le niveau actuel de l'euro « sont justifiées », mais M. Ciampi a rappelé que les principales devises ont été tour à tour élevées jusqu'aux « autels » ou tombées « dans la poussière » dans les cotations quotidiennes du marché. « Le reprise économique européenne est un fait. Utilisons la faiblesse actuelle de l'euro pour accélérer le saut de productivité que l'innovation peut entraîner », a exhorté M.Ciampi.
Quant au débat engagé sur la Constitution européenne (qui montre la "vitalité" de l'idéal européen) et l'adoption de la Charte des droits fondamentaux, M.Ciampi a estimé que la Charte « sert à dire au monde, et encore plus à nous-mêmes, ce que nous sommes et en quoi nous croyons ». Ce document, une fois adopté par le Conseil européen, doit être diffusé auprès des citoyens afin que ces derniers « puissent reconnaître dans son contenu leur identité européenne ». Il faudra ensuite établir un lien entre la Charte et les traités remaniés, a remarqué M.Ciampi, qui (très vivement applaudi) a estimé, personnellement, que la Charte « pourrait constituer la première partie d'une Constitution, à compléter avec une deuxième partie définissant les différentes institutions, leurs compétences et les relations réciproques ». Selon lui, la discussion sur la question de savoir si l'Europe doit être fédérale ou confédérale « risque de nous égarer »; il faudrait plutôt « procéder avec pragmatisme » et sans préjugés car « la volonté réformatrice des Européens saura trouver des solutions permettant à des institutions fédérales, telles la Banque centrale européenne, d'agir conjointement avec d'autres, conçues sur une base intergouvernementale ».
M.Ciampi a aussi évoqué les événements tragiques des derniers jours au Proche-Orient et les « promesses » qui se dégagent dans les Balkans, et il a affirmé par ailleurs: le partenariat euro-méditerranéen tel qu'il a été mis en oeuvre jusqu'ici « ne suffit pas », il faut en faire « un moteur de coopération dans l'interdépendance, une interdépendance que la flambée du pétrole exige sans délai ». Selon lui, il faut « un forum décisionnel » permettant de traiter des questions comme les flux migratoires, le transfert des facteurs de production, l'approvisionnement énergétique, et « il faut, surtout, croire en la vocation méditerranéenne de l'Europe ».
La présidente du Parlement Mme Fontaine a salué la « profondeur et la clairvoyance » de la vision européenne du président Ciampi, qui s'est notamment exprimé dans son discours de Leipzig du 6 juin dernier sur un projet de constitution européenne, et elle a rappelé que M.Ciampi avait été dès le début un promoteur de la Charte des droits fondamentaux, et qu'il y avait cru même à un moment où, pour certains, il relevait encore de l'utopie.