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Bulletin Quotidien Europe N° 7810
JOURNEE POLITIQUE / (eu) uem/danemark

Après le net succès du "non" (53,1% contre 46,9%) au référendum sur la participation danoise à l'euro, M. Rasmussen affirme que son pays "ne tourne pas le dos à l'Europe" - Pour l'Eurogroupe, la décision "ne ferme pas la porte à une adhésion ultérieure"

Copenhague/Bruxelles, 29/09/2000 (Agence Europe) - Lors du référendum du 28 septembre, sur l'adhésion du Danemark à la monnaie unique, le "non" l'a emporté plus nettement que prévu: 53,1% des Danois ont dit "non" à l'euro et 46,9% "oui". Le taux de participation a été de 87,9%, un des plus élevés des six référendums sur l'Europe qui se sont tenus depuis 1972 au Danemark.

A 22h45, le premier ministre danois Poul Nyrup Rasmussen, qui s'était totalement engagé dans la campagne pour le "oui", s'est dit "déçu" du résultat, devant les membres de son parti et devant la presse: c'est une défaite pour nous, pour moi comme premier ministre, pour nous comme sociaux-démocrate, a-t-il affirmé, visiblement très affecté. En même temps, M.Rasmussen s'est dit heureux que les Danois soient allés voter si nombreux: "le peuple s'est exprimé, notre tâche est de respecter le résultat", a-t-il affirmé. Et il a affirmé: ce résultat ne signifie pas que "le peuple danois a tourné le dos à l'Europe", nous continuerons à oeuvrer pour maintenir notre place en Europe". M.Rasmussen, en admettant que les inquiétudes pour le sort de l'Etat-providence danois avaient considérablement pesé dans la campagne référendaire, a déclaré: le gouvernement l'a compris et nous allons essayer de "jeter des ponts" entre ceux qui ont dit"non" et ceux qui ont dit "oui". On a eu peur pour la société danoise, et il faudra en débattre, aussi au Parlement, a dit M.Rasmussen, en soulignant: nous ne sommes pas divisés, notre tâche est d'aller de l'avant ensemble. Nous donnons un signal clair, nous sommes prêts à défendre la couronne et à maintenir notre politique monétaire (au sein du SME-2: NDR), a affirmé le premier ministre. Et, en soulignant que, d'ici le sommet de Nice, le gouvernement continuera à défendre les intérêts du Danemark, il a remarqué: ce serait une bonne idée que de travailler sur une répartition des tâches entre le niveau national et le niveau communautaire.

Le ministre des Affaires étrangères Niels Helveg Petersen a affirmé lui aussi que "notre tâche, c'est de défendre les intérêts du Danemark", en remarquant: "je le ferai, mais ce sera plus difficile". Selon lui, suite aux résultats de ce référendum, le Danemark aura, à long terme, moins d'influence en Europe: j'ai essayé de l'expliquer, mais le peuple a pris sa décision, a dit M.Petersen.

L'Eurogroupe respecte la décision du peuple danois, mais la regrette

Dans la nuit de jeudi, les ministres des Finances de l'Eurogroupe et le Commissaire aux affaires économiques et monétaires Pedro Solbes ont publié, avec le président de la BCE Wim Duisenberg, le communiqué suivant: " Les ministres des Finances de l'Eurogroupe et le Commissaire respectent la décision du peuple danois mais ils la regrettent. Cette décision ne ferme pas définitivement la porte à une adhésion ultérieure. Les ministres et le président de la Banque centrale européenne notent avec satisfaction que les autorités danoises sont déterminées à maintenir la couronne danoise dans le mécanisme de change européen à l'intérieur des marges de fluctuation étroites existantes. L'euro demeurera donc la référence de la politique monétaire et les autorités danoises continueront comme par le passé à bénéficier, en tant que de besoin, de l'assistance du mécanisme de change européen. Au-delà du référendum danois, l'Union économique et monétaire est une réalité et un grand projet pour une intégration européenne permettant une croissance forte et créatrice d'emplois".

Wim Duisenberg a fait aussi une déclaration séparée dans laquelle il affirme: "Je prends acte du choix exprimé par les électeurs danois lors du référendum (...)cette décision n'affectera en aucune manière la coopération entre la Danmarks Nationalbank et la Banque centrale européenne".

M.Prodi estime que la situation de l'euro ne sera pas affectée

Après avoir entendu les commentaires de M.Rasmussen, le président de la Commission européenne Romano Prodi a fait une déclaration à la presse et a répondu à ses questions. M.Prodi a dit: "Le peuple danois a confirmé qu'il ne veut pas adopter l'euro comme sa devise. La Commission regrette cette décision, et je crois fermement qu'un vote positif eut été dans notre commun intérêt. Je salue le fait que les autorités danoises n'envisagent pas de modifier les conditions dans lesquelles la couronne participe au Mécanisme Européen de Change. J'anticipe aussi que le Danemark continuera à être engagé à poursuivre une politique économique fondée sur la stabilité macro-économique qui reflète étroitement les politiques et objectifs de la zone euro. Depuis le premier janvier 1999, l'euro est la monnaie de onze Etats membres. Bientôt ils seront douze. Les bons résultats déjà achevés depuis vingt-et-un mois ne seront pas affectés par la décision danoise: - les fondamentaux économique de la zone euro sont les meilleurs depuis une génération; - l'emploi augmente constamment et la situation budgétaire est de plus en plus robuste; - l'euro s'est établi sur les marchés financiers en tant que monnaie mondiale, et le volume d'émissions d'obligations est semblable à celui des dollars US; - l'approfondissement de l'Union économique continue d'être notre principale tâche: - le processus de réforme économique est bien acheminé. Il sera renforcé; - la capacité de résister aux chocs extérieurs, comme l'augmentation du prix du pétrole, doit être aussi renforcée. Je suis sûr que l'Eurogroupe poursuivra son bon travail et contribuera à l'approfondissement de l'Union économique et monétaire. La Commission va promouvoir activement ce processus, tout en maintenant la cohésion de l'Union en tant que telle".

La décision danoise sur l'euro est-elle "définitive"?. "Elle n'est pas définitive", a estimé M.Prodi en répondant à une question, tout en ajoutant que c'est aux Danois de "décider comment exprimer leur volonté". Selon lui, suite à cette décision, il n'y pas de "changement majeur" dans la situation telle qu'elle existe même s'il a estimé qu'à l'avenir "l'économie danoise ne sera pas favorisée par cette décision". En même temps, à la question de savoir si le "non" danois encourage le développement de coopérations renforcées, il a dit: oui, "je pense que la coopération renforcée aidera beaucoup à donner force et flexibilité à l'Europe". Dans cette affaire, la Commission a-t-elle fait "assez"?" "Nous n'avons rien fait, nous devons respecter la décision du peuple danois, la souveraineté du peuple, il faut la respecter toujours", a répliqué Romano Prodi. Quant à l'impact de ce référendum sur le Royaume-Uni et la Suède, M.Prodi a estimé que la situation n'est pas tout à fait la même et, tout en reconnaissant qu'il pourra y avoir une certaine "influence psychologique", il n'a pas voulu "extrapoler" ces résultats. A la question de savoir si ce résultat pourrait avoir un effet négatif sur le processus d'élargissement, M.Prodi a répondu: "Au contraire, les candidats comprendront que la volonté du peuple est respectée; c'est une garantie de démocratie". La porte reste ouverte pour le Danemark, "personne n'a exclu le Danemark", a ajouté M.Prodi, en soulignant que, entre-temps, l'Eurogroupe continuera à s'efforcer d'améliorer les instruments de politiques économiques et monétaires. Les fondamentaux de la zone euro sont "bons", a-t-il répété, en se disant convaincu que l'opinion publique "changera, le moment venu". Interrogé sur la décision de Saddam Hussein d'abandonner le dollar au profit de l'euro dans les transactions commerciales de l'Irak avec l'extérieur, M.Prodi a dit: "C'est la décision de Saddam Hussein... Mais je suis confiant que l'euro sera bientôt une monnaie de référence pour beaucoup de pays, surtout de la Méditerranée, qui est si proche de l'Europe: ce sera très bientôt".

Quant au commissaire Pedro Solbes, en répondant pendant la même conférence de presse à des questions sur de possibles spéculations sur la couronne danoise, il a tenu à rappeler que M.Rasmussen avait indiqué que la couronne serait maintenue au sein du SME-2 dans les mêmes conditions qu'actuellement.

Mme Fontaine: l'UEM "n' a pas vocation à être une coopération renforcée"

La présidente du Parlement européen, Nicole Fontaine, a affirmé: "Je respecte ce choix des citoyens danois car il leur appartient, mais je le regrette infiniment (...) L'UEM n'a pas vocation à être une coopération renforcée (...),elle est un complément indispensable au marché intérieur". Mme Fontaine a noté que, pendant la campagne des opposants à l'euro, on a pu entendre des arguments relevant de "peurs irrationnelles": crainte du changement, perte d'identité, peur d'abandon de souveraineté. "Ces craintes n'ont (...) aucune fondement objectif. Les systèmes d'éducation, de santé, de protection sociale - y compris les retraites - relèvent de la compétence de chaque Etat (...) et le resteront, conformément au principe de subsidiarité". Enfin, Mme Fontaine a estimé que, "comme ce fut le cas pour le Traité de Maastricht, une seconde occasion pourra être offerte aux Danois de se prononcer à nouveau sur l'euro".

Autres réactions, notamment des partis européens et de députés européens

Le Parti des Socialistes Européens, dans une déclaration de son président Rudolf Scharping et du président du groupe socialiste au Parlement européen Enrique Baron, a affirmé: "Nous respectons pleinement la décision du peuple danois qui ne désire pas participer à l'euro à ce stade. Le jugement sur ce qui est dans le meilleur intérêt du Danemark est une affaire qui concerne entièrement le peuple danois, mais le Danemark reste libre de se joindre à la zone euro à une date future. Même si nous regrettons ce vote, il n'est ni une menace ni un revers pour la coopération économique et monétaire en Europe (...) L'euro est là pour de bon. Il continuera, et il gagnera en force au fur et à mesure que l'Europe s'élargit et renforce son intégration". Le "non" danois est regrettable, mais ce n'est pas une raison de paniquer, a estimé la sociale-démocrate allemande Christa Randzio-Plath, présidente de la commission économique et monétaire du PE, tout en réaffirmant que l'Europe doit "mieux accompagner l'euro" politiquement. Pour le président du groupe du PPE, Hans-Gert Pöttering, le vote danois confirme que les gouvernements et les Etats membres doivent encore faire un gros travail d'information et de persuasion auprès des opinions publiques: ce "signal psychologique" doit être pris très au sérieux, a-t-il dit.

La conservatrice britannique Theresa Villiers a affirmé que le "non" danois montre "encore plus clairement que l'euro n'est pas inévitable, pour eux ou pour nous", et a félicité le peuple danois pour avoir "défendu son droit de se gouverner (…) sans se laisser dominer par Bruxelles".

UEF: le "non" danois renforce la nécessité d'une avant-garde européenne

L'Union des Fédéralistes Européens a regretté que les Danois n'aient "pas compris la nécessité de partager la souveraineté monétaire au sein d'un grand marché européen unique" et, tout en prenant acte de ce "vote démocratique", elle estime qu'il faut en "tirer les conséquences politiques". S'il est légitime qu'un peuple ne veuille pas aller plus loin dans l'intégration, "il serait anti-démocratique" qu'il empêche les autres de le faire, dit l'UEF. Et son président Jo Leinen demande que, dès les sommets de Biarritz et de Nice, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE permettent la constitution d'une "avant-garde" en Europe.

Réactions en Suède et au Royaume-Uni

En Suède, le premier ministre Göran Persson a reconnu que la décision danoise aura "un certain impact sur le débat suédois, mais pas sur notre décision de tenir un référendum et quand" (il est de toute façon clair que ce ne sera pas pendant la Présidence suédoise, pendant le premier semestre 2001: NDR). Quant à Tony Blair, il a affirmé que cette décision n'aura aucun impact sur la position de son pays (où un référendum est prévu en principe au printemps 2002, au début de la prochaine législature).

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