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Bulletin Quotidien Europe N° 7810
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Le résultat du référendum danois n'est un échec ni pour l'euro ni pour la construction européenne, mais il renforce l'exigence de l'avant-garde

Un plaisir malsain. Il doit y avoir une volupté secrète, un plaisir un peu malsain de l'intellect, à annoncer des "échecs" de l'Union européenne. On ne pourrait pas expliquer autrement certains commentaires qui ont suivi le vote du peuple danois rejetant pour le moment l'adhésion de leur pays à l'euro. On a parlé d'une gifle pour l'Europe, d'une défaite humiliante pour la monnaie unique, d'un coup de frein à l'intégration européenne...

Bien entendu, rien de ceci n'est vrai. Les répercussions économiques et financières pour l'Union économique et monétaire (UEM) sont minimes ou inexistantes. Les Danois sont assez sages pour savoir que le poids concret de leur pays n'est pas tel que le groupe de l'euro puisse être affecté par l'absence de leur monnaie. Le président du Conseil Pierre Moscovici et le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires Pedro Solbes l'avaient déjà dit la veille: si le Danemark vient avec nous, tant mieux; s'il ne vient pas, ce n'est pas grave.

Les autorités monétaires danoises apprendront par la radio ce qu'elles ont à faire. Le gouvernement danois a été, à notre avis, très convaincant dans ses efforts visant à amener les citoyens à accepter l'entrée dans l'euro. La logique économique, si d'autres facteurs n'étaient pas intervenus, aurait dû conduire les Danois à voter "oui" massivement. Leur autonomie monétaire est de toute manière inexistante: la couronne est liée à l'euro, et quelles que soient les décisions prises par la Banque Centrale Européenne, les autorités monétaires danoises doivent (et veulent) les suivre. La différence est que, grâce à l'adhésion à la monnaie unique, elles auraient participé à l'élaboration des décisions et auraient pu se faire entendre au sein du Groupe ministériel de l'euro et au sein de la BCE. Ainsi, ils apprendront les nouvelles par la radio ou par e-mail . Le ministre danois des Affaires étrangères Niels Helveg Petersen a déclaré qu'il continuera évidemment à défendre les intérêts de son pays mais que "ce sera plus difficile". Interrogé sur les répercussions négatives éventuelles, le président de la Commission Romano Prodi a dit qu'il y en aura peut-être "pour le Danemark".

On a eu peur pour la société danoise. Quels sont alors les "autres facteurs" qui ont joué ? Il ne faut pas chercher loin, car les opposants à l'euro les ont indiqués explicitement pendant la campagne: la monnaie unique serait, à leur avis, le moteur menant à un Etat fédéral, dire "oui" à l'euro signifierait accepter toujours davantage d'Europe. La crainte concernait surtout le risque de voir péricliter le "système social danois". Le premier ministre Poul Nyrup Rasmussen l'a d'ailleurs reconnu: son peuple "a eu peur pour la société danoise". Il revient aux Institutions communautaires de prouver qu'une telle crainte est injustifiée. Si elle est encore fortement ressentie au Danemark, et peut-être ailleurs, ceci signifie que les efforts n'ont pas été suffisants pour prouver que l'Europe ne vise aucunement à unifier ni harmoniser les modes de vie et les cultures, et qu'elle respecte les particularités de chacun. Personnellement, j'estime que la Commission européenne devrait aller plus loin dans cette direction, et admettre par exemple que la libre circulation des marchandises n'impose pas nécessairement la suppression des dérogations qui permettent au Danemark et à d'autres pays nordiques de financer le système social que leurs peuples ont choisi, et de lutter contre l'alcoolisme et le tabagisme.

Au-delà des arguments utilisés dans la campagne référendaire (certains n'ont pas hésité à recourir à des affirmations mensongères, comme la déclaration attribuée à M.Duisenberg sur l'intention de la BCE de faire pression sur le Danemark afin qu'il modifie son régime de pension, un faux éhonté), l'Europe doit prendre acte avec sérénité du fait que le peuple danois ne souhaite pas pour le moment aller plus loin dans l'intégration européenne. Bien des éléments, à commencer par la réaction de la presse populaire britannique au résultat de jeudi, indiquent qu'il en est de même au Royaume-Uni et en Suède. Ceci renforce, à notre avis, la nécessité pour l'Europe de s'orienter vers la création de l'avant-garde qui permettrait aux pays qui le souhaitent d'avancer entre eux vers l'intégration. Et non pas sous la forme quelque peu équivoque de "coopérations renforcées" sectorielles et à géométrie variable (quelques pays pour une coopération, d'autres pour une autre), mais sous la forme structurée qui a été théorisée, et précisée ces derniers mois, par Jacques Delors. En attendant ceux qui ne sont pas encore disposés à participer, et qui viendront un jour. A défaut, l'avant-garde naîtrait quand même, mais en dehors des Institutions, des mécanismes et des structures de l'UE. Et ce serait le gâchis définitif.

Ferdinando Riccardi

 

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