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Bulletin Quotidien Europe N° 7669
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/mediterranee

La Conférence de Lisbonne sur les investissements a mis en relief les conditions nécessaires pour utiliser les potentialités existantes - stabilité, coopération entre les pays de la région, amélioration de l'environnement général, fin des "structures de guerre"

Bruxelles, 03/03/2000 (Agence Europe) - Le Portugal, Président en exercice de l'UE, et la Tunisie ont organisé le 29 février et le 1 mars, à Lisbonne, une conférence sur les investissements en Méditerranée à laquelle ont participé le Premier ministre du Portugal et plusieurs ministres d'autres États membres (France, Italie) et de pays tiers méditerranéens (PTM) ainsi que des représentants de la Banque mondiale, de la BEI et près de 300 opérateurs économiques et financiers. La Commission européenne était représentée par des fonctionnaires (les commissaires en charge de la Méditerranée ou de la politique des entreprises n'y étaient pas annoncés et les deux directeurs généraux en charge des deux dossiers s'étaient désistés en dernière minute). La rencontre était pourtant organisée dans le cadre du processus de Barcelone.

Le Portugal, la Tunisie ainsi que la France -qui présidera le Conseil dès juin prochain et dont le ministre des Finances, Christian Sautter, était présent- se sont employés à nourrir le débat sur base d'un constat: la faiblesse des investissements européens en Méditerranée comparés aux flux orientés vers l'Asie, alors que la région recèle d'un avis général de fortes potentialités. L'absence d'un marché régional intégré, surtout horizontalement, et les besoins de réformes économiques, administratives, fiscales, etc. qui altèrent la confiance, expliqueraient la méfiance des investisseurs.

Diverses idées ont été retenues, en particulier celle de créer un réseau d'agences de garantie de l'investissement; d'autres, telle que la création d'un Fonds euro-méditerranéen n'ont pas recueilli l'unanimité. L'expérience menée par l'Espagne au Maroc -reconversion de la dette, publique et privée, en investissements- a également retenu l'attention et a été reprise parmi les pistes à approfondir.

En ouverture, le Président du Conseil de l'UE, Jaime Gama, a mis en avant le besoin de dynamiser la coopération euro-méditerranéenne et d'y impliquer plus fortement les opérateurs et, pour ce faire, d'inciter tous les pays de la région à accélérer leurs processus de réformes pour devenir davantage attractifs à l'investissement et mieux faire face à la concurrence qu'implique l'ouverture des marchés. Il a cité le cas de la Tunisie, co-organisateur de la conférence, premier pays à s'être engagé dans la libéralisation de ses échanges avec l'UE, et aussi premier à avoir utilisé efficacement les fonds communautaires mis à sa disposition pour un vaste programme de "mise à niveau" de ses entreprises, comme un modèle précurseur qui devrait être suivi bientôt par le Maroc (l'accord d'association est entré en vigueur en ce début mars) et ensuite par l'Égypte.

"Chaque fois que les PTM ont ouvert leurs frontières, les investisseurs y sont allés", a souligné le ministre français des Finances Christian Sautter, en annonçant que la France, qui aura la charge d'organiser la 4e Conférence euro-méditerranéenne ("Barcelone IV") en novembre à Marseille, veut donner aux opérateurs européens et méditerranéens un signal fort. Le ministre a affirmé que "le partenariat euro-méditerranéen est une priorité de la politique extérieure de l'UE" et lui accorde un "caractère stratégique". Or, "l'investissement est le levier de la croissance" en vue de la création de la "zone de prospérité partagée", objectif ultime du processus de Barcelone. Pour lui, la libéralisation des flux commerciaux et financiers entre l'UE et les PTM et entre PTM est le moyen le plus efficace d'y parvenir. Il a dévoilé sa stratégie pour inciter à l'amélioration de l'environnement économique, légal et administratif de l'investissement et, en premier lieu, pour structurer le dialogue entre investisseurs et entre ceux-ci et les pouvoirs publics. Il propose de créer un forum regroupant non seulement les représentants des États mais aussi les opérateurs économiques et les milieux académiques. Il a aussi suggéré la création d'un "forum virtuel" destiné à favoriser la coopération dans les domaines des nouvelles technologies. C'est avant tout "une question de confiance" qu'il faudrait instaurer à tous les niveaux et qui sera favorisée par un effort de transparence et de modernisation à entreprendre non seulement dans les PTM mais aussi "chez nous où nous devons encore faire mieux", a-t-il assuré. Il propose de créer un réseau euro-méditerranéen des agences en charge de l'investissement. La Tunisie suggère également que soit instauré un mécanisme euro-méditerranéen de garantie des investissements, et le ministre italien du Commerce a souhaité qu'y soient incluses les sociétés d'assurances.

Lui succédant, le ministre tunisien de la Coopération internationale, Fathi Merdassi, co-organisateur de la conférence, a tenu à souligner "l'impératif" que représente désormais le renforcement de la coopération euro-méditerranéenne dans le contexte de la mondialisation: "il faut explorer les mécanismes susceptibles de favoriser la mise en commun des avantages compétitifs des uns et des autres dans le cadre d'une logique de coopération-compétition, fondée sur les synergies et les complémentarités". Globalement, "les perspectives et les opportunités offertes par la zone de libre-échange à l'horizon 2010 permettent de nourrir l'ambition légitime de s'ériger en un pôle d'excellence technologique et de compétitivité économique". La Tunisie "a fait le choix de l'Europe comme partenaire de son intégration mondiale et pris le pari d'une ouverture réciproque horizontale par des accords de libre-échange avec le Maroc, l'Égypte et la Jordanie".

L'Italie affirme également son volontarisme dans la mise en place d'une zone euro-méditerranéenne. Son ministre du Commerce extérieur, Piero Fassino, a souhaité que l'UE s'engage plus avant en direction de la Méditerranée et équilibre ses appuis par rapport à ceux consentis aux pays de l'Est, non seulement par l'accroissement des ressources publiques mais aussi en encourageant les fonds privés à s'y investir. Il a repris des critiques (formulées avant lui par M. Sautter et également par un représentant du Maroc) à l'encontre de l'instrument financier MEDA, jugé "trop lourd et peu transparent dans ses procédures", ce qui a eu pour résultat un "bas niveau d'utilisation". Il a souhaité que les Quinze s'attellent à le "simplifier" et à accompagner cet effort par une "structuration" des appuis, notamment par la création d'un "secrétariat économique euro-méditerranéen" doté d'un pouvoir d'initiative et d'évaluation ainsi que de programmer diverses manifestations de promotion à caractère sectoriel, en particulier pour une "société de l'information dédiée à la Méditerranée".

Shimon Perès, dans ses fonctions de ministre israélien du Développement régional, a pris le parti de poser des questions de fond sans traiter de la mécanique des investissements: "le problème n'est pas de savoir si l'Europe se rapproche de la Méditerranée, mais de savoir si les Méditerranéens veulent se rapprocher de l'Europe". Pour le prouver, ils doivent, à son avis, favoriser la coexistence et construire la stabilité dans la région sans lesquelles "il ne sert à rien de chanter les mérites de la libéralisation et de la dérégulation", alors que les infrastructures du Moyen-Orient restent des "structures de guerre" et les achats d'armements absorbent "10% du PNB méditerranéen".

Autre témoignage remarqué, celui de l'opérateur italien Riccardo Perissich (Pirelli) qui reconnaît que son groupe a jusqu'ici négligé la Méditerranée (sauf la Turquie) mais qu'il manifeste un intérêt croissant pour la zone, à commencer par l'Égypte. "Nous croyons que la Méditerranée est très prometteuse" pourvu que la stabilité s'y instaure et que les réformes économiques soient menées à bonne fin. Il a fait part de la stratégie nouvelle adoptée par son groupe multinational, qui n'est plus de rechercher des participations minoritaires dans certains pays pour y vendre des technologies mais de s'y "implanter directement en parts majoritaires, d'y chercher l'appui des banques locales" et de viser un marché qui doit s'élargir à toute la Méditerranée. Aucun pays de la région n'a les moyens de prétendre détenir un marché national attractif, a-t-il estimé soulignant ainsi, comme l'ont fait pratiquement tous les intervenants, officiels ou opérateurs, que sans la perspective d'un "marché unique méditerranéen", l'avenir serait non seulement moins prometteur mais - selon un orateur lors des débats en trois groupes de travail - les accords de libre-échange bilatéraux (verticaux) ne seraient pas exempts de risques pour chacun des pays pris isolément.

Il est apparu clairement lors des débats sur les instruments financiers et les capacités en financement que la Méditerranée ne manque potentiellement pas de ressources mais leur mobilisation est difficile dans le contexte actuel: "je ne peux accepter l'idée qu'il y a un manque de capitaux, il y a un problème de qualité de l'environnement général" dont l'amélioration est nécessaire pour instaurer la confiance parmi les investisseurs, a affirmé Jean-Louis Biancarelli au nom de la BEI qui a appelé à la création de sociétés régionales d'investissement, rappelant l'expérience déjà engagée avec des ensembles sous-régionaux ACP (UEMOA). Il s'y ajoute, selon lui, le problème de la structure patrimoniale: "la plupart des entreprises méditerranéennes sont à caractère familial et ne voient pas d'un bon œil l'arrivée d'un financier et plus généralement de partenaires extérieurs".

En définitive, les appels répétés tout au long des débats visaient essentiellement: plus d'efficacité, de plus grands efforts de modernisation et de réformes tous azimuts, l'ouverture commerciale et les regroupements entre PTM. Le Premier ministre portugais y a ajouté le conseil à tous de "pratiquer l'égoïsme intelligent" et, à partir de là, de construire la solidarité; les pays méditerranéens doivent se donner une "plus grande capacité de négocier face à l'Europe" en agissant de concert.

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