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Bulletin Quotidien Europe N° 7669
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) pe/femmes

Selon le Parlement, les quotas constituent une bonne mesure transitoire pour améliorer la participation des femmes à la vie politique, mais plusieurs femmes députés sont résolument contraires

Bruxelles, 03/03/2000 (Agence Europe) - En adoptant une résolution sur les femmes dans le processus décisionnel, le Parlement européen a estimé que les organismes publics et privés doivent s'assigner des objectifs en matière de rétablissement de l'équilibre entre les sexes, un objectif raisonnable étant constitué par une participation de 40% (268 voix pour, 211 contre et 17 abstentions). Le PE constate que le recours aux quotas en tant que mesure transitoire contribue à équilibrer la participation des hommes et des femmes à la vie politique et préconise la formation et l'information politiques des candidates par les partis, afin de leur permettre de s'engager dans la vie politique avec confiance. Le Parlement invite les Etats membres à encourager une représentation équilibrée des hommes et des femmes au sein de toutes les institutions et organes de l'UE. Il se félicite de l'intention de la Commission de présenter une proposition relative à un cinquième programme d'action en matière d'égalité des chances et demande à la Commission d'accorder une priorité à l'amélioration des bases de données statistiques afin d'établir et de mettre à jour à intervalles réguliers des statistiques concernant les femmes dans le processus décisionnel sur tout le territoire de l'UE.

Au nom du Conseil, la ministre portugaise pour l'Egalité Maria de Belem Roseira a longuement plaidé pour une meilleure participation des femmes. Elle a dit que le prochain sommet de Lisbonne devra tenir compte des efforts particuliers à faire pour les femmes dans les mesures qu'il adoptera pour améliorer l'accès à la connaissance et la formation tout au long de la vie. Elle a estimé qu'il faut aujourd'hui "renouveler le modèle social" pour mieux "concilier vie professionnelle et vie familiale", en plaidant pour "une démocratie paritaire".

Les chiffres sont très parlants, a dit la Commissaire Anna Diamantopoulou. En moyenne, on trouve 24% de femmes dans les gouvernements et 22% dans les parlements nationaux de l'UE, avec une fourchette allant de 6 à 40% selon les Etats membres. Citant le Premier ministre français Lionel Jospin qui a dit que l'augmentation du nombre de femmes est la meilleure façon de renouveler la politique, Mme Diamantopoulou a affirmé qu'il faut se rapprocher de la situation qui prévaut dans les pays nordiques. Elle a indiqué que la création de banques de données statistiques figurera dans le programme qu'elle présentera prochainement. Mme Diamantopoulou a aussi estimé qu'un effort considérable reste à faire dans le secteur privé où moins de 2% des postes de direction sont occupés par des femmes. Evoquant les efforts réalisés au sein de la Commission, elle a dit: "Nous voulons que la participation des femmes atteigne 40% dans tous les comités".

Soulignant que les femmes apportent un point de vue différent de celui des hommes, Maria Aviles Perea (PPE espagnole) a dit qu'il faut encourager les femmes à participer à la vie politique. Elle a cependant indiqué que le système des quotas ne trouve pas un appui total au sein du groupe PPE-DE. La sociale-démocrate allemande Lissy Gröner a constaté que malgré les jalons posés récemment en France (avec la loi sur la parité des listes aux élections) et en Finlande (avec l'élection d'une femme à la présidence de la République), les femmes restent encore exclues un peu partout en Europe. "Nous devons nous battre pour briser ces murs", a-t-elle dit en plaidant pour des quotas juridiquement contraignants. La libérale danoise Lone Dybkjaer a réclamé une représentation égalitaire au niveau politique mais elle a reconnu que des cessions de pouvoirs doivent être faites dans les deux sens et que les femmes doivent aussi céder une part de l'autorité qu'elles ont sur les enfants. Jillian Evans (V/ALE, britannique) a soutenu l'introduction de quotas et a insisté sur la nécessité de statistiques fiables et comparables pour surveiller l'évolution. Marianne Eriksson (GUE/NGL, suédoise) a rappelé que dans son pays, beaucoup de partis politiques ont introduit les quotas sur une base volontaire. Tout en reconnaissant que les femmes sont trop peu nombreuses en politique, Nicole Thomas-Mauro (UEN, française) a souligné que leur manque de participation n'est pas seulement liée à la mainmise des hommes sur les partis politiques. Elle a rappelé qu'en France, 95% des élus n'ont pas d'affiliation politique. Tout en plaidant pour une représentation plus équitable, elle a pris position contre des quotas pour les femmes en demandant: pourquoi pas ensuite pour les minorités ethniques ou en fonction de l'âge ou de la religion, voire "pour les porteurs de lunettes" ? A ce compte, il ne sera bientôt plus nécessaire de faire des élections, un simple calcul statistique suffirait. A son avis, les quotas sont l'expression d'un "profond mépris à l'égard des femmes". "Un peu de fierté, Mesdames! Les femmes valent bien mieux que le hasard mathématique des quotas", a-t-elle lancé à ses collègues. "Je ne veux pas être une femme-alibi. Je veux qu'on me choisisse pour mes mérites pas pour mon sexe", a renchéri l'Autrichienne Daniella Raschhoffer (FPÖ). L'ultralibérale française Françoise Grossetête (PPE/DL) a aussi qualifié les quotas de "particulièrement méprisants pour les femmes". "C'est normal que les femmes soient présentes à au moins 50% dans toutes les structures décisionnelles, notamment au niveau politique", a-t-elle dit, mais elles doivent s'y imposer par leurs mérites. Elle s'est aussi opposée à l'idée d'introduire des formations politiques spécifiques pour les femmes parce que cela contribuerait à renforcer un stéréotype d'infériorité. Si une formation est nécessaire, elle doit s'appliquer à tous les candidats, hommes et femmes. La socialiste suédoise Maj-Britt Theorin a réclamé un plan d'actions concrètes avec un calendrier précis pour promouvoir la participation des femmes à tous les processus décisionnels.

Répondant aux députés, Mme de Belem a constaté que même s'il y a des divergences sur la méthode pour y parvenir, il existe une unanimité sur la nécessité d'augmenter la participation des femmes à la vie publique. Elle a rappelé qu'à l'issue du rejet d'une loi sur les quotas, l'an dernier, par le parlement portugais, tous les partis politiques avaient promis de renforcer la participation des femmes mais que seul les Verts ont tenu leur engagement. Elle a estimé que si les hommes sont plus nombreux en politique, c'est parce qu'ils ont plus de temps à y consacrer et qu'ils "participent volontiers aux débats parlementaires pour se soustraire aux travaux domestiques". Et d'ajouter: "Il faut tout faire pour faire avancer les femmes, même avec des instruments comme les quotas qui peuvent être temporaires. Ce ne sont que des instruments, pas des principes".

Mme Diamantopoulou a constaté qu'il y a deux écoles: celle, contraignante, des quotas et celle qui affirme que "les femmes sont capables et finiront par trouver leur place". Cependant, "au rythme actuel, il faudrait 25 ans pour arriver à la parité au Parlement européen", a constaté la Commissaire avant d'affirmer: "Je serais fière d'être le produit d'un quota, car cela signifierait que les choses ont changé dans mon pays où les femmes ne constituent que 5% de l'effectif du parlement".

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