L'Union européenne va suspendre, à compter de jeudi 3 septembre, ses importations de volaille et de bœuf brésiliens, ainsi que d'œufs, de miel et de boyaux, a annoncé la Commission européenne lundi 31 août, réclamant des garanties de Brasilia sur le respect de ses règles sanitaires en matière d'antibiotiques.
La liste des pays qui respectent les normes de l’UE en matière d’antimicrobiens entrera en vigueur jeudi 3 septembre. Le Brésil ne figure actuellement pas sur cette liste. Celle-ci compte 21 nouveaux pays, selon la Commission, qui précise qu’elle pourra être mise à jour.
La mesure découle d'une réglementation applicable aux producteurs de l'UE depuis 2022 dans le cadre de l'agenda 'One Health' de lutte contre l'antibiorésistance.
À compter du 3 septembre, cette obligation s'étendra à l'ensemble des exportations d'animaux et de produits d'origine animale destinés à la consommation humaine importés dans l'UE. Seuls les pays tiers ayant fourni des garanties de conformité pourront continuer à exporter vers le marché européen.
La Commission indique avoir organisé trois sessions d'information avec ses partenaires commerciaux, en janvier 2023, juin 2023 et mars 2024, afin de les accompagner dans cette transition.
Faute de garanties jugées suffisantes de la part du Brésil, ce pays perd donc, à compter de jeudi, son autorisation d'exporter vers l'Union des animaux et produits d'origine animale destinés à la consommation humaine. La mesure concerne notamment la viande bovine et de volaille, les œufs, le miel et les boyaux.
« Le Brésil est un partenaire important de l'UE et nous travaillons étroitement, de manière constructive et positive, avec les autorités brésiliennes afin d'assurer leur conformité à ces exigences. Une fois cette conformité démontrée, les exportations vers l'UE pourront reprendre », a précisé une porte-parole de la Commission lundi soir.
« Nous pouvons faire confiance au Brésil et à son engagement à régler ce problème afin de pouvoir reprendre les importations le plus rapidement possible », a ajouté la porte-parole en chef de la Commission, Paula Pinho, mardi 1er septembre.
Un audit s'achève vendredi. Le Brésil a transmis des éléments concernant plusieurs filières (bœuf, volaille, œufs, miel et produits aquacoles). Toutefois, selon la Commission, les délais de mise en conformité varient d'une filière à l'autre, notamment en raison de la durée des cycles de production propres à chaque espèce animale.
Une équipe de la direction générale de la santé de la Commission (DG SANTE) mène actuellement un audit au Brésil, dont les conclusions sont attendues le 4 septembre.
Le contrôle porte sur les produits pour lesquels le Brésil avait fourni, au moment de l'audit, des garanties écrites de conformité, à savoir la volaille et le miel. Un rapport d'audit sera ensuite produit dans les semaines suivantes, selon la procédure habituelle.
Si les conclusions s'avèrent positives, la Commission pourrait proposer de modifier la liste des pays tiers autorisés afin de réintégrer le Brésil pour ces deux filières. La proposition devrait ensuite être soumise au vote des États membres au sein d'un comité permanent. Ce comité, où siègent les 27 États membres, doit se réunir à trois reprises dans les prochains mois : les 17 et 18 septembre, les 20 et 21 octobre, puis les 16 et 17 novembre.
La Commission se garde toutefois de tout pronostic sur l'issue de l'audit et n'avance, à ce stade, aucun calendrier, y compris pour le bœuf, dont la remise en conformité s'annonce plus longue.
Enjeu commercial important. En mai, l'Union européenne avait retiré le Brésil de la liste des pays jugés conformes à ses règles sur l'usage intensif d'antibiotiques en élevage (EUROPE 13867/9), sous la pression du secteur agricole européen après la signature, en janvier 2026, de l'accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay).
L'enjeu commercial est important : en 2025, le Brésil était le deuxième exportateur de viande bovine vers l'UE, avec plus de 92 000 tonnes de produits bovins, représentant plus de 713 millions d'euros (EUROPE 13860/9).
Selon l'eurodéputée Céline Imart (PPE, française), cette suspension montre que l'on ne peut pas « ouvrir grand nos marchés à des produits qui ne respectent pas les exigences imposées à nos propres agriculteurs ».
Les règles européennes interdisent en effet l'utilisation d'antimicrobiens à des fins de croissance ou de rendement, ainsi que le recours, chez les animaux, à des antimicrobiens réservés aux traitements humains.
L'objectif est de limiter le recours inutile aux antibiotiques, alors que la résistance aux antimicrobiens constitue une menace croissante pour la santé mondiale. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les bactéries résistantes aux antimicrobiens sont directement responsables de plus d'un million de décès par an dans le monde et contribuent à près de cinq millions de décès supplémentaires. (Lionel Changeur)