Après 25 ans de négociations, l'accord commercial intérimaire entre l'Union européenne et les pays du Mercosur entrera en vigueur vendredi 1er mai, prévoyant la suppression progressive des droits de douane sur plus de 91% des marchandises de l'UE (EUROPE 13853/28). À compter de cette date, les barrières non tarifaires et les obstacles techniques au commerce seront aussi levés progressivement.
« Le 1er mai est une date importante pour l’Union européenne en matière de commerce. Avec l’application provisoire de l’accord UE-Mercosur, il est temps de nous atteler à la tâche et de veiller à ce que cet accord historique porte ses fruits. Les accords commerciaux visent essentiellement à acheter et à vendre des biens et des services, selon des règles mutuellement convenues et pour un bénéfice réciproque, et ce sera notre priorité absolue dans les semaines et les mois à venir », a réagi jeudi 30 avril le commissaire au Commerce et à la Sécurité économique, Maroš Šefčovič.
La Commission a déjà entrepris une campagne de sensibilisation structurée et intensive auprès des entreprises de l’UE, notamment les PME, afin de s’assurer qu’elles disposent de toutes les informations nécessaires pour commencer à explorer les formidables opportunités qui s’offrent à elles.
L’accord supprimera progressivement les droits d’importation sur plus de 91% des marchandises de l’UE exportées vers le Mercosur, un marché de plus de 700 millions de personnes, par exemple sur les automobiles, les produits pharmaceutiques, le vin, les spiritueux et l'huile d'olive.
« Les agriculteurs et les producteurs agroalimentaires de l'UE bénéficieront également de droits de douane réduits, voire supprimés, ce qui rendra leurs produits plus compétitifs au Mercosur ». L'accord « devrait accroître de 50% les exportations agroalimentaires de l'UE vers la région, les premiers contingents tarifaires et réductions entrant en vigueur dès demain », ajoute le commissaire.
Gabriel Mato (PPE, espagnol), rapporteur permanent de la commission du commerce international pour le Mercosur, a salué dans un communiqué « le lancement de cet important partenariat entre l’UE et le Mercosur, qui représente une opportunité significative de renforcer nos liens économiques et politiques avec l’Amérique latine. Son application provisoire ouvre une phase cruciale pour évaluer l’impact réel de l’accord sur le terrain. L’UE doit se montrer à la hauteur et honorer tous ses engagements, en garantissant une concurrence loyale et un soutien efficace aux secteurs les plus sensibles de l’Europe, notamment l’agriculture ».
Le président de la commission INTA, Bernd Lange (S&D, allemand), a estimé, lui aussi, qu'il s'agit « d’un véritable tournant et de la solution idéale en ces temps de difficultés économiques. Cet accord est un signal stratégique contre l’isolationnisme, en faveur du partenariat et d’un commerce fondé sur des règles ».
Il s'est dit « convaincu que, d’ici à ce que le Parlement prenne sa décision finale, l’accord aura déjà porté ses fruits sur les plans économique et politique ». L'avenir de l'accord politique global est en effet encore suspendu à une décision de la Cour de justice de l'UE, saisie par le Parlement européen le 21 janvier dernier (EUROPE 13791/2).
Du côté des entreprises, l'application provisoire du volet commercial est la bienvenue. « Un nouveau chapitre s'ouvre dans les relations entre l'UE et les pays du Mercosur, qui ont démontré leur volonté de collaborer et de s'engager dans des échanges commerciaux ouverts et fondés sur des règles avec des partenaires fiables, dans un contexte marqué par la montée du protectionnisme, les bouleversements géopolitiques et la hausse des coûts », a réagi jeudi 30 avril le directeur général de BusinessEurope, Markus Beyrer.
L'organisation a également appelé les États membres de l'UE à ratifier l'accord de partenariat global avec les pays du Mercosur, qui englobe les dispositions à la fois commerciales et politiques de l'accord. L'iTA ('interim trade agreement' ou accord commercial provisoire) cessera d'être appliqué dès lors que l'accord de partenariat global entrera en vigueur.
Tandis que les pays du Mercosur souhaitent avancer rapidement sur ce volet politique (EUROPE 13856/7), des inquiétudes persistent quant aux effets de cet accord sur l'agriculture européenne, malgré les mesures de sauvegarde prévues en cas de déstabilisation trop importante du marché européen.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa, échangeront en tout cas avec les dirigeants du Mercosur à l'occasion d'une vidéoconférence, vendredi 1er mai, afin de maintenir l'élan politique autour de ce partenariat. (Juliette Verdes)