Face à une sécheresse qui met à rude épreuve les agriculteurs européens, la Commission européenne et les représentants du secteur ont appelé, mardi 1er septembre, à renforcer les mesures d’urgence tout en préparant davantage l’agriculture aux épisodes climatiques extrêmes, appelés à se multiplier.
Dans le cadre de son suivi de la situation sur le terrain, le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, accompagné du ministre irlandais de l’Agriculture, Martin Heydon, représentant la Présidence irlandaise du Conseil de l’UE, a réuni (par visioconférence), mardi 1er septembre, des représentants des agriculteurs de plusieurs États membres afin de mieux mesurer les conséquences de la sécheresse extrême qui frappe le secteur.
Les participants ont estimé que les conséquences de la sécheresse dépassent largement les seules pertes de production. Les agriculteurs ont notamment dû travailler davantage, dans des conditions particulièrement difficiles, ce qui a pesé sur leur bien-être.
MM. Hansen et Heydon, ainsi que les représentants agricoles, sont convenus que les agriculteurs font également partie de la solution pour atténuer le changement climatique et en limiter les effets. Un consensus s’est également dégagé sur la nécessité, face à des épisodes climatiques extrêmes appelés à devenir plus fréquents, de passer d’une logique de gestion de crise à une stratégie de préparation à long terme.
Dans cette perspective, la future politique agricole commune (PAC) renforcera le recours aux fonds de mutualisation et aux outils de partage des risques, tout en poursuivant les investissements en faveur d’une gestion durable de l’eau, explique une source européenne.
Le rôle joué par les agriculteurs dans la lutte contre les incendies de forêt cet été a également été salué, les participants soulignant l’importance stratégique de la gestion des terres pour prévenir les feux.
Par ailleurs, le commissaire Hansen a rappelé les mesures et les flexibilités déjà disponibles dans le cadre de la PAC pour apporter un soutien à court terme aux agriculteurs. Ces possibilités sont détaillées dans une lettre adressée ce mardi aux États membres. De son côté, le ministre Heydon rendra compte aux autres ministres de l’Agriculture des principaux enseignements de cet échange, notamment lors de la réunion informelle à Dublin, du 6 au 8 septembre.
Après la réunion avec le commissaire Hansen, les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) ont demandé une réponse européenne à la hauteur de l’ampleur de la crise climatique qui frappe l’agriculture.
À court terme, elles demandent une aide financière immédiate pour soutenir la trésorerie des agriculteurs, davantage de flexibilité dans l’utilisation des instruments de la PAC et une meilleure coordination européenne des mesures nationales.
À moyen terme, le Copa-Cogeca souhaite renforcer les outils d’adaptation et de gestion des risques, notamment en investissant dans des variétés plus résistantes, la gestion de l’eau et les infrastructures d’irrigation. Sur le plan réglementaire, il demande également de lever certains freins à l’adaptation, notamment en agissant sur les directives 'nitrates', en demandant la suspension du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF ou CBAM en anglais) pour les engrais et en améliorant l’accès aux produits phytosanitaires efficaces.
À long terme, le Copa-Cogeca demande de prévoir suffisamment de financements dans la future PAC et le Fonds européen pour la compétitivité afin d’investir dans l’adaptation au changement climatique, l’innovation, l’eau et la gestion des risques.
La Coordination européenne Via Campesina (ECVC), de son côté, a formulé cinq demandes principales, avec un objectif central : éviter les faillites et la disparition de fermes à la suite de la crise climatique.
Parmi ces demandes figurent le réabondement de la réserve agricole en cas de crise et la mise en place d’aides forfaitaires plafonnées par agriculteur actif. L’ECVC demande également de garantir des prix supérieurs aux coûts de production et d’utiliser les instruments de l’organisation commune des marchés (OCM) pour permettre aux agriculteurs de couvrir leurs coûts, y compris les surcoûts liés aux événements climatiques. L’organisation demande notamment une interdiction effective des achats à des prix inférieurs aux coûts de production.
Autres demandes : avancer au 15 septembre le versement anticipé de 70% des aides PAC, au lieu du 16 octobre, permettre aux États membres d’adapter certains critères de la PAC aux conditions climatiques exceptionnelles et réformer, à plus long terme, la politique agricole et commerciale.
Lien vers la lettre envoyée aux ministres : https://aeur.eu/f/n80 (Lionel Changeur)