La commission des droits des femmes et de l’égalité des genres (FEMM) du Parlement européen a entendu, mardi 1er septembre, la présentation d’une étude évaluant le troisième plan d’action de l’Union européenne sur l’égalité de genre dans l’action extérieure (GAP III) afin d’en tirer des enseignements pour le GAP IV, prévu pour 2028-2034. L’étude, réalisée par Petra Debusscher et Blerina Vila, servira au rapport d’initiative préparé conjointement par les commissions FEMM et du développement (DEVE), dont le projet doit être présenté le 10 septembre.
D'abord prévu pour 2021-2025 puis prolongé jusqu’en 2027, le GAP III a contribué à intégrer davantage l’égalité de genre dans l’action extérieure européenne. La part des nouvelles actions ayant l’égalité comme objectif principal ou significatif est ainsi passée de 64,71% en 2019 à 82% en 2024, proche de la cible de 85% établie par le plan.
« L’institutionnalisation ne signifie pas la transformation », a toutefois précisé Petra Debusscher. Les données permettent d’évaluer plus la programmation que les changements effectivement produits.
Parmi les actions de l’instrument NDICI-Europe dans le monde contribuant à l’égalité, seuls 4% la poursuivent comme objectif principal. Par ailleurs, seulement 50% des nouvelles actions classées comme sans objectif lié au genre étaient correctement justifiées en 2024.
Les investissements restent en outre en retrait. Entre 2021 et 2024, 63% des opérations de financement mixte et 59% des garanties étaient classées comme contribuant à l’égalité ou la poursuivant comme objectif principal par rapport à une cible de 85%.
À la suite de la présentation, Abir Al-Sahlani (Renew Europe, suédoise) a ainsi soutenu que l’écart entre la programmation et les investissements devait être traité dans le GAP IV, notamment avec Global Gateway, la stratégie de l'UE qui vise à « développer des liens intelligents, propres et sûrs dans les domaines du numérique, de l’énergie et des transports, et à renforcer les systèmes de santé, d’éducation et de recherche dans le monde entier ».
Le financement des organisations de défense des droits des femmes a également été évoqué dans les échanges. Valérie Devaux (Renew Europe, suédoise) a interrogé les autrices sur la possibilité de fixer un objectif de 20% d’actions ayant l’amélioration de la situation des femmes comme objectif principal et de réserver 5% des financements à ces organisations.
D’après l’étude, leur financement direct reste faible par rapport au budget de l’action extérieure européenne et préconise un accès plus direct, pluriannuel et accessible aux fonds.
Mélissa Camara (Verts/ALE, française) a appelé, elle aussi, à ce que les organisations féministes bénéficient de financements européens « prévisibles, pluriannuels et directs ». Elle a également soutenu le fait de maintenir au cœur du GAP IV les droits sexuels et reproductifs et les droits des personnes LGBTIQ+, face aux mouvements qui les contestent.
Par ailleurs, Heléne Fritzon (S&D, suédoise) a mentionné les témoignages de femmes et de filles faisant état d’un recul de leurs droits et la baisse des ressources accordées aux associations. Ainsi que l’a avancé l’eurodéputée, ces inquiétudes doivent être prises en compte dans les discussions sur le prochain budget européen.
Le rapport : https://aeur.eu/f/n7z (Nithya Paquiry)