Alors que les Vingt-sept ont autorisé le 28 janvier (EUROPE 13796/15) la Commission européenne à négocier un protocole d’entente (Memorandum of Understanding) avec les États-Unis sur les matières premières critiques, le vice-président de la Commission chargé de la Prospérité et la Stratégie industrielle, Stéphane Séjourné, a pu officialiser, mercredi 4 février à Washington, la préparation d’une nouvelle alliance sur les minéraux critiques avec les États-Unis, mais aussi avec le Japon. Ces annonces ont été faites dans le cadre d’une réunion internationale convoquée par le Secrétaire d’État américain, Marco Rubio.
« L'Union européenne, les États-Unis et le Japon prennent des mesures importantes pour renforcer leur sécurité économique et nationale en consolidant conjointement la résilience des chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques. Ils ont annoncé leur intention d'accélérer leur coopération en vue d'un partenariat mutuellement avantageux, articulé autour de deux axes », ont indiqué ces pays dans un communiqué commun.
Ce partenariat comprend un engagement à conclure, dans les 30 prochains jours, un protocole d'entente entre l'UE et les États-Unis visant à renforcer la sécurité des chaînes d'approvisionnement en minéraux critiques.
Ce protocole définira les domaines de coopération pour stimuler la demande et diversifier l'offre des deux parties, en identifiant et en soutenant des projets d'extraction, de raffinage, de transformation et de recyclage. Il abordera également les mesures visant à prévenir les ruptures d'approvisionnement, à promouvoir la recherche et l'innovation et à faciliter l'échange d'informations sur la constitution de stocks, ajoute le communiqué.
Les dirigeants des États-Unis et du Japon, quant à eux, avaient signé un accord-cadre pour la sécurisation de l'approvisionnement en minéraux critiques et en terres rares en octobre dernier.
Il s’agira aussi, pour les trois partenaires, d’élaborer des plans d'action et d’explorer une initiative commerciale plurilatérale avec des partenaires partageant les mêmes vues sur le commerce des minéraux critiques. Une telle initiative pourrait inclure l'étude du développement de politiques et de mécanismes commerciaux coordonnés, tels que des prix planchers ajustés aux frontières, des marchés fondés sur des normes, des subventions pour combler les écarts de prix ou des accords d'enlèvement.
Pour la Commission européenne, qui a repris ces derniers mois les travaux et les contacts avec l’administration américaine sur ce protocole d’entente, l’intérêt est de sceller des alliances pour sortir de la dépendance en minéraux critiques vis-à-vis de la Chine.
L’intérêt était aussi, pour l’UE, dans le contexte complexe des relations transatlantiques, d’établir des partenariats positifs avec Washington ainsi qu’un canal de communication clair, alors que les États-Unis ont choisi plutôt, ces derniers mois, de contacter de manière bilatérale des pays membres spécifiques pour travailler sur cette Alliance des matériaux critiques.
Alors que la Commission européenne a mis en place de nouvelles mesures pour diversifier ses approvisionnements en matières premières stratégiques, entre le ‘Critical Material Act’, des protocoles d’entente avec une quinzaine de pays tiers et, bientôt, le 'Centre européen pour les matières premières', chargé de faire des achats en commun, les États-Unis ont dévoilé cette semaine un gigantesque plan d’approvisionnement.
Pour réduire également leur dépendance vis-à-vis de la Chine, ils veulent créer une réserve de terres rares d'une valeur de 12 milliards de dollars qui servira aux industries stratégiques telles que l'automobile, le numérique ou la défense. Une alliance de pays volontaires pourrait aider à contribuer à cette réserve.
Les représentants américains avaient indiqué, selon l’AFP, s’attendre à de nombreuses signatures d’accords lors de cette réunion.
Ce dispositif UE-Washington, qui se joindra aux autres arrangements qu’a l’UE avec des pays comme le Brésil, le Japon, la Corée du Sud ou l’Australie, aurait pour avantage de permettre des projets communs d’accès aux matières premières, rendant ainsi des projets de mines économiquement viables et permettant des prix d’achat raisonnables, par exemple, avec un système de prix plancher, comme le voudrait Washington.
Pour la Commission, le possible partenariat avec les États-Unis devra en tout cas veiller à ne pas aligner les deux parties sur les mêmes projets et « définir des pistes de complémentarité », expliquait le 3 février une source européenne. « Un exemple est une mine en Australie d'où nous nous approvisionnons, nous et les États-Unis. L'une des idées pour maintenir ce canal de discussion et de coopération est donc de nous coordonner lorsque nous recherchons les mêmes fournisseurs ».
Technologies de substitution. Le partenariat avec les États-Unis pourrait aussi porter sur de nouvelles technologies pour l'économie circulaire et la substitution, en plus de la coordination en matière d'approvisionnement.
Il s’agirait ainsi de recycler davantage les matériaux afin de réduire les extractions et de travailler à des technologies de substitution, a poursuivi cette source, par exemple pour se passer des aimants permanents qui permettent d’alimenter un moteur électrique et sur lesquels la Chine a aujourd'hui la mainmise.
Le pays domine en effet le marché mondial des terres rares et des aimants permanents, contrôlant environ 60% de l'extraction, plus de 90% du raffinage et 94% de la fabrication d'aimants en 2025. (Solenn Paulic)