Les ministres des Affaires étrangères de l’UE, réunis jeudi 29 janvier à Bruxelles, ont décidé d’inscrire le Corps des Gardiens de la Révolution iranienne (CGRI) sur la liste des organisations terroristes de l’UE, en réponse à la répression « insensée », « insoutenable » à laquelle les Iraniens font face. La décision formelle devrait être adoptée dans les prochains jours.
Cette inscription les placera « sur un pied d'égalité avec Al-Qaïda, le Hezbollah, le Hamas et Daech », a expliqué la Haute Représentante de l’UE. Et d’ajouter : « Qui agit comme un terroriste doit être traité comme tel ». Selon Mme Kallas, « tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens œuvre à sa propre perte ».
« Cette décision envoie un signal politique fort et attendu depuis trop longtemps », a souligné le ministre allemand, Johann David Wadephul, dont le pays a poussé pour l’inscription. Selon une source européenne, l'inscription du Corps était en discussion depuis sept ans.
« Le Corps des gardiens de la révolution islamique et ses forces auxiliaires sont les sbires du régime iranien. Ce sont eux qui commettent des actes d'une brutalité inouïe contre leur propre population, qui exécutent leurs propres citoyens pour avoir osé manifester dans la rue. Ils sont responsables du rôle déstabilisateur que joue l'Iran dans la région. Ils sont à l'origine de tentatives d'attentat en Allemagne et en Europe. En bref : ils ont du sang sur les mains », a rappelé le ministre allemand.
Selon le ministre néerlandais, David van Weel, alors que le Corps est déjà sanctionné par l’UE, cette inscription est « un signal politique, mais avec de réelles conséquences » et qui accroît vraiment la pression sur le régime iranien.
Si le Parlement européen, qui demandait depuis longtemps une telle inscription, a immédiatement salué la décision du Conseil, l'Iran l’a qualifiée d’« erreur stratégique majeure ».
Sanctions contre des responsables de la répression. Les ministres ont également adopté des mesures à l’encontre de quinze individus et de six entités liés à la répression contre l’opposition, au blocage et à la censure d’Internet.
Le ministre iranien de l’Intérieur, Eskandar Momeni, le procureur général Mohammad Movahedi-Azad, le chef de la police de la sécurité publique, Seyed Majid Feiz Jafari, le commandant des forces spéciales antiterroristes de l’Iran (NOPO), Mohsen Ebrahimi, le chef de l’organisation de protection et de renseignement des forces de l’ordre iraniennes, Mohsen Fathizadeh, des responsables du Corps des gardiens de la révolution et du blocage d'Internet sont notamment sanctionnés.
L’Institut Masaf, qui « joue un rôle essentiel dans les opérations visant à réduire au silence l’opposition politique », l’autorité de régulation des médias de l’audiovisuel (SATRA), organe gouvernemental chargé de surveiller les contenus en ligne et vidéo publiés en Iran, la Seraj Cyberspace Organization, créée par le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) pour soutenir l’appareil de l’IRGC, font l’objet de mesures restrictives. Il en est de même pour le groupe de travail pour la détermination des cas de contenu criminel (WGDICC), chargé de filtrer et de censurer Internet en Iran, la société Yaftar, qui collabore avec ce groupe de travail, et la société de logiciel Douran Software Technologies, impliquées dans des activités de blocage et de censure de l’Internet.
Voir les sanctions : https://aeur.eu/f/kha
Pas d'impunité. Par ces mesures, les Européens ont voulu montrer que la répression, qui aurait fait a minima 6 000 morts - certaines sources en annoncent 30 000 -, ne pouvait pas rester impunie.
« Le constat est clair : le nombre de morts lors des manifestations en Iran et la répression menée par le régime sont extrêmement graves. C'est pourquoi nous envoyons un message clair : réprimer la population a des conséquences et vous serez sanctionnés », a souligné Mme Kallas.
« La répression insoutenable qui s'est abattue sur la révolte pacifique du peuple iranien ne peut rester sans réponse. Le courage inouï des Iraniennes, des Iraniens qui ont été la cible de ces violences ne peut rester vain », a expliqué le ministre français, Jean-Noël Barrot. Il a précisé que les sanctions et l’inscription étaient aussi un appel aux autorités iraniennes à libérer les prisonniers « qui, par dizaines de milliers, ont été jetés dans les prisons du régime », à même de mettre fin aux exécutions, de rétablir l'accès aux communications et à Internet et de rendre au peuple iranien la capacité à décider pour lui-même et par lui-même de son propre avenir. « Personne d'autre ne peut le faire à sa place », a-t-il prévenu.
Mme Kallas a précisé que les ministres avaient clairement indiqué que l'Iran devait libérer toutes les personnes détenues injustement, y compris les citoyens de l'UE.
Appel à faire davantage, mais pas des frappes. La ministre suédoise, Maria Malmer Stenergard, a souhaité que l’UE aille plus loin. « Nous devons envisager d'autres mesures et j'inviterai la Commission à nous en faire part », avait-elle annoncé en amont du Conseil, expliquant qu’il fallait examiner de manière approfondie les différentes mesures que l'UE pourrait prendre pour soutenir, de diverses manières, « ces hommes et ces femmes courageux qui se battent actuellement pour leurs droits en Iran ».
Selon l'Espagnol José Manuel Albare, « il est de la responsabilité, voire de l'obligation de l'Union européenne d'utiliser tous les instruments à sa disposition pour mettre fin à cette répression, pour se tenir aux côtés des Iraniens et des Iraniennes ». La Haute Représentante a expliqué que l'UE devait être prête à accroître la pression sur les autorités et à continuer de soutenir la société civile iranienne.
Interrogée sur de possibles frappes américaines sur l'Iran en représailles de la situation, Mme Kallas a estimé que la région n'avait « pas besoin d'une nouvelle guerre ».
Soutien à la Russie. Par ailleurs, l’UE a adopté des sanctions à l’encontre de quatre individus et six entités dans le cadre du régime de mesures liées au soutien militaire de l’Iran à la guerre d’agression russe de l’Ukraine.
Ainsi, la société commerciale d’import-export Sahara Thunder, « qui agit en tant que société-écran » pour le ministère iranien de la Défense et du soutien logistique aux forces armées (MODAFL), et son PDG, Hossein Bakshayesh, sont sanctionnés. La société Arsang Safe Trading Co., qui collabore avec elle, fait l’objet de mesures restrictives, tout comme la société Pishgaman Tejarat Rafi Novin Co. - pour « ses liens avec des entités participant au programme de missiles iranien », la société-écran du MODAFL Asia Marine Crown Agency et l’entité Khojir Missile Development and Production, qui « dirige le programme iranien de missiles balistiques ».
L’entreprise privée Fanavaran Sanat Ertebatat Company (FSE), qui fournit des composants électroniques critiques et des systèmes de guidage résistants au brouillage, et ses actionnaires Hossein Hemsi et Armin Ghorsi Anbaran sont également sanctionnés, de même qu'Amir Radfar, directeur du Shahid Bagheri Industrial Group (SBIG) qui fabrique des missiles balistiques.
Voir l'acte juridique : https://aeur.eu/f/kh9 (Camille-Cerise Gessant)