La Commission européenne a donné le coup d'envoi, mardi 25 novembre, de l'exercice 2026 du processus budgétaire du 'Semestre européen' qui fixe au niveau européen les priorités en termes de réformes et d'investissement et prend le pouls de la situation budgétaire des États membres. Pour la première fois, elle présente une recommandation sur le 'capital humain'.
Dans la continuité de l'exercice 2025 (EUROPE 13548/18), l'institution de l'UE met l'accent sur la compétitivité économique et réaffirme les domaines d'action prioritaires identifiés début 2025 dans la 'Boussole pour la compétitivité' (EUROPE 13568/1), parmi lesquels la simplification réglementaire et l'innovation. Doit aussi être appliqué le 'Pacte pour une industrie propre' pour accélérer la décarbonation de l'économie, maîtriser les prix énergétiques et réduire les dépendances vis-à-vis de l'extérieur (EUROPE 13588/1).
« Compte tenu d'un environnement extérieur difficile, l'élan de croissance doit venir de l'intérieur de l'Union européenne. C'est pourquoi le renforcement de la compétitivité, de la productivité et de l'innovation reste notre priorité absolue », a déclaré le commissaire européen à l'Économie, Valdis Dombrovskis.
Dans ses prévisions économiques d'automne, la Commission prévoit une croissance modérée en 2026 (1,3% du PIB en zone euro et 1,4% dans l'UE), après une bonne tenue en 2025 (EUROPE 13753/12).
Zone euro. La Commission a présenté un projet de recommandation de politiques socioéconomiques dans l'Eurozone. Elle estime appropriée une orientation budgétaire « globalement neutre » pour 2026, dans la lignée de 2025.
Les pays de la zone euro sont invités à poursuivre des politiques budgétaires prudentes tout en stimulant l'innovation, l'éducation et les compétences, ainsi que les investissements, notamment dans la défense. L'intégration des marchés nationaux de capitaux, avec des progrès dans la création de l'euro numérique, est aussi mise en avant.
Voir le projet de recommandation pour l'Eurozone : https://aeur.eu/f/jnb
Politique budgétaire. Mardi, la Commission a présenté son évaluation du respect, par les États membres, des recommandations du Conseil dans l'application de leur programme budgétaire pluriannuel, sur la base de leurs projets de budget pour 2026 (sauf pour la Belgique et l'Espagne).
Douze pays de la zone euro - le Luxembourg, la Finlande, l'Allemagne, l'Estonie, la Grèce, la Lettonie, l'Italie, la Slovaquie, la France, Chypre, l'Irlande et le Portugal - respectent la trajectoire fixée en termes de dépense publique nette, élément désormais déterminant du Pacte de stabilité et de croissance révisé.
C'est le cas également de l'Autriche, qui avait fait l'objet d'une évaluation en juin (EUROPE 13670/8), et de la Belgique, sur la base des prévisions économiques d'automne. Le récent accord sur le projet de budget belge pour 2026 n'a pas été intégré à l'analyse de la Commission.
En revanche, en Croatie, en Lituanie et en Slovénie, la croissance des dépenses publiques est supérieure à la trajectoire agréée au niveau européen. Même chose pour l'Espagne, sur la base des prévisions économiques d'automne.
Quant aux Pays-Bas, bien que leur situation budgétaire soit « globalement solide », ils « risquent de se trouver en situation de non-conformité grave », a noté M. Dombrovskis. Tel est également le cas de Malte.
Voir la communication sur l'évolution budgétaire dans l'UE : https://aeur.eu/f/jni
Voir les évaluations des projets de budget 2026 : https://aeur.eu/f/jnh
EDP. La Commission a également analysé en détail la trajectoire budgétaire de l'Allemagne et de la Finlande, dont le déficit public dépassera 3% du PIB en 2025.
Pour l'Allemagne, elle considère que ce dépassement s'explique totalement par la hausse des dépenses militaires et ne justifie pas l'ouverture d'une procédure pour déficit excessif (EDP).
En revanche, en Finlande, un déficit excessif est apparu en 2024 et se prolongera en 2025, à hauteur de 4,5% du PIB. La Commission préconise d'ouvrir une procédure EDP visant cet État membre, estimant que les circonstances exceptionnelles - situation économique défavorable et hausse des dépenses militaires - n'expliquent pas complètement le dérapage budgétaire observé.
Voir le rapport spécifique sur l'Allemagne et la Finlande : https://aeur.eu/f/jne
À noter qu'ont été publiés les rapports réguliers sur les progrès économiques et budgétaires des cinq pays de la zone euro ayant fait l'objet d'un plan de sauvetage - Chypre, l'Espagne, la Grèce, l'Irlande et le Portugal.
Plus d'informations : https://aeur.eu/f/jng
Concernant les pays hors zone euro, l'institution de l'UE est d'avis que cinq pays - le Danemark, la Pologne, la République tchèque, la Roumanie et la Suède - respectent les règles budgétaires européennes.
Concernant la Roumanie, où le déficit public atteindrait 8,4% du PIB national en 2025 (EUROPE 13740/16), M. Dombrovskis a souligné les progrès réalisés depuis l'été, même si « les risques demeurent ». Il n'a pas préconisé, à ce stade, une suspension de fonds européens alloués à Bucarest.
Quant à la Hongrie et la Bulgarie - qui rejoindra la zone euro début 2026 -, ces pays présentent un risque de ne pas respecter le Pacte de stabilité révisé.
Déséquilibres macroéconomiques. Par ailleurs, l'institution de l'UE procédera à des examens approfondis pour les sept pays qui ont déjà été identifiés comme connaissant des déséquilibres macroéconomiques : la Grèce, l'Italie, la Hongrie, la Slovaquie, la Roumanie, les Pays-Bas et la Suède.
Aucun État membre supplémentaire ne fera l'objet d'un examen approfondi.
Voir le rapport sur les déséquilibres macroéconomiques : https://aeur.eu/f/jnf
'Capital humain'. Alors que le taux d’adultes intégrés à des programmes d’éducation tout au long de la vie n’était que de 39,5% en 2022, bien loin de l’objectif fixé par l’UE en 2021 et consistant à atteindre un taux de 60% en 2030, la Commission a adressé aux Vingt-sept un projet inédit de recommandation sur le ‘capital humain’.
Axé autour de six grands principes, le texte « met l'accent sur les déficits de compétences dans les secteurs stratégiques et sur les nouveaux domaines prioritaires d'action en matière d'éducation et de formation afin de soutenir la compétitivité et la préparation de l'UE », explique la Commission.
Dans l'UE, 42 secteurs d’emplois étaient considérés en pénurie en 2023, comme la construction, les soins, le transport ou l'enseignement des sciences et mathématiques. La même année, 68% des PME expérimentaient des difficultés à recruter des personnes qualifiées.
La recommandation exhorte les États membres à inverser la tendance en matière de compétences de base, à l’heure où de plus en plus d'enfants sont en difficulté dans des domaines essentiels pour l'avenir, tels que les mathématiques.
Elle veut contribuer : - à combler les pénuries dans les secteurs stratégiques, en particulier dans les professions requérant des compétences en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STEM) ; - à renforcer les compétences fondamentales en calcul, en lecture/écriture, en sciences, en accordant une attention particulière aux groupes défavorisés et aux personnes handicapées (objectif : réduire à moins de 15% la part des jeunes de 15 ans en situation d'échec scolaire) ; - à renforcer l’enseignement et la formation professionnels et à améliorer l’attractivité de l’apprentissage ; - à investir dans l'éducation, notamment en tirant parti des fonds européens ; - à établir une veille pour maîtriser les transitions sur le marché du travail.
Voir le projet de recommandation : https://aeur.eu/f/jnn
Emploi. Très similaire à l’édition 2024, le nouveau rapport commun 2025 sur l’Emploi constate que les marchés de l'emploi continuent d'afficher de bonnes performances, 1,7 million de personnes supplémentaires ayant trouvé un emploi en 2024.
Mais la productivité du travail stagne dans l'UE et la question de la qualité de nos emplois se pose, indique la Commission, alors que 8% des travailleurs sont menacés de pauvreté. Et plus de 50 millions de personnes en âge de travailler restent inactives – principalement des femmes, des migrants et des jeunes.
Plus d'informations : https://aeur.eu/f/jno (Mathieu Bion et Solenn Paulic)