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Bulletin Quotidien Europe N° 13732
ACTION EXTÉRIEURE / MÉditerranÉe

Les Européens veulent prendre un nouveau départ dans leurs relations avec dix pays méditerranéens

L'Union européenne veut croire que le cessez-le-feu dans la guerre entre Israël et l'organisation terroriste Hamas à Gaza est de nature à marquer « un moment charnière » pour réécrire le futur de l'espace méditerranéen.

« De la chute du régime d'Assad à la guerre à Gaza, la région reste sur le fil du rasoir. Aujourd'hui, nous avons une occasion unique de redéfinir les relations de l'UE avec ses voisins méridionaux », a déclaré la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, en présentant jeudi 16 octobre les grandes lignes du 'Pacte pour la Méditerranée'.

Ce Pacte présente une nouvelle vision des relations entre l'UE et les dix pays tiers du pourtour méditerranéen : l'Algérie, l'Égypte, Israël, la Jordanie, le Liban, la Libye, le Maroc, la Palestine, la Syrie et la Tunisie. En tant que pays candidats à l'UE, la Turquie et les pays des Balkans occidentaux n'en font pas partie.

La Commission européenne et le Service européen pour l'action extérieure (SEAE) soulignent le changement de démarche opéré par rapport à l'agenda pour la Méditerranée adopté en février 2021 (EUROPE 12654/8). Le partenariat se veut désormais entre égaux, l'élaboration du Pacte s'est faite au plus près du terrain, l'ensemble des pays partenaires ont été consultés, qu'il s'agisse des gouvernements, des acteurs économiques et de la société civile. Le Pacte est également « un document vivant » qui évoluera avec le temps au fur et à mesure que de nouvelles initiatives seront lancées, avait indiqué une source européenne mercredi 15 octobre. 

Chose rare : les discussions préparatoires ont même permis aux ministres des Affaires étrangères israélien et palestinien de s'asseoir à une même table, même pendant la guerre à Gaza.

« Cette fois, il y a un changement véritable de méthodologie », a appuyé la commissaire européenne à la Méditerranée, Dubravka Šuica, rappelant qu'elle est la première à être chargée d'une telle mission, épaulée par une nouvelle direction générale au sein de la Commission européenne (MENA).

Mme Šuica a décrit les trois piliers du 'Pacte pour la Méditerranée'. Le premier concerne les relations interpersonnelles. Des actions seront menées dans les domaines de l'éducation, de la recherche et de la jeunesse. Sera notamment créé un centre méditerranéen pour la 'diplomatie scientifique' pour former le personnel diplomatique et technique à la négociation transfrontalière et à la conception de projets communs. Une assemblée parlementaire de jeunes issus de l'ensemble des pays participants verra aussi le jour et pourrait se réunir deux fois par an.

Une alliance pour une 'Université européenne' sera mise sur pied pour développer des cursus d'intérêt commun et les échanges de personnel. « J'espère que cela sera mon héritage », a dit la commissaire, qui avait confié la veille, lors d'une interview avec quelques médias, tenter de concrétiser un rêve qu'avait déjà eu l'Italien Romano Prodi, lorsque celui-ci présidait la Commission au début des années 2000.

L'approfondissement des échanges économiques constituera le deuxième pilier de coopération. Mais « cela ne se produira pas si les normes réglementaires ne sont pas stables » ou si le capital n'est pas investi en sécurité, a prévenu Mme Šuica, tout en affirmant qu'il ne s'agit pas d'imposer les règles de l'UE.

De nombreux secteurs - transports, énergie, économie de la mer, nouvelles technologies (5G, IA...) - sont concernés et pourraient bénéficier d'un soutien en vue de contribuer à la décarbonation des économies et de lutter contre le dérèglement climatique qui sévit fortement en Méditerranée.

Par exemple, la Commission propose la création d'une plateforme 'T-MED' d'investissement dans les énergies renouvelables et les technologies propres, le lancement de partenariats dans la gestion des ressources hydriques, le lancement d'un observatoire pour 'l'économie bleue', l'amélioration de la connectivité et de la mobilité urbaine.

Dernier pilier du Pacte : la sécurité, la résilience et la migration. La Commission est d'avis que l'UE et ses partenaires méditerranéens font face à des « défis communs » sur ces questions. Elle propose de renforcer les mécanismes de préparation aux catastrophes naturelles, à travers, par exemple, la création à Chypre d'un centre européen pour la lutte contre les feux de forêt.

Si les Européens veulent coopérer avec leurs partenaires méditerranéens pour mieux lutter contre l'immigration illégale, Mme Šuica a aussi préconisé la création de « voies migratoires légales » pour faire venir temporairement dans l'UE des professionnels dans des domaines faisant face à des pénuries. L'initiative 'Talent Partnership', qui existe déjà avec le Maroc, la Tunisie et l'Égypte, sera amplifiée, a-t-elle ajouté.

Au total, 17 projets phares et une centaine d'autres de moindre envergure sont mis en avant. Une fois le Pacte entériné par l'ensemble des pays concernés, un plan d'action sera élaboré au premier trimestre 2026 afin de le rendre plus concret.

Financements. Les promoteurs du Pacte ne mettent pas en avant une somme d'argent frais qui viendrait soutenir sa mise en œuvre.

La commissaire européenne a indiqué que la proposition de cadre financier pluriannuel (CFP) pour 2028-2034 prévoit une enveloppe de « 42 milliards d'euros » pour la région méditerranéenne, soit le double des montants inscrits dans le CFP actuel. Sur les 21 milliards d'euros prévus pour la période 2021-2027, environ 8 milliards doivent encore être fléchés. Les organisations financières internationales (BEI, BERD) et les banques nationales de développement pourront également apporter leur contribution.

Surtout, l'espoir formulé est que l'argent public disponible permettra de mobiliser jusqu'à cinq fois plus de capitaux privés en termes d'investissements. « L'essentiel du Pacte consistera à mobiliser le secteur privé », avait confirmé cette source européenne.

Prochaines étapes. Le Conseil 'Affaires étrangères' sera invité à approuver le 'Pacte pour la Méditerranée' par l'adoption de conclusions spécifiques. Celui-ci devrait être endossé en marge des cérémonies du 30e anniversaire du processus de Barcelone, le 28 novembre à Barcelone.

Voir le 'Pacte pour la Méditerranée' : https://aeur.eu/f/j09 (Mathieu Bion)

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