La commission de la pêche du Parlement européen a exprimé au commissaire Costas Kadis, mardi 23 septembre, tout le mal qu’elle pensait de la proposition réduisant de deux tiers le financement de la pêche pour la période 2028-2034.
Le dialogue structuré entre les députés et le commissaire a tourné en déclarations de reproches sur cette diminution jugée inacceptable (EUROPE 13714/2).
« Vous avez réussi un exploit très difficile dans cette commission, à savoir réunir l’unanimité contre la réduction du budget de la pêche pour 2028-2034 », a lancé Gabriel Mato (PPE, espagnol) en s’adressant au commissaire Kadis. M. Mato lui a demandé de présenter un paquet révisé de propositions, « si vous voulez négocier avec le Parlement européen ». « Personne n’aimerait être à votre place », a ajouté Isabelle Le Callennec (PPE, française).
André Rodrigues (S&D, portugais) a reproché à M. Kadis d’avoir présenté « la réduction budgétaire la plus importante jamais enregistrée » dans le financement d’une politique qui fait vivre les pêcheurs en Europe. Les coupes concernent aussi les fonds POSEI, destinés au soutien des régions ultrapériphériques.
Ton Diepeveen (PfE, néerlandais) a réclamé le maintien du budget actuel de 6,1 milliards d’euros. Bert-Jan Ruissen (CRE, néerlandais) a estimé que les fonds avaient « quasiment disparu » avec la proposition fixant l’enveloppe à 2 milliards d’euros et a demandé le maintien d’un budget séparé pour la pêche, plutôt qu’une dilution dans les plans nationaux uniques. Isabella Lövin (Verts/ALE, suédoise) a insisté sur l’état critique des stocks en mer Baltique et a demandé une révision du plan de gestion dans cette région.
« Je veux être honnête avec vous. Je serais plus heureux si les 2 milliards étaient un montant plus élevé », a reconnu M. Kadis, déstabilisé par l’avalanche de critiques.
Il a toutefois tenté de défendre la proposition, qui « reconnaît pleinement la nécessité de poursuivre la mise en œuvre de la politique commune de la pêche (PCP) tout en mettant l’accent sur les nouveaux besoins liés à la mise en œuvre du Pacte européen pour les océans ». En outre, par rapport aux règles actuelles, elle inclut davantage de flexibilité pour les États membres dans l’utilisation des financements. « Nous passons d’un modèle fondé sur l’éligibilité, très bureaucratique, à un modèle fondé sur les besoins et la performance », a-t-il expliqué, ajoutant que les réactions de la commission seraient transmises au collège des commissaires.
M. Kadis a aussi tenu à préciser que les fonds « n’ont pas été réduits », ce qui a provoqué des grondements au sein de la commission du PE. Selon lui, ils sont simplement alloués différemment. La nouvelle proposition prévoit en effet un montant minimum de référence de 2 milliards d’euros spécifiquement réservés pour soutenir certains éléments de la PCP. Par ailleurs, 453 milliards sont à répartir pour la cohésion économique, sociale et territoriale, l’agriculture, le développement rural, la pêche, la prospérité maritime et la sécurité. « Les États membres pourront dépenser des montants supplémentaires de ce fonds pour la pêche et l’aquaculture, en fonction de leurs priorités et de leurs besoins », a conclu le commissaire.
Le discours de M. Kadis : https://aeur.eu/f/ilz (Lionel Changeur)