login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 13663
SOCIAL / Interview social

Il faut « prioriser des règles ciblées et simples » pour assurer la compétitivité de l'UE, selon la ministre danoise de l'Emploi, Ane Halsboe-Jørgensen

Alors que le Danemark prendra le 1er juillet les rênes du Conseil de l’UE, la ministre de l’Emploi, Ane Halsboe-Jørgensen, a accordé un entretien à Agence Europe en marge du Conseil 'Emploi et Affaires sociales' à Luxembourg, jeudi 19 juin. Les mots d’ordre de la Présidence dans ce domaine ? Compétitivité, compétences, mobilité équitable des travailleurs et renforcement du dialogue social. (Propos recueillis par Solenn Paulic) 

Agence Europe - Quelle sera la marque de la Présidence du Conseil de l’UE dans le domaine de l’Emploi ? Que pouvez-vous faire avancer concrètement ? 

Ane Halsboe-Jørgensen. Le Danemark prend évidemment le relais en une période difficile pour l'Europe, de guerre et de besoin croissant de compétitivité. La Présidence polonaise a fait un excellent travail et nous prendrons le relais en essayant de trouver des solutions communes.

Le cœur de la Présidence sera d’œuvrer à une plus grande compétitivité, au renforcement de la sécurité, de l'autonomie stratégique, mais aussi à la résolution des problèmes liés à l'immigration irrégulière. Et pour le domaine de l'emploi, nous pouvons contribuer de manière significative au renforcement de la compétitivité en investissant dans les compétences. Une main-d'œuvre plus qualifiée nous rendra plus productifs, et donc plus compétitifs. Il s'agit également d'assurer une mobilité professionnelle équitable.

Nous attendons avec impatience les nouvelles initiatives annoncées par la Commission. En tant que Présidence, il faut souligner la nécessité de la libre circulation, mais aussi d'une mobilité juste.

Par ailleurs, la réglementation est liée à la compétitivité : elle doit être améliorée et simplifiée. Nous devons nous concentrer sur les domaines où l’UE doit réellement jouer un rôle. Au lieu d’imposer des réglementations trop lourdes, nous devons nous donner une perspective plus large.

Toutefois, en tant que ministre du Travail et future Présidence, privilégier une mobilité équitable implique également de privilégier une approche qui ne serve pas à saper les normes existantes.

 Il faut protéger la main-d’œuvre qui se déplace et arrive dans un autre pays pour travailler afin qu’elle bénéficie des mêmes droits et des mêmes protections que ses collègues. Mais il s’agit aussi, bien sûr, de protéger les conditions de travail, la sécurité et la santé au travail dans les pays d’accueil.

La Commission pourrait justement proposer un nouveau mandat l’an prochain pour l’Autorité européenne du travail (ELA) et, éventuellement, développer ses compétences. Où sont, selon vous, les lacunes en matière de mobilité équitable ? 

L’ELA joue un rôle crucial et j'attends avec impatience les discussions sur l'évaluation et la révision éventuelle du mandat. Je suis favorable au rôle qu’elle peut avoir sur la question de la mobilité des ressortissants des pays tiers, mais il faut aussi parler de la mobilité des citoyens de l’UE.

Nous constatons que le dumping social et le manque de protection fragilisent les conditions de travail existantes dans les deux domaines. Malheureusement, nous voyons aussi souvent des contournements avec le recours à des sociétés 'boîtes aux lettres', de longues chaînes de sous-traitance, etc.

Et c’est précisément pour cela que j’ai inscrit cette problématique à l'ordre du jour de notre réunion informelle des 7 et 8 juillet.

La compétitivité et les compétences seront une priorité ; que peut faire concrètement l’UE dans ce domaine de la formation, qui reste une compétence nationale ? 

Chaque État membre devrait se concentrer sur l'éducation, la reconversion et le perfectionnement des compétences. Nous savons que nos entreprises ont besoin de main-d'œuvre qualifiée et que nous en manquerons. Ce point doit donc être au cœur de nos discussions sur la compétitivité.

Ce n'est pas facile, mais c'est crucial pour l'Union européenne en ce moment. Il faut des réponses européennes là où elles nous semblent absolument nécessaires. Mais nous devons nous concentrer et prioriser des règles ciblées et simples et nous devons être honnêtes : la compétitivité est liée à la quantité de formalités administratives et de normes que nos entreprises rencontrent. Et nous n'avons pas d'Europe forte sans entreprises compétitives. 

Le dialogue social fait partie intégrante du modèle danois. Comment allez-vous orienter les travaux au niveau de l’UE ?

Je crois profondément au dialogue social et je souhaite qu'il soit renforcé partout en Europe. C'est une priorité absolue. Du point de vue danois, il est essentiel pour nous d'aider, en tant que législateurs, à trouver un équilibre entre les intérêts des travailleurs et ceux des employeurs.

Ce sera également une priorité lors de la réunion informelle des ministres, où les partenaires sociaux européens seront présents.

Et il est important de souligner que, même sans textes juridiques sur certains sujets, nous pouvons nous inspirer mutuellement et travailler ensemble au niveau national et s’inspirer d'un pays à l'autre.

J'ai invité les partenaires sociaux à participer activement aux discussions et j'espère inspirer, ou du moins montrer d'une manière ou d'une autre le potentiel que le dialogue social peut apporter. 

Le Danemark a été, avec la Suède, à l’origine de la contestation de la directive sur les salaires minimum adéquats. Comment géreriez-vous une éventuelle annulation du texte par la Cour de justice de l’UE ? 

Je ne souhaite vraiment pas spéculer avant de connaître la décision de la Cour de justice (qui pourrait arriver juste après l’été, NdlR). Il convient d’attendre. 

Vous avez évoqué les défis particulièrement importants pour l’UE en ce moment. Mais se développe aussi précisément la crainte que les besoins en dépenses de défense prennent le pas sur les dépenses sociales. Est-il encore possible, dans ce contexte, de préserver ce que nous appelons le modèle social européen ? 

Oui, nous traversons une période de guerre difficile et nous devons investir dans notre défense. Bien sûr, la politique est une question de priorités, mais je recommanderai vraiment, du moins dans le contexte danois, d'investir également dans les ressources humaines, car c'est ce qui fait notre force à long terme.

Investir dans les compétences est aussi ce qui nous rend clairement compétitifs et ce qui fait que nous avons des entreprises fortes.

Mais investir dans la défense c’est aussi une façon de bâtir une Europe forte et d’investir également dans les gens.

Sommaire

SOCIAL
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
INSTITUTIONNEL
POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIEURE
SÉCURITÉ - DÉFENSE - ESPACE
PLÉNIÈRE DU PARLEMENT EUROPÉEN
Invasion Russe de l'Ukraine
CONSEIL DE L'EUROPE
COUR DE JUSTICE DE L'UE
DROITS FONDAMENTAUX - SOCIÉTÉ
BRÈVES