Les travailleurs humanitaires et les services de la Commission européenne ont dépeint, jeudi 24 avril, le tableau tragique de la situation humanitaire et sécuritaire au Soudan, après deux années de guerre civile entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide, lors d'un échange de vues avec les eurodéputés des commissions du Développement (DEVE) et des Affaires étrangères (AFET) du PE.
Une nouvelle fois, les intervenants ont souligné l’ampleur sans précédent de la crise, marquée par des déplacements massifs, une insécurité alimentaire généralisée, des violences sexuelles à grande échelle et un effondrement quasi total du système de santé.
Claire San Filippo, coordinatrice auprès de Médecins sans frontières, a livré un témoignage sur la réalité du terrain : viols, famine, attaques contre les hôpitaux et les travailleurs humanitaires... Elle a appelé l’Union européenne à exercer davantage de pression politique sur les parties au conflit afin de lever tous les obstacles à l’acheminement de l’aide et à financer massivement la réponse humanitaire, notamment à l’approche de la saison des pluies.
En outre, la directrice pour l’Afrique subsaharienne des services humanitaires de la Commission européenne, Andrea Koulaïmaha, a reconnu que l’accès limité entrave gravement l’efficacité des opérations d'aide financées par les Européens.
« Les obstacles à une montée en puissance [de l'acheminement de l'aide, NDLR] sont à la fois liés à l’accès et aux ressources. Et les deux sont liés. Les conditions d’accès font que ce n’est pas une opération efficace en soi. Ce n’est pas une opération rentable », a-t-elle déclaré.
Et d'ajouter : « Je parle ici à la fois des obstacles qui empêchent les acteurs humanitaires de se rendre dans certaines zones, mais aussi des obstacles qui empêchent le secteur privé de se déplacer. [...] Une partie de la réponse que nous apportons passe par des transferts en espèces, via les cellules d’intervention d’urgence, et à travers des acteurs très localisés. Mais cela suppose aussi que des fournisseurs ('tradesmen') puissent accéder aux zones concernées. Or, des lieux comme Al Fasher sont assiégés ».
Plusieurs eurodéputés membres des groupes S&D, PPE et Renew Europe ont appelé à une intensification de l’action diplomatique, à une mobilisation accrue des ressources et à un soutien aux mécanismes de justice internationale. Tous ont souligné l’urgence d’un cessez-le-feu et la nécessité d’une transition vers un pouvoir civil légitime afin de restaurer la paix et la souveraineté du peuple soudanais. (Bernard Denuit)