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Bulletin Quotidien Europe N° 13627
POLITIQUES SECTORIELLES / Énergie

à Londres, l'UE montre qu'elle joue à l'équilibriste pour assurer sa sécurité d'approvisionnement

Lors de la première journée du Sommet mondial sur l’avenir de la sécurité énergétique, à Londres, jeudi 24 avril, les représentants des pays européens ont réitéré la nécessité urgente de poursuivre la voie de la décarbonation et d’investir dans les énergies propres produites domestiquement. Certains, toutefois, ont reconnu que les importations d’énergies fossiles restaient d’actualité pour assurer la sécurité d’approvisionnement dans un contexte de tensions géopolitiques et commerciales accrues.

Ces messages a priori contradictoires ont trouvé écho dans le discours de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors du sommet. Ainsi, elle a mis l’accent sur le déploiement d'énergies renouvelables locales, mais a également reconnu que, face aux dépendances énergétiques restantes vis-à-vis de la Russie, les partenariats énergétiques, « y compris les importations de GNL en provenance des États-Unis », restaient « d'une importance stratégique pour l'Union européenne ».

Ce message survient plusieurs jours avant la présentation par la Commission d’une 'feuille de route', attendue le 6 mai prochain, pour l'abandon définitif des combustibles fossiles russes, qui ciblera notamment les importations restantes de GNL russe.

Les États-Unis en faveur d'une « abondance énergétique » fossile. La position de la présidente s’inscrit également dans un contexte commercial houleux avec l’administration de Donald Trump, qui avait précédemment subordonné des concessions commerciales à l’UE à une augmentation de l’approvisionnement en GNL américain. 

Ainsi, lors d’un débat, le ministre français de l’Industrie et de l’Énergie, Marc Ferracci, a regretté, sans citer directement l’administration américaine, que « le commerce du gaz serve de prétexte pour négocier le commerce mondial » plus largement.

Par ailleurs, le ministre français a appelé à « une nouvelle doctrine européenne sur l’énergie adaptée au XXIe siècle », basée sur la décarbonation et l’électrification de l’économie européenne. « Tant que nous resterons dépendants des combustibles fossiles, il n'y aura pas de sécurité énergétique pour l'Europe », a-t-il insisté.

Sans aborder directement ces considérations commerciales, Tommy Joyce, secrétaire adjoint américain à l'Énergie par intérim pour les affaires internationales, a souligné, au contraire, que l’avenir de la sécurité énergétique des États-Unis serait défini par « une croissance et (par) une abondance énergétique » dominée par le pétrole, le gaz et le charbon.

M. Joyce a également fustigé les politiques climatiques de l’administration américaine précédente, qui conduisent, selon lui, à une pénurie d’énergie. « Ces politiques ont été adoptées par de nombreux pays, pas seulement par les États-Unis, et mettent en danger les vies humaines », a-t-il ajouté.

Les pays « libres » quant à la façon d'assurer leur sécurité énergétique. Si les États-Unis étaient bien représentés lors de ce sommet, des pays comme la Chine, l’Arabie Saoudite ou la Russie n’étaient pas présents.

L’événement, organisé par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), a réuni des entreprises, des organisations, et des représentants de 60 gouvernements à travers le monde, dont 20 pays de l’UE (EUROPE 13626/9).

Si les messages des pays européens se concentraient principalement sur la décarbonation du système énergétique, un pays comme l’Irak, membre de l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), a rappelé l’importance du pétrole brut pour son économie.

Hayyan Abdel-Ghani, vice-premier ministre irakien chargé des Affaires énergétiques et ministre du Pétrole, a ainsi indiqué que « les combustibles fossiles resteront, non seulement une source d'énergie, mais aussi une base pour des industries comme la pétrochimie », et qu’il fallait « en tenir compte dans l'expansion et l'augmentation des investissements dans les énergies renouvelables et la réduction des émissions ».

Le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, a souligné, lors de son discours d’ouverture, que les pays étaient libres de décider de la voie à suivre pour assurer leur sécurité énergétique nationale. Il a même reconnu que le pétrole et le gaz « continueront à jouer un rôle à l’avenir ».

Toutefois, il a rappelé que les pays étaient interconnectés et subissaient, par exemple, les chocs des prix de l’énergie ou encore les conséquences des émissions de gaz à effet de serre et qu’il était donc nécessaire de favoriser la coopération et le multilatéralisme.

Défi de l'accès aux matières premières critiques. Dans la même veine, le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a reconnu, lors de son discours, que « les combustibles fossiles feront partie de notre bouquet énergétique pendant les décennies à venir », mais que la réussite en matière de sécurité énergétique « dépendra du changement et de la coopération avec d'autres acteurs ».

M. Birol a également souligné qu’au-delà des risques actuels liés à la sécurité d’approvisionnement en gaz et en pétrole, l’un des défis « émergents » les plus importants à l’avenir était l’accès aux matières premières critiques pour répondre à l’essor des technologies propres. (Pauline Denys)

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