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Bulletin Quotidien Europe N° 13602
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ACTION EXTÉRIEURE / Interview argentine

« L'Argentine a tout ce dont l'UE a besoin », estime l'ambassadeur Amador Sánchez Rico

En poste depuis septembre 2021, l'ambassadeur de l'Union européenne en Argentine, Amador Sánchez Rico, dresse un état des lieux des relations entre l'UE et Buenos Aires qui présentent, selon lui, un potentiel largement sous-exploité. Il invite aussi à envisager l'accord commercial entre l'UE et les pays du Mercosur comme un atout géopolitique, à l'heure où les Européens cherchent à diversifier leurs sources d'approvisionnement en matières premières critiques et en énergie. (Propos recueillis jeudi 13 mars par Mathieu Bion)

Agence Europe – Comment est organisée la délégation de l'UE en Argentine et quelles sont ses principales activités ?

Amador Sánchez Rico – Cela fait plus de 30 ans que l'Union européenne est présente en Argentine. Depuis trois ans, nous sommes installés dans un bâtiment moderne qui projette l'image, les valeurs et les politiques de l'Union européenne telles que la transparence et le respect des normes environnementales. Notre équipe est composée de 26 personnes, dont 12 Européens. Même si ce n'est pas une très grande délégation, on essaie de faire du bruit.

Notre grand chantier, c'est de promouvoir les intérêts et les valeurs de l'Union européenne. Pendant longtemps, nous avons cru que les intérêts allaient d'un côté et les valeurs de l'autre. Ici à Buenos Aires, nous agissons en tant que Team Europe, avec 21 ambassadeurs des pays de l'UE, un chiffre conséquent pour la région. Cela reflète l'importance que l'Europe et ses États membres accordent à l'Argentine, un pays qui pense comme nous ('like minded') ! Je n'en connais pas, hors de l'UE, qui soit plus proche de notre culture, par son passé, sa langue. 

Il y a un potentiel énorme pour faire beaucoup plus avec le Mercosur. Il y a 800 à 900 entreprises européennes installées en Argentine, présentes dans presque tous les secteurs d'activité. Près de 50% de l'investissement étranger direct provient de l'UE.

Mais il ne faut pas se reposer sur nos lauriers.

L'Argentine possède tout ce dont l'Union européenne a besoin. De l'énergie, notamment renouvelable, dans des provinces du sud comme Santa Cruz et Chubut, où toutes les conditions sont réunies pour produire de l'hydrogène 'vert'. Et, au nord, des matières premières critiques pour la transition verte, comme le lithium dans les provinces de Catamarca, Jujuy et Salta. Le secteur du cuivre commence à se développer et a l’air très prometteur en termes de liens commerciaux avec l’Union européenne. 

Où en est la mise en œuvre des Protocoles d'entente (MoU) que l'UE et l'Argentine ont signés en 2023 sur l'énergie (EUROPE 13224/1) et les matières premières critiques (EUROPE 13200/24) ? 

Ces cadres guident les investissements européens dans ces deux secteurs. Ils apportent de la prévisibilité et accroissent la confiance entre les opérateurs. Grâce à ces deux MoU, qui s'insèrent dans la stratégie 'Global Gateway' de l'UE, nous avons vu une multiplication d'initiatives, des deux côtés.

Nous avons effectué quatre visites de terrain d'entreprises européennes pour explorer les opportunités d'investissements. Certaines sont d'ailleurs en train de se matérialiser ou devraient se matérialiser, comme un investissement de Stellantis dans une mine de cuivre responsable à San Juan, de Eramet et Techint dans une concession minière pour l'extraction de lithium à Salta. 

De la même façon, ont été organisées, en décembre dernier à Bruxelles, des visites d'entreprises et d'institutions nationales et régionales argentines, pour les mettre en relation avec les autorités européennes, la Banque européenne d'investissement (BEI). Cette initiative a été très fructueuse : des investissements sont en train de se matérialiser dans le cadre de 'Global Gateway'.

En dehors de l'énergie et des matières premières critiques, quels autres secteurs sont stratégiques dans les relations UE/Argentine ?

Dans le domaine des nouvelles technologies de communication, nous avons établi avec le gouvernement argentin une feuille de route comprenant 40 à 50 initiatives pour la transition numérique. Le plus grand chantier, c'est celui de l'intelligence artificielle. Nous expliquons ici que le règlement sur l'intelligence artificielle ('IA Act'), que ces normes de l'UE ne vont pas à l'encontre de l'investissement, mais constituent, au contraire, un cadre visant à générer la confiance. 

En parlant des craintes de pays tiers sur le fait que la réglementation européenne serait un frein à l'investissement, voire favoriserait le protectionnisme, beaucoup de pays latino-américains sont montés au créneau pour demander un report du règlement sur la lutte contre la déforestation... 

Ce fut un sujet chaud pendant deux ans ! Nous avons dû faire un effort très important de pédagogie.

Certains acteurs, comme la société civile, ont très bien accueilli le fait qu'en Europe, les consommateurs réclament plus de transparence et une agriculture responsable. D'autres acteurs étaient préoccupés, craignant des coûts plus importants. Nous avons beaucoup communiqué et financé des initiatives. Déjà, la viande de Santa Fe arrive au port d'Anvers totalement garantie et certifiée, prouvant qu'elle ne provient pas de zones déforestées.

Une des critiques, c'était que l'UE n'était pas prête à la mise en œuvre. Nous avons su montrer qu'on était à l'écoute en reportant [à fin 2025] l'entrée en application de la réglementation (EUROPE 13538/1).

Au lieu de voir ce règlement comme une menace, il faudrait l'envisager comme une opportunité. L'Argentine a beaucoup de potentiel dans ce domaine, grâce à ses pratiques de l'élevage extensif.

Quelles opportunités l'accord entre l'UE et le Mercosur va-t-il apporter à l'Argentine ? Comment rassurer les Européens des conséquences d'un tel accord sur le marché intérieur de l'UE ?

Il faut concevoir cet accord au-delà des aspects purement commerciaux, sortir des considérations sur les gagnants et les perdants et avoir une lecture plus géopolitique, alors que la Chine a augmenté sa présence dans beaucoup de pays de la région. Au-delà des conséquences de l'invasion russe de l'Ukraine, la pression est énorme en matière d'approvisionnement énergétique. L'UE a besoin de diversifier ses partenaires à tous les niveaux.

Le président argentin, Javier Milei, souhaite-t-il toujours que son pays reste dans le Mercosur, alors qu'il se dit prêt à négocier un accord commercial bilatéral avec les États-Unis ? 

Nous sommes informés de l'intention du président de l'Argentine de négocier un accord de libre-échange avec les États-Unis. L'idée n'est pas tout à fait nouvelle. Il ne m'appartient pas de dire si cela obligerait l'Argentine à sortir du Mercosur.

Ce que le président Milei a dit, à plusieurs reprises, c'est qu'il voudrait des règles un peu plus flexibles au sein du Mercosur pour pouvoir aller de l'avant avec un accord avec Washington. Il faudrait d'abord voir de quel type d'accord il s'agirait.

Le fait que l'UE constitue un bloc très intégré représente une énorme opportunité pour l'Argentine et les pays du Mercosur, où les barrières douanières intérieures ont montré leurs limites. L'accord avec l'UE pourrait revitaliser le Mercosur en stimulant sa propre intégration. 

Lors du dernier sommet UE/CELAC, l'idée d'un mécanisme permanent de coordination avait été évoquée pour évaluer les avancées. Où en est-on ?

Ce sujet est en train d'être débattu. Avoir une structure permanente apporterait de la stabilité et permettrait d'assurer un suivi des initiatives lancées, comme l'alliance bi-régionale dans le secteur numérique (EUROPE 13142/34).

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